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Boulder Dash - La série
Année : 1983
Système : Arcade, Amstrad CPC, Apple II, Atari 8-bits, Colecovision, C64, MSX, PC88, ZX Spectrum ...
Développeur : Liepa, Peter
Éditeur : divers
Genre : Arcade

Succès et suites

Un départ fulgurant

Si le succès d’un titre s’évalue au nombre de machines sur lequel il a été adapté ainsi qu’au nombre de ses suites, alors Boulder Dash peut être déclaré champion du monde. Des machines les plus obscures jusqu’aux machines les plus populaires, Rockford peut se vanter d’avoir parcouru les circuits électroniques de dizaines d’ordinateurs, de consoles, et même, de téléphones portables. Tout d’abord développé en Forth puis en assembleur sur les ordinateurs Atari 400-800 en l’espace de six petites semaines, la version originale de Boulder Dash propulsa Peter Liepa dans le clan très fermé des programmeurs tout autant artistes graphiques que techniciens du son. De l’aveu même de son créateur, Boulder Dash reste l’un des projets les plus gratifiants qu’il lui ait été donné de mener tant il lui imposa de mobiliser nombre de compétences très différentes tout en mettant à profit ses connaissances en mathématiques.

Boulder sur Spectrum, et sur téléphone portable !

Hélas, Boulder Dash resta à peu de choses près l’unique incursion de Liepa dans le monde du jeu vidéo. En 1985, et malgré des débuts très prometteurs, Liepa se heurta à d’innombrables problèmes juridiques qui lui interdirent d’user librement du concept qu’il avait pourtant créé. C’est ainsi qu’après un Boulder Dash II vite fait, vite bâclé et un jeu de solitaire sur PC en 1992, Liepa, programmeur dans l’âme mais pas businessman pour un sou, prit la décision de se retirer d’un univers qui ne donnait que trop peu de considération – et n’octroyait que trop peu de revenus – au grand créateur qu’il était.

La résignation dont fit preuve Liepa ne fut toutefois pas partagée par tous. Ainsi, avant même la sortie de sa suite officielle, des nuées de Boulder Dash7, 12 voire 89 envahirent les circuits de distribution pirates. Ces fausses suites, toutes issues de l’imagination fertile de quelques hackers malins parvenus à créer leurs propres éditeurs de niveaux, permirent aux fans les plus enragés d’avaler des kilomètres de galeries inédites dans l’attente de la sortie d’une suite officielle plus imaginative - un tel engouement pour un seul programme en dit long sur l’impact qu’eut Rockford sur toute une génération de joueurs.

Don Pedro et les Zombie Crackers présentent...
... Boulder Dash XI ! Tout un programme.
Ou comment Cauldron rencontre Rockford.

En réalité, aucune des suites, officielles ou pas, auxquelles eut droit Boulder Dash ne parvint à apporter d’éléments franchement novateurs, et toutes se contentèrent de prospérer en usant et abusant des bases imaginées au départ par Liepa. Tout au plus vit-on l’apparition de niveaux thématiques donnant un peu plus de variété à un univers il est vrai un peu terne. C’est ainsi que l’on vit Rockford déambuler en cosmonaute dans un univers futuriste dans Boulder Dash III en 1986 ; puis, revint-il en fermier et en aventurier genre Indiana Jones en 1988 dans l’ignoble Rockford. Sans doute l’imagination sans borne des développeurs nous permettra-t-elle un jour de découvrir « Rockford à la plage », « Rockford à la montagne », « Rockford fait du vélo », ou même, « Rockford rencontre Martine» ; mais ne nous emballons pas : rien n’est encore fait.

Boulder Dash III, et Rockford sur Amiga.

De la micro aux salles obscures

L’arcade elle-même ne fut pas épargnée par le raz-de-marée Boulder Dash. C’est ainsi que Rockford creusa ses premiers tunnels sous les néons des salles de jeux dès 1984 grâce à Data East et Exidy. Rien à attendre toutefois de ce titre, puisqu’en fait de version d’arcade, il ne s’agissait là que de l’utilisation bête et méchante d’un ordinateur Atari 8-bits branché tel quel au moniteur d’une borne.

La première version arcade de Boulder Dash.

Même principe pour Rockford de Mastertronic, dont l’apparition en 1988 dans les salles d’arcade ne fut possible que grâce au bon vouloir de la firme anglaise qui s’était mise dans la tête d’utiliser l’Amiga dans des bornes produites à moindre coût. Sorties sous le label Arcadia, ces bornes répondant au doux nom de Super Select System existaient sous deux versions : la première, « Sports Simulation », regroupait cinq titres de sport célèbres sur Amiga, dont l'illustre jeu de golf d'Access, Leaderboard ; la seconde, « Arcade Action », réunissait, outre Rockford, les premiers classiques de la machine, comme Xenon, Aaargh ou encore Road Wars. Hélas, outre le fait que la distribution de ces bornes resta limitée à la Grande-Bretagne, il fallut bien admettre que, toute puissante qu’elle fut, l’architecture de l’Amiga ne pouvait permettre à ces quelques hits de première génération de rivaliser avec les meilleurs titres d’arcade de l’époque. C'est donc, la mort dans l'âme, que Mastertronic dut abandonner le projet Arcadia aussi vite qu’il l'avait mis sur pied.

Le célèbre Xenon, une copie préhistorique de Rampage, et Road Wars, un jeu beau mais sans intérêt.

En fait, il fallut patienter jusqu’en 1990 pour voir débouler une conversion d’arcade digne de ce nom. Suite directe du premier Boulder Dash, Boulder Dash Part II de feu Data East se donna les moyens de réussir là où les précédentes versions avaient échoué. Ainsi, outre une réalisation enfin à la hauteur, un didacticiel simple et intelligent permettait, à intervalles réguliers, de familiariser le joueur aux différentes tactiques à appliquer dans le jeu. Le niveau de difficulté fut, de plus, entièrement retravaillé. Le résultat de ce remaniement bienvenu ? Un jeu à la difficulté enfin progressive, parfaitement à même de livrer à tout un chacun les mille et une richesses d’un titre pourtant vite rebutant.

La seconde version arcade de Boulder Dash.

Des salles obscures... aux oubliettes

Malgré son indécente célébrité, l’incapacité totale des développeurs à réinjecter du sang neuf dans un concept vieillissant poussa Rockford à entamer, dans les années 90, une longue traversée du désert. Bien que quelques conversions sur NES ou Gameboy firent leur apparition, aucune des puissantes machines de l’époque n’accueillit celui qui avait été pourtant l’un des héros les plus marquants de la décennie précédente. Tout juste vit-on quelque clones, parfois fort réussis, poindre le bout de leur nez – Emerald Mines, sur Amiga, en est un excellent exemple. Tout d'abord sorti en 1987 sous la forme d'un « budget » à petit prix chez l'éditeur allemand Kingsoft, Emerald Mines et son éditeur de niveau suivirent le chemin tracé quelques années plus tôt par la mascotte de First Star ; et c'est donc fort naturellement qu'il réapparut sur les étalages en 1994 sur CD32, accompagné des milliers de niveaux conçus jusqu'alors par des fans apitoyés par la disparition de leur idole.

Emerald Mines sur Amiga.

Beaucoup plus tard, le rachat quasi inespéré de la licence Boulder Dash par la firme japonaise Kemco relança une machine qui semblait s’être définitivement grippée. Motivé par le boom extraordinaire des téléphones portables et autres PDAs, Kemco vit en effet là un formidable moyen d'écouler rapidement, et à moindre coût, un jeu prenant et peu gourmand en ressources techniques.

Boulder Dash M.E. sur mobile.

Peu étonnant donc que, dans cette logique d’enrichissement rapide, la même société profita du filon de la console portable pour développer en 2001 une ultime version de Boulder Dash sur Gameboy Advance. Boulder Dash EX regroupe sur une seule cartouche le titre original - fidèle au pixel près ! - de Peter Liepa, et une version entièrement remaniée et bardée, une fois n'est pas coutume, de nouveautés pour le moins bienvenues. En y ajoutant la gestion d'un inventaire et la possibilité d’opérer des rotations de l’aire de jeu à 90°, Kemco parvint à apporter cette petite touche novatrice qui faisait tant défaut à un classique devenu sans surprise. Phyl, qui a passé de nombreuses heures à parcourir les moindres recoins de cette version, vous expose les raisons de son engouement.

La version GBA et ses rotations
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