Par
Tonton Ben
(Septembre 2004)
Lucasfilm
Games, qui vient de s’appeler Lucasarts, commence à
exploiter sa plus grosse licence, Star Wars. Quelques jeux sur
le thème étaient bien sortis sur Atari 2600,
ainsi qu’en arcade (Star
Wars, mais pas par Lucasfilm), mais sur Pécé,
support en pleine ascension ludique en 1992, rien.
Et
voilà que l’on voit débarquer, presque sans
prévenir, un projet ambitieux : un simulateur spatial
sur l’univers de Luke, Yan, Leia et tous leurs amis. Attention,
pas une simple tranchée de l’Etoile Noire, mais
quelque chose de plus vaste. Lucasarts va fouler le terrain
de chasse d’Origin, avec le fabuleux Wing Commander
II, sorti l’année précédente
et tellement adulé par la critique (100% dans Joystick),
qu’aucun éditeur ne s’était plus risqué
dans le domaine.
X-Wing
Année : 1992
Systèmes : PC
Développeur : Lucasarts
Éditeur : Lucasarts
Add-on : B-Wing, Imperial
Pursuit
Rééditions
: X-Wing Collector (1994) |
X-Wing,
puisque c’est son petit nom, plonge le joueur au cœur
des forces spatiales rebelles, sur le vaisseau mère Independance,
en tant qu’apprenti pilote, et jeune recrue de la flotte
insoumise. Le but de l’aventure est très bien présenté
dans une intro en bitmap made in Lucasarts, où le Général
Ackbar déploie une contre-attaque de chasseurs X-Wing
pour éradiquer un assaut impérial surprise. Bien
que sommairement animée, l’efficacité des
images galvanise le joueur, car il va enfin pouvoir participer
à une aventure grisante : se mettre aux commandes des
vaisseaux mythiques de la Rébellion. Plus de dix ans
après, je conserve un souvenir intact de cette intro.
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L’écran
d’accueil, pour la création du personnage.
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Le
menu principal, à partir duquel tout est disponible. |
Histoire
d’immerger la bleusaille que vous êtes, tous les
menus de X-Wing sont représentés
sous la forme de différentes sections du vaisseau-mère
: depuis l’inscription du héros dans les registres
de la Rébellion, en passant par les briefings du Général
Dodonna, jusqu’aux quais d’appontage : l’environnement
visuel est très réussi, avec toujours ce coup
de patte spécifique à Lucasarts dans la réalisation
des décors et des personnages. À partir du pont
principal, une foulée d’options sont proposées
: l’entraînement, le tour of duty (mode carrière),
les missions historiques, les salles de données techniques
et de montage cinématographique (pour faire ses propres
vidéos), et enfin le casier personnel. Ce dernier constitue
la carotte du joueur, et par la même le point d’orgue,
l’intérêt majeur du soft, puisque c’est
ici que seront rassemblées toutes les récompenses
accumulées à chaque succès. Le costume
accroché dans le casier va s’étoffer, au
fur et à mesure de la progression, de diverses médailles,
qui feront également évoluer le grade du héros.
Mais nous n’en sommes pas encore là.
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Je
pars à l’assaut d’un corvette avec
mon X-Wing ! |
Le
B-Wing est suffisamment résistant face à
deux pauvres TIE Fighters. |
Les
forces rebelles disposent de quatre chasseurs pour mener à
bien leur combat : le A-Wing, rapide mais peu résistant
; le Y-Wing, lent mais robuste ; le B-Wing (disponible à
partir de l’add-on du même nom), aux formes étranges
et à l’armement lourd ; et bien sûr le X-Wing,
l’équilibre parfait, avec en prime une puissance
de feu accrue avec ses quatre tirs. Le principe de fonctionnement
est le même quel que soit le vaisseau : le pilote doit
gérer une jauge d’énergie et répartir
cette ressource entre les différents éléments
que sont les boucliers, la vitesse et les tirs. Ainsi, si le
joueur doit parcourir une grosse distance, ou échapper
à une poursuite trop importante, il met toute la puissance
sur les réacteurs ; en contrepartie, les tirs et les
boucliers seront plus faibles. Si, au contraire, il a besoin
de toute sa défense, il pourra charger les boucliers
au maximum, mais sa vitesse de déplacement sera amoindrie,
à moins qu’il n’économise également
sur les tirs. Ces deux derniers paramètres proposent
également des options d’utilisations particulières,
avec une possibilité de répartition des boucliers
à l’avant, à l’arrière (pratique
en cas de poursuite), ou sur l’ensemble du vaisseau. À
chaque impact, le bouclier baisse : lorsqu’il est percé,
c’est la coque qui prend directement, et elle ne résiste
pas longtemps, occasionnant par la même des dégâts
souvent irréversibles, comme la destruction de certains
indicateurs de bord ; des réparations sont tout de même
possibles, gérées par le droïde astromécano
de bord. Quant aux tirs, ils peuvent être utilisés
simultanément, ou par alternance de canon ; sans oublier
les roquettes, les torpilles, et les canons à ions pour
désactiver les systèmes électroniques adverses.
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Des
séquences de transition de toute beauté. |
Les
phases d’entraînement, ici en Y-Wing. |
Tous
ces paramètres sont visibles sur le tableau de bord du
cockpit, et se lisent très facilement. Le radar n’est
pas non plus à négliger, on a vite fait de perdre
de vue les ennemis en dogfight. En plus de ce système
finalement très simple, surtout pour ceux à qui
des simulateurs comme Falcon 3.0 ou US
Navy Fighters ont donné de l’urticaire,
on trouve une carte du coin, des ordres radio à donner
aux coéquipiers, et le bouton d’hyperespace pour
revenir au vaisseau-mère. Sans pour autant tomber dans
la facilité du jeu d’arcade, comme le proposera
plus tard la série Rogue Squadron, X-Wing
se veut agréable à prendre en main, avec des concepts
faciles à appréhender même pour celles et
ceux qui ne sont pas diplômés de la NASA, et qui
amènent une profondeur très intéressante
au soft. On se prend très rapidement pour un pilote rebelle.
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Raaah,
lui, là, comment il s’appelle, déjà…
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Mission
de protection d’un Calamari Cruiser en A-Wing. |
Avant
de se plonger dans la bataille, le training s’impose,
histoire de se familiariser avec les commandes de la bête.
Un parcours de huit niveaux pour chaque vaisseau est proposé,
qui consiste en un enchaînement de portes en temps très
limité, avec, au fur et à mesure, des petites
gâteries qui viennent bien compliquer la tâche,
comme des tourelles de tir actives, et des portes à passer
en sens inverse. Compléter ces phases permet non seulement
de récupérer une médaille, mais aussi de
s’assurer qu’on a bien pris en main l’appareil.
La difficulté est imposante, mais reflète bien
l’ampleur de la tâche qui nous attend. C’est
vrai, quoi, la Rébellion a besoin de vaillants pilotes,
pas de lopettes.
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Un
B-Wing peut en cacher un autre… |
L’animation
du X-Wing lors de l’appontage est superbe. |
Mais
le gros du travail se situe dans le Tour of Duty, avec sa salle
de briefing, et ses trois quêtes (cinq avec les add-on
B-Wing et Imperial Pursuit).
C’est ici que l’aventure commence vraiment : missions
de reconnaissance, escorte de frégates ou de corvettes
corélliennes, assaut contre les forces de l’Empire,
les objectifs varient à chaque niveau, tout en suivant
un fil rouge qui conduit ni plus ni moins à l’assaut
de l’'Étoile Noire de l’épisode IV
(Un Nouvel Espoir), et un peu au-delà. L’Empire
est représenté par la panoplie des vaisseaux et
des chasseurs emblématiques de la saga : les TIE Fighters,
chasseurs rapides mais peu résistants (ils n’ont
pas de boucliers) ; ou encore les TIE Bombers, lents mais lourdement
armés ; et bien sûr, les Star Destroyers, de toute
leur masse imposante. Il faudra d’ailleurs en descendre
quelques-uns. Bonne chance. Les fans de la saga sont donc gâtés,
puisque toute la mythologie spatiale de Star Wars est présent,
un pur bonheur !
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Et
un TIE Bomber de moins, un (Y-Wing) ! |
Les
boucliers arrière du A-Wing faiblissent, je me
fais canarder ! |
Le
simple fait de proposer un simulateur sur le thème aurait
déjà assuré à Lucasarts un certain
succès ; mais ce qui va faire parler du jeu à
sa sortie, c’est son moteur. En effet, alors que le prestigieux
Wing Commander II se fonde sur un moteur bitmap,
certes réussi, mais qui peine à rendre toute la
profondeur spatiale nécessaire, X-Wing
propose un moteur troidé révolutionnaire. Techniquement,
c’est la grosse claque. Tous les vaisseaux sont modélisés
en troidé non texturée, en VGA, le tout en 320x240.
Si les graphismes paraissent de prime abord un peu dépouillés,
non seulement tous les éléments se reconnaissent
très facilement, mais l’ensemble reste très
fluide, même sur un 386 DX 33 ! L’immersion dans
le jeu devient alors totale, avec les attaques en piqués
sur les Star Destroyers, pendant que les TIE Fighters frôlent
le chasseur rebelle pour le prendre à revers, avec ce
son si caractéristique. Si, en plus, vous possédez
un joystick analogique digne de ce nom (le Sidewinder Pro, pour
ne citer que lui), les batailles prennent un caractère
épique, et la tranchée de l’Étoile
Noire n’aura jamais été aussi réelle.
De toute façon, c’est le seul moyen d’y jouer,
vu que les contrôles au clavier sont impossibles car les
déplacements par les flèches sont trop mal gérés
(on dirait que les commandes sont buggées), et qu’à
la souris, le nombre d’allers-retours à réaliser
avec le mulot pour faire un tour complet est ahurissant, ce
qui réduit sa durée de vie à quelques jours.
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Résultat
d’attaques directes sans bouclier : le cockpit du
X-Wing est bousillé. |
Les
fameux briefings du Général Dodonna… |
Par
ailleurs, on ne pouvait décemment concevoir un jeu Lucasarts,
et encore moins une licence Star Wars, sans un environnement
sonore de qualité. On retrouve donc les thèmes
de John Williams en samples midi excellents, bien qu’absents
lors des missions ; en y ajoutant toute la palette sonore des
affrontements spatiaux de la saga, avec la présence de
voix digitalisées lors des scènes cinématiques
et de certaines actions dans les menus, l’expérience
est ultime. Les seules réserves concerneront la difficulté,
franchement harassante, même si beaucoup affirment qu’elle
contribue à faire de ce jeu un titre exceptionnel ; l’autre
point négatif se manifeste dans l’absence de la
corvette corélienne modifiée YT-1300 parmi les
vaisseaux disponibles, même si elle apparaît au
cours du jeu. Les spécialistes auront reconnu dans cette
appellation technique le Faucon Millenium, la propriété
de Yan Solo (bien que cette dernière fasse toujours l’objet
d’une âpre discussion avec Lando Calrissian).
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Et
vous me ferez une petite vidange, aussi… |
Et
c’est comment son nom à elle, là,
la sœur de l’autre… |
X-Wing
est ressorti rapidement, avec l’avènement du support
cédé, sous une forme collector, regroupant d’entrée
la version de base agrémentée de ses add-on, de
voix digitalisées pour tous les briefings, et surtout
de graphismes de qualité supérieure, affichant
des effets de Gouraud fort jolis sur les surfaces troidé,
effets que l’on retrouve dans sa suite, TIE
Fighter.
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