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Terranigma
Année : 1996
Système : SNES
Développeur : Quintet
Éditeur : Enix
Genre : RPG
Par Erhynn Megid (28 mai 2003)

Juillet 1996

La PlayStation est déjà bien lotie, et la Super NES commence à souffrir : l'attente de sa petite sœur la Nintendo 64 se fait longue, et peu de nouveautés viennent la sortir de sa torpeur. C'est alors qu'Enix et son équipe fétiche Quintet réalisent un dernier jeu (le chant du cygne en quelque sorte, d'autant que ce sera le dernier jeu de ce développeur) un RPG de toute beauté, qui ne touchera pas les États-Unis (refus de Nintendo of America), uniquement le Japon et l'Europe.
Ce jeu aura en plus le luxe d'être traduit en Français ! Un tel effort est largement appréciable.

Le jeu arrive chez nous en 1996, près d'un an après sa sortie japonaise. L'apocalypse est à son comble : la PlayStation corrompt les âmes des joueurs, avec sa 3D à l'époque cubique et pixélisée, et surtout grâce à une pression publicitaire constante. Terranigma sort au joyeux prix de 479 Fr. Cela ne l'empêche pas de se vendre par millions, et d'être en rupture de stock dans toute l'Europe ! Les fans de Nintendo l'ont bien compris : Terranigma sera le dernier jeu de la console importé en France, et un hommage grandiose, signé Enix. On apprend également que Quintet ferme boutique. Les larmes tombent, on se souvient avec émotion d'ActRaiser, Illusion of Time, Robotrek etc. Un grand du monde du jeu vidéo vient de tomber, il faut lui rendre hommage.

L'introduction, sublime, tout comme la musique.

Je n'ai jamais pu acheter Terranigma. Je le regrette amèrement. À chaque fois : rupture de stock (c'est quoi ça se mange ?). Finalement, j'abandonne, et un de mes meilleurs potes le trouve sur Internet trois ans plus tard. Ce sera le permier jeu que j'achète ainsi. J'aurais pu me tourner vers l'émulation, mais non, rien à faire, ce jeu méritait grandement d'être acheté.

Bon, parlons du jeu en lui même. Terranigma est un Action RPG : cela veut dire que les combats sont en temps réel (comme dans Zelda), et que vous gagnez des points d'expérience. L'autre point commun avec Zelda, c'est que vous ne dirigez qu'un seul personnage jusqu'à la fin du jeu. En effet, vous êtes seul contre tous, mais ne vous en faites pas : vous aurez de nombreux amis, prêt à se sacrifier pour que vous puissiez réussir votre mission. Bon, je ne vais pas vous en dire plus, mais sachez que les maîtres mots sont : sacrifice, tristesse, trahisons, morts, humour et amour.

L'antre du premier boss que vous affronterez sur Terre et qui est assez costaud
Ark teste du vin, qui est dégoutant

Vous incarnez Ark, un jeune d'environ 16 ans, qui vit dans le village de Crysta. Ce village est assez grand, mais entouré par une épaisse forêt, empêchant quiconque d'en sortir. Après avoir mis le souk chez une fermière, et fait vos excuses (ou vos mensonges, au choix !) auprès de celle-ci, vous décidez de rendre visite à l'ancien du village. Et c'est là que Terranigma devient génial : on vit un jour banal au possible, et là, PAF ! il se passe quelque chose d'imprévu. Tout le village est congelé suite à l'ouverture d'une porte scellée par vous (ou un de vos potes, encore au choix). Après quelques minutes, vous décidez de réparer la bêtise. Banal ? Pour l'instant oui, mais si je vous dis qu'après, il faut restaurer l'écosystème de la Terre, ressusciter toutes les espèces vivantes : des plantes aux animaux en passant par l'humain ? Si je vous dis également que Terranigma possède l'un des scénarios le plus élaborés que j'ai jamais vus (après Final Fantasy 7 toutefois) ?
Bon, parlons du contenu du jeu...

Présentation : Une petite cinématique vous parle des côtés maléfiques de notre planète Terre. Elle est assez énigmatique, et surtout à la fin, où l'on voit sur une horloge, l'heure 13 qui se grave. Le ton est donné, on sait que le jeu (malgré le début), ne sera pas si banal.

Combat contre un boss en pleine chute (dépêchez-vous de le tuer avant de sombrer dans un lac de lave)
Un beau décor montagard

Côté graphismes, la plupart du temps, c'est magnifique. Parfois un peu vide, le visuel du jeu reste tout de même très bon. Mention spéciale pour le double mode 7, quand vous sortez de votre village. Les magies sont également très soignées, un vrai régal. Les monstres sont plutôt simples, mais les boss, eux, sont superbes ! L'animation, quand à elle ne faiblit jamais, et la plupart des persos se dirigent normalement. Les attitudes d'Ark sont poilantes. De ce côté-là donc, rien à reprocher. En plus, la vitesse du jeu est la même que celle de la version japonaise. Un régal !

Un passage sur la carte du monde
La résurrection de l'espèce animale. Splendide, point à la ligne

La musique est fabuleuse. Tantôt mélancolique, tantôt héroïque, tantôt calme, elle colle parfaitement à toutes les situations où elle se fait entendre. Promenez vous un peu sur la carte du royaume de Crysta et vous sangloterez peut-être tant la musique est belle. Écoutez le thème de fin et pleurez, avoir passé tant de bons moments, de voir une fin si triste ponctuée par une musique qui inspire tout de même un sentiment d'espoir. Le pire est après le générique de fin, quand on voit la séquence cachée, lorsque ????? ouvre la porte et qu'elle voit ????? (spoiler en fin d'article) se désintegrer. Là, le thème de Crysta apparaît, et trois lettres concluent l'aventure : FIN. Argh, on en a les larmes aux yeux. C'est incroyable, on sent bien que l'équipe d'ActRaiser et d'Illusion Of Time est passée par là !

La prise en main est délicate : gérer l'inventaire n'est pas très dur, mais parfois cela porte à la confusion... Heureusement, le tout est très maniable, et Ark répond au quart de tour. Vous pouvez même pousser les PNJ afin de débloquer le chemin. Ce que peut faire Ark ? Marcher, courir, sauter et attaquer, glisser, nager, escalader, piloter un bateau et un avion. Comme tout héros de RPG quoi ! En ce qui concerne le gameplay, eh bien, que dire sinon que vous allez voir du pays. En fait, vous retracez d'abord l'origine de la vie sur Terre, en commencant par la naissance des plantes, puis des animaux, puis des reptiles, et enfin des humains. Vous voyagerez en Afrique, en Espagne, en Italie, à New York (lorsqu'il n'y avait que deux pèlerins qui faisait office d'habitants !), à Tokyo... vous serez le responsable de l'évolution humaine ! De plus, à certains moments du jeu, on vous propose de faire des petites quêtes secondaires, qui permettront de faire évoluer les villes. Une sorte de mini-gestion de l'évolution...

Chacun de vos faits et gestes peut avoir une incidence décisive sur la croissance d'une ville, ou au contraire sa décroissance. Certains de vos choix feront par exemple évoluer Los Angeles, mais chuter New York. Ces conséquences croisées sont vraiment une excellente idée. Le fait de faire évoluer les villes vous permet d'avoir encore plus de quêtes secondaires, mais aussi de nouveau magasins, etc., etc., etc. C'est vraiment une idée de génie ! D'ailleurs, c'est est un excellent clin d'œil à ActRaiser 1-2, des mêmes développeurs. Sacrés Quintet !

On peut finir Terranigma très vite (une vingtaine d'heures), mais cependant, si vous voulez l'exploiter à 100%, et faire évoluer au maximum toutes les villes, là c'est autre chose (une cinquantaine d'heures)

J'ai laissé le meilleur pour la fin : le scénario, qui est diabolique. C'est bien simple : soit je vous en parle et j'en écris cent pages, soit je vous laisse la surprise. Par contre, ne désespérez pas au début, après les cinq tours, le scénario se dévoile enfin, et a partir du 3ème chapitre, IL DEVIENT DIABOLIQUE. Persévérance et patience seront les maîtres mots pendant vos 5 premières heures de jeu.

Et pour conclure, voici la fin du jeu, pour ceux qui veulent connaître celle-ci.

Cliquez ici pour faire apparaitre la fin de l'histoire [NB: cet encart contient des spoilers]

Après la mort de tout ses amis, Ark peut retourner sur Crysta, et affronter l'ancien qui n'était autre qu'une représentation physique du coté maléfique d'Ark (Dark Gaia). L'ancien lui apprend qu'il a le don de l'absorber en cas de défaite de sa part. Ark pense le contraire. Il se dit qu'il y a un piège, mais ne peut pas laisser Dark Gaia aller sur Terre. Après un rude combat, Sun Gaia arrive et apprend à Ark qu'il va désormais disparaître, car sans l'énergie de Dark Gaia, lui et le royaume de Crysta vont cesser d'exister. À minuit, Ark disparait avec Crysta. Il va donc parler à ses amis, et se rend compte que Dark Gaia a déjà disparu : personne n'a jamais connu l'ancien, et la porte bleue est un placard à balais. Ark parle à tout ceux qu'il peut, et va finalement dormir. Pendant son sommeil, il fit un dernier rêve : il rêva qu'il était un oiseau qui survolait la Terre, en suivant l'évolution du monde.

Ensuite, on voit la Celina de la Terre, réveillée par des bruits à la porte d'entrée. Pendant qu'elle s'y dirige, elle grogne en disant qu'il est PRESQUE MINUIT. Lorsqu'elle ouvre la porte, tout les bruits s'arretent, tout se fige, et elle sort de la maison, mais le jeu n'en montre pas plus. Le theme de Crysta se lance, et les trois lettres FIN s'affichent. Quand vous en serez là, croyez-moi, vous comprendrez que Terranigma est le meilleur Action-Rpg de tout les temps.

Selon Enix, la scène de fin est la suivante : Ark serre dans ses bras une dernière fois Celina, et l'embrasse avec tout l'amour qu'il put lui donner. De nombreuses larmes coulent le long de ses joues, tandis qu'il repense à tout ce qu'il a vécu, le sacrifice de ses amis, le royaume de Crysta qui va disparaître avec lui, et surtout, qu'il n'aura jamais de descendance. Minuit sonne et un énorme nuage de fumée enveloppe Ark. L'instant d'après, Celina est seule, et pleure...

Erhynn Megid
(28 mai 2003)
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