
En décembre 1994, pour le lancement de la Saturn, Sega et Team Andromeda commercialisaient Panzer Dragoon, un majesteux shootem up aux graphismes et au design de toute beauté. Fin 1996, on remettait ça, avec Panzer Dragoon Zwei. Une fois de plus, il sagissait dun shootem up de très grande qualité. Mais en mai 1998, pour le troisième opus de cette saga devenue mythique en lespace de seulement deux épisodes, bien des choses ont changé. Lunivers de Panzer Dragoon est sublimé. Les deux premiers épisodes de Panzer Dragoon ne manquaient pas de qualités, bien au contraire. Mais le jeu ne semblait étrangement pas à la hauteur de lui-même. On devinait en effet, au-delà du simple jeu de tir, au-travers du design proprement sidérant des créatures et des décors, ainsi que des cinématiques de toute beauté, une aventure à la richesse infinie qui ne demandait quà être enfantée. Cest ainsi que le projet Panzer Dragoon Saga fut porté sur les fonts baptismaux. Lunivers de Panzer Dragoon ne demandait quà être approfondi, dessiné, animé, en un mot, il ne demandait quà vivre. Pour cela, le type de jeu le plus approprié était le RPG. Mais pas nimporte quel type de RPG. Sûrement pas un tactical-RPG, Panzer Dragoon Saga ne devant surtout pas se cantonner aux combats. Non, il fallait établir un système de jeu plus proche de laction-RPG à la Zelda, tout en en approfondissant les mécanismes.


Ainsi le jeu sarticule-t-il autour de grandes phases de recherche à pied ou à dos de dragon, entrecoupé de fréquents combats aériens gérés en temps réel et non au tour par tour. Extrêmement bien pensé, le système de combat se base sur lévolution de votre monture quil faut gérer très précisément. En fait, un génial système de morphing en temps réel du dragon se fait selon la répartition dun capital de points entre quatre catégories : attaque, défense, agilité et spiritualité. Tout le problème est de déterminer sil vaut mieux avoir un dragon « moyen » pour apprendre tout type de sort et de technique, ou bien le spécialiser à fond au risque de se faire laminer contre un boss qui serait votre plus parfaite antithèse, ou encore de systématiquement spécialiser son dragon en fonction de lennemi rencontré, au risque certain den freiner la progression. Les sorts et techniques appris enflamment souvent lécran dune tornade deffets visuels renversants, mais, surtout, ils ne sont jamais anodins. Loin de ces jeux où lon utilise trois sorts sur la centaine possible et puis basta, Panzer Dragoon Saga demande une réelle finesse dans le gameplay, et ce bien que certains boss soient répétitifs, afin de sen sortir en beauté.


Raison de plus en tous cas pour revenir au jeu une fois terminé, pour concevoir un tout autre dragon et apprendre de nouvelles techniques. Le jeu propose en plus une importante quantité de quêtes annexes jamais artificielles (qui a dit Zelda ?) qui permettent véritablement denrichir les relations avec les personnages du jeu, den découvrir plus sur ce monde absolument enchanteur, et, forcément mais cela en devient presque beaucoup moins intéressant, faire évoluer sa monture. Rares sont les jeux à avoir atteint un tel niveau de richesse et dimmersion. Tout cela est appuyé par une formidable démonstration des capacités dune Saturn tout à fait sous-estimée. Le travail sur les textures, lanimation et la modélisation sont surprenants. Les effets spéciaux sont quant à eux proprement sidérants : la mer, dun bleu argenté, ondulant sous le navire de la zone interdite, le désert et ses tempêtes de sables, le tunnel sous-marin à Uru, le vortex avant Sestren, les effets pyrotechniques et lumineux
un véritable sans faute graphique mais aussi artistique qui, aujourdhui encore, reste des plus enchanteurs à contempler.


Situé chronologiquement après les deux premiers jeux, dans un monde post-apocalyptique où les hommes ont perdu le contrôle dune technologie darmes biomécaniques, Panzer Dragoon Saga narre laventure dEdge, jeune homme pourchassant lEmpire pour avoir assassiné les siens suite à une étrange découverte archéologique. Une jeune femme prisonnière de la roche depuis des millénaires vient en effet dêtre exhumée de son carcan de pierre et de métal, sur le site de recherche gardé par des hommes payés par lEmpire. Edge est lun deux. Précipité dans un gouffre durant le raid, il ne sen sort que de justesse. À peine revenu à lui, il est attaqué par de sombres créatures. Il ne sera sauvé que par lintervention du Dragon qui la choisi pour nouveau maître.


Ainsi commençe le jeu. Dès lors Edge se lance à la poursuite de lEmpire. Le joueur découvre, lui, un monde gigantesque, peuplé détranges créatures au design étonnant, où lhomme se fait rare. Tout est à découvrir, à comprendre. Les décors ainsi que les musiques sont absolument magnifiques, la palette de couleurs va du gris glacé au rouge brûlant suivant la partie du monde exploré. Tout est sujet à lémerveillement. Les personnages rencontrés ne sont jamais de simples faire-valoirs, chacun à sa propre histoire, sa propre personnalité, sa propre raison dexister. Au cours de son périple dune longueur et dune densité proprement colossales, le joueur découvre petit à petit les tenants et les aboutissants de lhistoire. Personne nest ni tout blanc ni tout noir. On voit le héros, Edge, changer. Sa personnalité saffine, ses jugements se font plus juste, sa motivation moins aveugle, sa relation avec sa monture plus ambiguë que jamais


Sa rencontre avec la jeune femme, Azel, va le changer à vie. Les deux personnages vont se faire la guerre, puis sallier, emportés par les évènements. Lévolution de leur relation est traitée avec une rare finesse qui confine à la magie grâce à lutilisation subtile des scènes cinématiques. Subtile car, bien quen très grand nombre et souvent très longues, ces cinématiques arrivent toujours à point nommé pour récompenser le joueur qui, exténué après une très longue phase de jeu, difficile et où de nouveaux décors ont été découverts, de nouveaux personnages, de nouveaux rouages de lhistoire, mérite den savoir plus.


Cest là quune scène cinématique de folie se lance, sublimant les décors déjà magnifiques mais jusqualors condamnés à rester pixelisés, rapprochant encore plus les personnages, à laide de dialogues profonds et jamais ampoulés, pour le plus grand bonheur du joueur qui, sur la fin, succombera littéralement de plaisir et de frustration à la fois. Un instant démotion intense, fébrile, qui marque un esprit à vie, et qui fait de Panzer Dragoon Saga un très grand jeu vidéo, une formidable expérience émotionnelle.
Corentin M.