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Le profiteur
Il ne s’agit pas vraiment ici de parler d’un style de retro-gamer,
puisque les gens dont il va être ici question ne méritent pas qu’on les considère ainsi, étant surtout
attirés par le profit qu’ils peuvent tirer de cet univers.
Le retro-gaming faisant de plus en plus d’adeptes, il n’est
pas étonnant que d’aucun y aient vu une nouvelle poule aux oeufs d’or, un marché juteux car échappant
à toute règlementation. C’est ainsi que apparues des boutiques spécialisées, et même des chaînes de boutiques
spécialisées. Toutes ne sont pas à considérer comme à éviter. Il y a des gens dans ce secteur qui font
un travail remarquable en rendant disponibles des jeux et du matériel que leur fabricant ne croit plus
bon de commercialiser, alors que pourtant beaucoup de joueurs les recherchent. En revanche, il faut signaler
(et condamner) la recrudescence d’enseignes (souvent établies dans la capitale) qui vendent du
jeu rétro en attendant qu’un autre fond de commerce soit plus rentable et profitent de l’inexistence d’une
côte crédible des jeux d’occasion pour les vendre à des prix exorbitants, seulement justifiés par le fait
qu’un jour ou l’autre des joueurs, sur le coup d’une impulsion motivée par la passion et de longs mois
de recherche infructueuse, seront prêt à les payer. Plusieurs articles ont été publiés
sur le web à ce propos (celui-ci établit
un bilan catastrophique pour les boutiques parisiennes). Akumajo, habitué du form de GP, a également
travaillé sur un comparatif qui porte sur les boutiques d'imports, celles-ci étant souvent
très fournies en jeux rétro (cliquez
ici).
Niloc-Nomis : tant qu'à **tuuuuuut** ils
vendront les jeux GB à 14,5€, il ne faudra pas m'en vouloir si je passe du joueur/consommateur
au joueur/un petit peu pirate.
Un autre genre de profiteur existe, qui n’arnaque personne, mais
fait son beurre sur le dos des retro-gamers sans partager un tant soit peu leur passion. On doit l’émergence
de ce genre de profiteur aux sites web de vente aux enchères. Y faire affaire avec un inconnu sur la vente
d’un jeu ou d’un sytème de jeu rétro, puis aller le chercher chez la personne lorsque c’est possible,
c’est parfois découvrir des caves entièrement remplies de matériel accumulé dans le seul but de le vendre
un peu plus cher que son prix d’achat. Possédant parfois 7 ou 8 exemplaires du même matériel, ce genre
de personne n’attache aucune valeur sentimentale aux objets qu’il vend. Bien que baignant dans le retro-gaming
à longueur d’année, il ne s’agit en aucun cas d’un retro-gamer. Les collectionneurs leur doivent souvent
une fière chandelle.


Ci-dessus deux annonces trouvées
sur un site de ventes aux enchères. Elles concernent le même jeu : Secret of Mana (SNES).
Sur la première, le prix de départ exigé par le vendeur est de 15.90€. Sur la deuxième,
le mot "Rare" est ajouté, et comme par magie l'ouverture des enchères passe à
24,00€. A noter que Secret of Mana (en Japonais Seiken Densetsu 2) est sorti dix ans avant la publication
de cette annonce, et il n'est pas spécialement rare puisqu'il a été importé
officiellement.
Le bricoleur
Voilà un individu fort sympathique ! Pratiquer le retro-gaming
« en vrai », c’est à dire sans avoir recours à l’émulation, c’est passer son temps à utiliser
du matériel datant de plusieurs années, pas toujours en parfait état de marche, dont la connectique est
le plus souvent obsolète ou propriétaire, et dont les pièces de rechange ne se trouvent plus, sauf à les
commander à l’autre bout de la planète. Autant dire que les problèmes techniques sont fréquents, et la
plupart du temps très mal vécus. Parvenir à trouver ou retrouver une machine vieille parfois de 15 ans
et ne pouvoir s’en servir à cause d’un faux contact ou d’une petite panne bénigne peut être une véritable
torture. C’est là qu’intervient la première catégorie de bricoleur : Le réparateur.


Photo extraire d'un tutorial de réparation pour une borne d'arcade, et joystick arcade bricolé
pour un usage domestique
Une fois de plus, il nous faut admettre que les choses se
passent essentiellement sur Internet. Il existe de très nombreux sites qui indiquent mille et une bidouille
permettant de réparer à peu de frais son matériel retro-gaming. En général ils sont consacrés à une machine,
ou une marque, et il faut un peu fureter pour trouver la solution à tel ou tel problème, mais on y arrive
toujours, car les retro-gamers réparateurs sont très nombreux et ont tous en commun une vraie volonté
de partager leurs découvertes et aider leur prochain. A noter que les conseils qu’ils peuvent prodiguer
ne portent pas seulement sur la réparation d’une machine, mais aussi sur les usages que l’on peut en faire
qui sortent de son domaine initial, notamment les émulateurs qu’elles peuvent faire fonctionner.


Exemples de sites dédiés à la réparation. Le 1er, Game
Console Repair, est un site commercial qui propose des forfaits de réparation opérés
par des professionnels (les prix sont honnêtes). Le 2e, Dc Reload,
contient des fiches complètes d'aide à la réparation de la plus fragile des consoles
: La Dreamcast.
En parallèle de ces philantropes du fer à souder, on trouve
des bricoleurs qui oeuvrent dans un autre domaine : Les apprentis-sorciers. Ceux-ci fabriquent les machines
de leurs rêves, afin de pratiquer le retro-gaming dans des conditions qui leur sont parfaitement adaptées.
L’apprenti-sorcier le plus fréquemment rencontré est celui qui construit une ou plusieurs bornes d’arcade
capables de faire tourner des émulateurs, et donc de concentrer en un seul support des milliers de jeux.
Les solutions techniques sont très nombreuses, et toutes sont disponibles sur des sites ou leur inventeur
a mis à disposition de celui qui voudrait l’imiter plans, photographies et même parfois des logiciels
de configuration et installation comme le remarquable projet Omnicade.
Ils sont très ouverts à qui leur demande conseil, et aux connaissances électroniques du réparateur ils
allient une remarquable aisance dans le maniement des scies sauteuses, circulaires et autres rabots électriques.
Certaines sociétés commercialisent des pièces qui permettent de monter plus ou moins facilement (selon
le prix que l’on peut y mettre) une authentique borne d’arcade, mais il est aussi possible d’en récupérer
une vraie et de la modifier, chose que les bricoleurs apprentis-sorciers se feront une joie de vous aider
à faire si vous le souhaitez.


Exemple de bornes d'arcade domestiques multi-jeu contenant le hardware d'un PC.
D’autres apprentis-sorciers réalisent des engins encore plus
étonnant, comme des versions portables de consoles qui ne l’ont jamais été. C’est ainsi qu’on a vu une
NES à écran intégré fonctionnant sur pile, au design très travaillé, sur laquelle on peut jouer en la
posant sur les genoux. Il existe des versions portables de construction amateur de la Sega Master System
ou de la Playstation, et même une VCS intégrée dans le tableau de bord d’une Volkswagen Sirocco ! Ces
engins étonnants sont tous l’oeuvre de retro-gamers avertis, et toutes les étapes de leur construction
sont détaillées sur un site web dédié, ou l’auteur assure systématiquement (cela fait partie du jeu) que
tout ce qu’il a fait est très simple et ne coûte pratiquement rien.


Le possesseur de cette superbe Volkswagen Scirocco de 1978 l'a équipée
d'une console Atari VCS incluse au tableau de bord, fonctionnant sur un mini écran LCD.
Le développeur
Voilà un retro-gamer essentiel, un authentique génie auquel
cet article sera l’occasion de rendre hommage. En général, il oeuvre dans le domaine de l’émulation, et
comme tout programmeur fréquente assidument le net, où il communique avec ses pairs pour que ses projets
aillent dans le bon sens. Le retro-gamer développeur peut être considéré comme une sorte de magicien,
dans la mesure ou l’essentiel de ce qu’il accomplit a un jour ou l’autre été déclaré comme impossible
par une source crédible. C’est ainsi que, par exemple, l’émulation Saturn est devenue une réalité, au
point que Sega s’y intéresse de près, alors que cette console est équipée d’un hardware si spécifique
et complexe que bien peu de développeurs purent en tirer parti à l’époque où elle était encore en vente.
Des exemples comme celui-ci ont conduit les retro-gamers à prendre au sérieux les annonces les plus délirantes.
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| Une future légende vivante de l'émulation : A 23 ans,
Fabien Autrel a réussi l'exploit de programer un émulateur Saturn fonctionnel. Le projet
se nomme Satourne. |
Le retro-gamer développeur le plus célèbre au monde, et qui
fait figure d’exemple pour tous est l’Italien Nicola Salmoria, qui initia le projet MAME. Comment cet
homme est-il parvenu à ce que son idée soit suivie par des milliers d’autres développeurs, au point que
7 ans après cet émulateur puisse faire fonctionner à la perfection près de 2000 jeux d’arcade différents
? C’est tout le charme et le mystère du retro-gaming en tant que communauté active, créative et ambitieuse.
Phil : A mon sens,
la plus grosse avancée dans le domaine du retro-gaming, a été réalisée
par l'equipe de développement de MAME. On dira ce qu'on veut, personne n'aura jamais les moyens
de mettre 3500 bornes d'arcade dans son garage, et cet émulateur émerveille tous ceux qui
ont un tant soit peu traîné leurs guêtres dans une salle d'arcade.
En parallèle de l’émulation, le développement de jeux pour
des micro-ordinateurs ou consoles rétro est aussi une donnée importante. Chaque mois, de nouveaux jeux
pour des consoles aussi rétro que la Vectrex ou l’Atari VCS sortent, qui dépassent souvent en qualité
ce qui se faisait sur de telles consoles à l’époque de leur splendeur commerciale. Ces jeux se jouent
parfois sur émulateurs (notamment pour les consoles à cartouche), mais chaque fois que c’est possible,
des versions utilisables sur les machines concernées sont disponibles. En général ces jeux sont gratuits
ou vendus pour un prix modique qui permet à leur auteur de les fournir avec un véritable packaging. Le
développement parallèle rétro est très actif aux Etats-Unis, où il est souvent associé au courant classic-gaming.
Il trouve une autre forme sympathique dans la réalisation de remakes pour ordinateurs modernes de classiques
du jeu vidéo, aux graphismes et sons réactualisés, qui permettent aux joueurs de s’affranchir de l’usage
(pas toujours simple) d’un émulateur et de profiter d’une réalisation moins datée.
retro-gaming et émulation



Jouer à des jeux rétro sur émulateur ou sur les machine sur
lesquels ils sont sortis n’est pas la même chose, et peut même opposer les points de vue. Il existe des
retro-gamers qui ne veulent pas entendre parler d’émulation, considérant qu’elle représente une solution
de facilité qui freine le joueur dans sa quête de pièces de collection. De plus, l’émulation d’une machine
(et la circulation de roms sur le net) peut-être préjudiciable à sa carrière commerciale lorsqu’elle lui
est concomittente. Il convient donc de définir le domaine dans lequel l’émulation doit se situer pour
être profitable au retro-gaming.
Twipol
: Ce qui me fait pratiquer l'émulation, c'est ma passion du jeu de combat 2D. J'ai commencé
à jouer à SF2 en arcade pendant l'été 1992, j'avais 12 ans, c'est d'ailleurs
à partir de là que j'ai vraiment commencé à être un joueur passionné.
Pour la suite je crois que mon cas est classique : pas assez fortuné pour se mettre à la
Neo Geo, et pas de bonne salle d'arcade à se mettre sous la dent. Par ailleurs la Play n'accueillait
pas toutes les conversions possibles de ces jeux, et quand c'était le cas, ce n'était pas
toujours fameux. Ainsi, j'ai loupé une certaine partie des titres sortis après la période
d'engouement pour Street Fighter 2. Aujourd'hui l'émulation me permet de combler ce vide. Le monde
des jeux de baston 2D est une sorte d'astéroïde dans la galaxie des jeux vidéo, un
sous-univers vraiment très, très vaste qu'on n'explore pas en quelques mois.
Emulation ou piratage ?



Sur un site web à vocation commerciale sponsorisé par les
éditeurs, il est d’usage de ne pas parler d’émulation. Le sujet est tabou et l’auto-censure est de mise,
car pour beaucoup, l’émulation est, à défaut de tout autre statut reconnu par la Loi, du piratage dans
la mesure où elle permet de jouer à des jeux commerciaux sans passer à la caisse. La notion d’abandonware,
tant défendue par les retro-gamers, n’est mentionnée sur aucun support légal, et rares, trop rares sont
les initiatives des éditeurs allant dans le sens de la gratuité de l’ancien (comme par exemple le fait
de les proposer en téléchargement sur leur site). L’écart entre les collections de roms qu’on trouve sur
les disques durs et la liste des jeux dont leur éditeur à renoncé aux droits est notable (et même désespérant,
à vrai dire), car s’il devait se cantonner à ces derniers titres, le retro-gamer vivrait dans une totale
frustration.
CHAZumaru
: En tant que drogué des jeux (surtout à une époque, un peu moins "dangereusement"
maintenant) j'ai moult jeux sur émulateurs, j'ai par exemple revendu ma SFC et laissé ma
Megadrive défectueuse dans un tiroir pour me consacrer aux versions émulées. Mais
sur les consoles plus récentes je m'efforce d'acheter les jeux que j'aurais de toutes façons
achetés sans le phénomène de la copie ; j'aimerais bien dire que c'est par respect
pour les auteurs du jeu, enfin dans un sens c'est le cas, mais c'est surtout parce que je n'aime pas trop
la tronche d'un bête CD-R et que par chance il arrive souvent que les éditeurs des jeux qui
m'intéressent pensent à soigner leurs packagings. Pour le reste il n'y a pas vraiment de
règles : sur PS, PS2 et DC je mélange copies et originaux, sur Saturn je n'ai que des originaux
(mais alors un paquet ^^), sur PC Engine j'ai toutes les HuCards en ROM mais je ne prends les CDs qu'en
originaux, j'ai toutes les ROMs Neo Geo ou presque et pourtant je ne joue que sur ma Neo avec ma dizaine
de cartouches... bref y a pas vraiment de règle ou de logique. Pour ce qui est de la proportion
originaux/autres, les jeux Saturn et Dreamcast rattrapent un peu le coup mais bien sur j'ai plus "d'autres".
L’émulation n’est pas farouchement combattue, il faut le dire,
car elle n’entraîne pas un gros manque à gagner, contrairement à la circulation de mp3 sur le net. Mais
à cause de cet amalgame et du manque d’information qu’il induit, ses bienfaits ne sont pas suffisamment
reconnus. Quoiqu’en pensent les retro-gamers qui lui sont réfractaires, l’émulation est la meilleure solution
pour immortaliser le patrimoine vidéo-ludique. Grâce à elle, et à l’Internet sur lequel elle s’est épanouie,
il suffit qu’une poignée d’exemplaires d’un jeu aient été retrouvés pour que celui-ci soit rendu accessible
à des millions de joueurs. Par ailleurs, l’émulation affranchit le jeu vidéo de l’éphémérité du matériel
servant à le faire fonctionner. Elle peut aussi pallier à certains problèmes d’encombrement. Comme les
microfilms des bibliothèques, l’émulation représente un outil d’archivage fabuleux qui immortalise les
jeux. Enfin, l’émulation peut représenter une solution bon marché pour jouer à certains jeux dont l’original
est irrémédiablement hors de prix (si je dis « Radiant Silvergun », ce sera peut-être plus clair
!).



DoubleC : Mes proportions pour les jeux sont environ
95% d'originaux et 5% de Roms/Isos/Gravés. En fait pour les roms, ce sont en général
des Roms NeoGeo (sous NeorageX, il faut vraiment que je me mette à MAME) et des roms 32X et Genesis
que je n'ai pas réussi à dégotter en original. Pour les Isos, ce ne sont que des
Isos MegaCD / SegaCD que je n'arrive pas à trouver en boutique, pour les gravés, des jeux
MegaCD et Dreamcast. Hélas, je vire trop collectionneur, c'est à dire, que j'achète
et ne prend plus le temps de jouer. J'ai actuellement d'autres priorités, mais j'espère
m'y remettre dés que les conditions seront plus propices.
L'unique
: J'essaie d'éviter l'émulation, si possible. Venant principalement du monde console, je
n'arrive pas vraiment à jouer devant un écran de PC avec mon clavier quelque soit la qualité
du jeu, même si j'ai utilisé l'émulation pour découvrir des jeux inconnus à
l'occasion. Donc pour ceux que je pratique, exception faite de mon émulateur Amiga que j'ai conservé
et auquel je joue réguliérement, c'est du 100% jeux originaux pour moi (ce qui limite mon
champ de connaissances et d'action, mais bon, c'est un choix )
Assimilée à l’illégalité, l'émulation se voit souvent
bannie par les fournisseurs d’hébergement sur le net, ce qui menace grandement le processus d’échange
qui lui est indispensable. Devant la difficulté à se procurer des roms, certains retro-gamers s’en sont
partiellement désintéressés, ce qui pourrait, si le phénomène se généralise, démotiver les développeurs.
Comme privée d’oxygène, l’émulation pourrait s’éteindre, pour tomber aux mains de marchands de soupe qui
en tireraient de menus profits en vendant des compilations de titres rétro mises en place grâce au travail
fait en amont par les développeurs d’émulateurs, distillant au compte-goutte et au prix fort l’héritage
du passé. Le plus triste est que cette tendance « revival », si elle devient un jour vraiment
rentable (ce dont on peut douter), ne le sera que le temps d’une mode. Pour
contre-carrer cette mort programmée, la communauté retro-gaming s’active, et comme elle n’a pas voix au
chapitre dans la presse spécialisée, elle utilise son outil préféré : Le web. Tout d’abord par la recrudescence
de sites documentaires permettant de recadrer le débat en délimitant clairement le retro-gaming noble
qui ne peut objectivement être associé à la simple recherche de jeux gratuits. Ensuite, par la profusion
de sites d’émulation consacrés à un seul sytstème. Si les « grosses légumes » de l’émulation,
proposant des gigas de roms de toutes sortes à télécharger, ont tendance à disparaître (encore que certains
font de la résistance), les sites plus petits et ciblés continuent de proliférer et constituent au final
une source précieuse. Moins impersonnels, ces sites comprennent souvent des fiches descriptives de chaque
jeu, qui enrichissent leur contenu.



Twipol : Je ne suis pas un de ces voraces qui essaient de s'approprier tous les jeux
qu'ils peuvent à moindre coût. Je n'aime pas trop posséder un jeu en CD-R (ça
n'est arrivé que deux fois, pour Tobal 2 et Bomberman World sur PS, tous deux des jeux d'import
que je n'avais pas réussi à me procurer autrement), mais LE domaine où je suis contre
le piratage, c'est celui de l'émulation. Ceux qui font circuler des dumps trop récents comme
KOF 2002 portent préjudice à tous ceux qui veulent faire vivre l'émulation dans une
certaine éthique. Que l'on "tue" par exemple l'industrie du disque en gravant des CDs,
ça ne me choque pas, tant pis pour ces rapaces des maisons de disques, personne ne viendra pleurer
sur leurs tombes. Mais que l'on saborde le domaine de l'émulation, animé par des gens bénévoles
et passionnés, en ne respectant pas cette éthique, c'est regrettable.
Il faut tout de même admettre que les accusations dont fait
l’objet l’émulation ne sont pas toujours mensongères. Rien ne freine les développeurs dans leur volonté
de relever tous les défis possibles, et lorsqu’une nouvelle console apparaît, les projets d’émulateurs
foisonnent. Lorsque la machine émulée est à ce point puissante qu’il faut un PC tel qu’on n’en trouve
pas encore pour en reproduire le fonctionnement à une vitesse satisfaisante, le développement de l’émulateur
est retardé, mais jamais vraiment abandonné, et il aboutit parfois bien avant que ladite console ait achevée
sa carrière commerciale. Ce fut le cas notamment de la Playstation, dont l’émulation (sur PC comme sur
Dreamcast) permet de profiter de ses jeux dans des meilleures conditions que sur le support d’origine.
Sony est parvenu à faire interdir un projet d’émulateur célèbre, mais d’autres sont passés au travers,
et l’émulation est venue se joindre au piratage généralisé qui aura caractérisé le parcours de cette console.
Signalons également l’émulation Nintendo 64, rendue très vite possible par le hardware « petits bras »
de cette console, qui s’est montrée d’autant plus tentante que le support cartouche empéchait toute baisse
du prix de ses jeux.
Enfin, l’émulation la plus controversée est celle de
la Game Boy Advance. Non seulement il s’agit indiscutablement de piratage, dans la mesure où elle est
apparue dans les semaines qui ont suivi la sortie de la console, mais en plus les conditions de jeu sur
émulateur sont bien meilleures que sur la console elle-même, si l'on oublie bien sûr le côté
"portable"... Les jeux occupent peu d'espace (rarement plus de 8 Mo), leurs commandes simplifiées
permettent d’y jouer au clavier sans les rendre moins maniables, et les émulateurs offrent un rendu d’image
et de son incomparable, qui rend bien mieux justice au travail des graphistes et musiciens que la console
elle-même... Difficile pour un retro-gamer de renier son attirance pour la ludothèque de cette console
(issue de la période 16-bits, certains titres ressemblant même fort à la pure émulation
SNES), alors qu’il aura tendance à déplorer le prix déplacé auxquels ces jeux sont vendus et la petite
taille de l’écran de la GBA (même le modèle SP ne soutient pas la comparaison avec les conditions de jeu
en émulation sur PC). Il convient pourtant, pour le principe, de ne pas encourager l’émulation GBA en
dehors d'un usage limité (pour essayer les jeux avant de les acheter, par exemple), car elle donne
une image déplorable de tout un univers, et comme le rappellent les possesseurs de GBA, le fait de pouvoir
jouer n'importe où est la raison d'être première de cette console.
Phil : Si on considère les choses
avec un peu d'ouverture d'esprit, on peut s'apercevoir qu'une console comme la GBA n'a jamais aussi bien
marché que depuis qu'il existe des émulateurs de cette machine qui frisent la perfection.
En effet, les centaines de roms disponibles en téléchargement sur le net un peu partout
et en toute illégalité ne sont à mon sens qu'un gigantesque catalogue interactif
ou chacun peut tester tranquillement chez soi le jeu qu'il se prépare à acheter, car jouer
à un jeu GBA sur son PC n'a pas grand intérêt, en revanche, choisir le bon, l'acheter
et l'emmener ensuite partout, ça c'est positif...
Conclusion provisoire
Ce dossier n'aborde pas certains cas particulier, comme l'utilisation des jeux rétro
sur des supports portables comme le PocketPC et le téléphone mobile, les consoles portables
orientées vers le développement parallèle comme la GP32, les détails précis
de la polémique autour de l'abandonware ou encore le comportement des éditeurs à
forte ancienneté vis à vis de leur propre catalogue rétro (LucasArts, Nintendo, Sega,
Cinemaware, Activision, Factor 5... beaucoup de grands noms, autant de politiques différentes).
Ces sujets complexes méritent un article spécialisé.
On a donc avec le retro-gaming un phénomène parti du chaos le plus total qui a par la suite
construit sa propre cohérence, donnant du même coup une consistance historique aux jeux vidéo.
La fréquentation assidue du milieu retro-gaming montre que les défauts dont on taxe le plus
souvent ses adeptes, à savoir la psycho-rigidité et la gourmandise de jeux gratuits, n'y
sont aucunement généralisés.
Evidemment, on observe parfois des comportements marqués par un certain manque de discernement,
et les citations qui émaillent cet article, compte-rendu résumé mais fidèle
de la discussion entre grospixelien qui en a précédé la rédaction, peuvent
mettre en évidence certaines positions excessivement tranchées. Néanmoins, aucun
des retro-gamers que vous rencontrerez ne se montrera blasé et sans passion. Ils ne demandent qu'à
s'enflammer, la plupart du temps de façon positive, et c'est en général une communauté
ouverte dans laquelle tout nouvel arrivant se sent le bienvenu.
Laurent