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Cool Spot
Année : 1993
Système : Amiga, Game Boy, Game Gear, Master System, Megadrive, PC (DOS), SNES
Développeur : David Perry
Éditeur : Virgin Interactive
Genre : Plate-forme
Par DSE76 (11 juillet 2017)
Jaquette de la version Megadrive, qui pourrait être LA version du jeu.
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Les années 1990 sont une période quelque peu particulière, où l'on voit apparaître ce qui s’appellera la cool attitude : celle de gens à la pointe de la mode, aimant généralement le surf, affublés d’une paire de lunettes noires et effectuant des gestes branchés. C’est aussi la même époque où le jeu vidéo se voit entrer dans les mœurs comme média de masse, avec la bataille entre la Super Nintendo et la Megadrive. Et certaines entreprises peu scrupuleuses voient une bonne occasion d’utiliser le support vidéoludique comme coup de pub.

C’est le cas de Seven Up qui contacte Virgin Interactive afin de produire un jeu pour leur nouvelle mascotte. Ce n’est pas la première fois que Virgin fait un jeu publicitaire, puisqu’il en a sorti un pour le compte de McDonald sous le nom de Global Gladiators. La mascotte dont Seven Up veut faire un jeu s’appelle Cool Spot, une pastille rouge affublé de lunettes, gants et chaussures. En réalité, ce n’est pas le premier jeu basé sur cette licence qui a déjà fait un tour sur NES avec Spot, un jeu d’Othello basé sur Ataxx.

Spot sur NES n’est qu’un simple clone d’Ataxx. Il n’a pas évidemment connu la postérité.

Mais que tous se rassurent : Cool Spot se rapproche plus d’un Pepsiman que du vulgaire jeu commercial, puisque le développement du jeu est confié au futur génie David Perry et à son équipe talentueuse, qui seront à l’origine d’Aladdin et Earthworm Jim. De plus, le côté commercial est totalement effacé en Europe puisque presque toutes les références à Seven Up ont été retirées. La raison à cela : si aux États-Unis, Cool Spot est la mascotte de la marque de soda, ce n’est pas le cas en Europe car ce rôle est rempli par Fido Dido, une autre mascotte qui aura elle aussi son propre jeu.

Cool Spot est donc un jeu de plateformes dans lequel on incarne la pastille rouge dans 11 niveaux. Le but est simple : atteindre la fin symbolisée par une cage que Cool Spot doit détruire. L’ennui est que Spot ne peut pas le faire comme ça : il doit d'abord récupérer un certain nombre de pastilles rouges, nommées cool points, traînant dans le niveau. Une fois que c’est fait, Spot peut enfin ouvrir la cage, libérer son ami et passer au niveau suivant.

Du surf sur une bouteille de Soda ? Pas de doute, on est bien dans les années 90 !

Cool Spot dispose de pas mal d’actions : il peut marcher lentement, puis avancer plus rapidement après avoir maintenu le bouton de direction suffisamment longtemps. Il peut effectuer deux types de sauts : en hauteur en ne pressant aucune direction et en longueur si vous faites d'abord avancer Spot (note : plus il va vite, plus il saute loin). Pour se défendre, Spot peut tirer dans huit directions différentes selon la touche directionnelle. Enfin, Spot peut se baisser ou regarder en haut.

Comme dit précédemment, les niveaux regorgent d'un nombre limité de pastilles rouges que Spot doit ramasser, d'abord pour que son tir puisse détruire la cage, mais aussi pour augmenter son score : ramasser ces pastilles à chaîne peut rapporter un bonus de points. En collecter suffisamment permet de parvenir au niveau bonus qu'on évoquera par la suite.

L’aventure de Spot commence sur une plage. La pastille rouge étant assez petite par rapport à un humain, les niveaux traversés font très micromonde.

Spot dispose de points de vie, symbolisés par une icône de lui qui se décolle au fur et à mesure qu’il prend des coups. Si elle se décolle entièrement, c’est une vie en moins et retour au dernier checkpoint franchi - symbolisé par un drapeau. Heureusement, Spot peut récupérer des points de vie à l’aide de verres de soda que lâchent les ennemis ou qui sont parfois éparpillés dans le niveau.

Éparpillés un peu partout aussi se trouvent les pastilles rouges ou cool points. Comme vu plus haut, elles servent à ouvrir la cage mais aussi à accéder au niveau bonus (oui, on va y venir) et toutes les récupérer permet de gagner une vie supplémentaire. Ces pastilles sont plus ou moins cachées dans le décor : le level design se compose de nombreux chemins se finissant par un cul-de-sac, mais avec moult de ces cool points nécessaires au 100 %. Car oui, Cool Spot est un Collectathlon avant l’heure et favorise grandement l’exploration.

Le second niveau, les docks, fait quelque peu se corser les choses avec du vide et quelques pièges retors.

Malgré son apparence simple, Cool Spot offre pas mal de bonnes idées de gameplay. Par exemple, Spot peut s’accrocher à toutes sortes de fils, câbles... pour grimper afin d’accéder à d’autres plateformes. Il peut aussi s'agripper à des ballons (qui peuvent se déplacer ou non) ou se servir des tapettes à souris pour se propulser. Ah, il y a aussi des bulles qui vous aideront à atteindre certains endroits. Il en existe deux types : la bulle classique, qui explose dès que vous la touchez, vous fera rebondir pour atteindre d’autres plateformes ou bulles ; l’autre bulle, plus petite, emprisonne Spot, puis monte jusqu’à ce que Spot en ait marre et tente de se libérer et la fasse éclater - mais vous pouvez sortir de cette bulle manuellement. Petite astuce : essayez de sortir d’une bulle montante au moment où vous vous trouvez sur une bulle classique. Effet garanti !

Il est temps d’enfin d’aborder les stages bonus : lorsque vous avez ramassé assez de cool points, vous entrez dans le stage bonus à la fin du niveau. Il s’agit d’une bouteille, remplie de bulles et de pastilles rouges. Vous avez un double objectif : le premier - primordial - est d’attraper la lettre située en haut du niveau, qui fait office de continue une fois obtenue. L’autre objectif et de récupérer tous les cool points du niveau. Si vous croyez que c’est facile, détrompez-vous car votre temps est limité, les niveaux sont de bonne taille et nécessitent de manier les bulles pour parvenir à atteindre la totalité du niveau. Faites attention à partir du troisième stage bonus : des bombes viendront vous blesser et il faudra les détruire avec votre tir. Ne vous inquiétez pas si vous avez perdu tous vos points de vie ici, vous ne perdrez pas de vie mais en revanche, le stage bonus sera terminé.

Le stage bonus est l’occasion de rebondir sur des bulles en tous genres pour atteindre le haut d’une bouteille de soda. Sacré programme en perspective !

Les stages bonus sont en temps limité mais en fait, tous les niveaux sont en temps limité. Dans le coin supérieur droit se trouve le chrono, qui vous indique le temps restant pour finir le niveau. Lorsqu’il vous reste 20 secondes, un bruitage viendra vous mettre la pression pour vous dépêcher de finir ledit niveau. Sinon, c’est le time up et Spot viendra démolir l’alarme, vous faisant perdre une vie. Heureusement, il y a des chronomètres (deux par niveau) que vous pouvez ramasser pour gagner 30 secondes supplémentaires.

L’opposition que vous rencontrerez en chemin se constitue de "trucs pas cool" (c’est la véritable appellation des ennemis dans le manuel). Pour vous en débarrasser, il suffit de leur tirer dessus mais il est rare qu’un coup suffise. Ladite opposition est variée et dépend du thème du niveau : ça peut aller du bernard-l’hermite qui finit en caleçon une fois débarrassé de sa "maison" mais devient furieux au dentier jouet qui a un sacré mordant. Chaque ennemi a sa particularité : certains tirent, d’autres sont statiques, volent, sont hyper mobiles, sont positionnés à des endroits stratégiques...

Spot fait le mur ou plutôt Spot est dans le mur... hum, dans ce niveau, des pièges peuvent blesser Spot tout comme l’aider. Les tuyaux au premier plan peuvent cacher pas mal de pastilles.

Tout l’intérêt du jeu tient à l’aptitude au tir de Spot. Il peut tirer dans huit directions (voire plus si on est assez doué) à l’aide du pavé directionnel. Le tir peut être effectué en vol aussi bien qu’au sol. Le challenge de Cool Spot est de diriger ses tirs pendant que le personnage est en l’air, afin de toucher sa cible. Spot peut aussi arrêter d’un seul tir les projectiles ennemis.

Le jeu comporte trois modes de difficulté : easy, medium et hard. La difficulté agit sur pas mal d’aspects, comme le nombre de vies allouées au départ, le nombre de points nécessaires pour avoir une nouvelle vie, le nombre et le type d’ennemis, la fréquence des verres de soin et leur efficacité, et même la position de la cage.

La baignoire (tout comme le train miniature) forme un niveau particulier où il faut grimper au sommet pour atteindre la cage. Évitez de faire trempette : Spot fait partie de la longue tradition de héros vidéoludiques nuls en natation.

Pour ce qui est du niveau graphique, Cool Spot gère niveau animation, comme à peu près tout ce qui sort de l’équipe de David Perry. Spot bouge étonnamment bien et s’avère des plus vivants. Aussi, les dessinateurs ont voulu faire de Spot un être minuscule comparé à un humain. Résultat : le décor paraît gigantesque, certains objets assez communs deviennent soit des plateformes, soit carrément des obstacles.

Côté sonore, c’est Tommy Tallarico qui gère la puce sonore de la Megadrive : autant dire que c’est une réussite, avec des musiques entraînantes qui claquent bien ; seulement, le mélomane aura vite fait de se rendre compte qu’il y a comme un air de "déjà entendu", comme si les musiques étaient inspirées par d’autres, hors du champ vidéoludique. Pour ce qui est des effets sonores, ils sont d’une grande réussite et très variés. Ils informent même la réussite du joueur avec les pastilles récoltées à la chaîne qui forment une musique.

Le monde des jouets est un niveau particulièrement délicat car les ennemis sont agressifs, le level design étendu et bourré de chemins où sont éparpillées les pastilles. Vous pourrez toutefois utiliser le décor, comme l’échelle de ce camion de pompier miniature, comme plateforme.

On a vu, Cool Spot met un point d’honneur à l’exploration. On a vu aussi qu’il y a un temps limite au jeu. L’ennui est que le mélange des deux ne fait vraiment pas bon ménage. En effet, vous aurez très envie d’obtenir le 100% sur chaque niveau, mais généralement la limite de temps ne vous le permettra pas sans sacrifier une vie : malgré un chrono généreux et une certaine linéarité, les niveaux sont grands et parfois assez complexes.

Chose des plus étranges, le jeu ne contient pas le moindre boss, pas même un ennemi de base surgonflé pour servir d’obstacle. Pourquoi pas ? En revanche, Cool Spot peut s’avérer assez répétitif car il y a très peu d'éléments servant à construire chaque niveau, et du coup ces blocs sont assez redondants. Pour ne rien arranger, le jeu vous demande de repasser les thèmes de niveaux mais avec un nouveau level design, plus corsé, accentuant le coté répétitif du jeu.

Radical Rails est sans conteste le niveau le plus étrange : ici, aucun ennemi et quasiment toutes les plateformes sont inclinées, offrant à Spot une bonne glissade. Le niveau n’en est pas moins amusant et s’avère l’un des meilleurs, avec sa musique.

Mauvaise nouvelle pour les amateurs de la Super Nintendo : Cool Spot montre clairement (en comparant avec la version Megadrive) les limites de cette machine. Si, comme d’habitude, la version SNES est éclatante en couleurs et effets graphiques, le reste peine un peu : la musique est moins percutante et les effets sonores sont de qualité irrégulière... quand ils ne sont pas purement absents.

Pour une raison que j’ignore, la difficulté a été revue à la baisse : quasiment tous les trous sans fond ont été bouchés et le jeu contient des passages non présents dans la version Megadrive qui facilitent grandement la progression. Histoire de soulager les 3,58 MHz du processeur, les ennemis sont moins nombreux dans les mêmes niveaux de difficulté. Le 256x224 (la résolution de la SNES) oblige de revoir le placement des ennemis pour ne pas surprendre le joueur. Par ailleurs, le scrolling vertical a du mal, ce qui est problématique vu que le jeu est très vertical. Enfin, la gravité est plus lourde que sur Megadrive, ce qui rend le jeu peu naturel et transforme les stages bonus en calvaire.

La version SNES de Cool Spot est peut-être belle avec ses effets graphiques dans tous les sens. En revanche, pour le reste...

Le jeu est également sorti sur d'autres supports : PC, Game Boy, Game Gear... et même Sega Master System !
Il existait d'ailleurs une version Amiga, parfaite côté graphisme, mais qui proposait hélas une animation de Cool Spot bien en retrait de la version Megadrive.

Cool Spot est un jeu des plus sympathiques, malgré son côté commercial (de toute façon passé à la trappe en Europe). Même s’il est loin d’égaler les futurs hits de David Perry et son équipe, il n’en est pas moins un titre qui se joue bien (de préférence dans sa version Megadrive). Cool Spot a été un succès puisqu’un autre épisode verra le jour en 1995, mais ça sera pour une autre fois.

DSE76
(11 juillet 2017)
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