Alors
voilà, vous venez de vous apercevoir que vous êtes
un vrai retrogamer, que vous n’arrivez plus à
ouvrir la porte de votre bureau tellement il y a des antiquités
informatiques qui traînent partout, et inversement les
portes des placards ne ferment plus, encombrés qu’ils
sont d’ustensiles et accessoires pour vieilles consoles.
Ce n’est pas grave, cette maladie s’appelle la
collectionnite et n’est pas dangereuse pour votre santé.
Elle est juste un peu plus nuisible à votre entourage,
mais avec un peu d’astuce, on parvient facilement à
arrondir les angles. Par exemple, si votre femme vous demande
si vous vous servez souvent du gros stick arcade Sega qui
traîne à côté de votre bureau, vous
pourrez désormais lui répondre que oui ! En
effet, même si vous passez le plus clair de votre temps
devant votre PC, voici une idée qui pourra justifier
la présence de ce magnifique objet à côté
de votre PC.
C’est vrai, ce n’est pas le tout de collectionner,
il est tout de même dommage de ne jamais se servir de
si belles pièces de collection, surtout lorsqu’elles
sont aussi fonctionnelles et en parfait état de marche.
Le montage que je vous propose donc aujourd’hui est
assez simple et vous permettra d’utiliser cet imposant
stick arcade à loisir sur votre émulateur favori,
à savoir Mame. Je ne l’ai pas inventé,
ni même conçu le pilote pour Windows XP à
utiliser avec, mais je vais essayer de détailler, photos
et schémas à l’appui, la marche à
suivre pour obtenir un montage propre et fonctionnel.
Commençons
par le matériel nécessaire. En fait,
si on veut, on peut vraiment rogner sur le budget pour arriver
à un truc proche du gratuit, mais je prends le parti
de faire quelque chose de présentable et de durable.
Ca va donc coûter quelques sous, mais rien d’insurmontable.
Les prix indiqués sont ceux du magasin Conrad, qui
est une vraie mine d’or pour tout bidouilleur. Il y
a deux boutiques dans la périphérie de Lille,
mais tout le catalogue est accessible sur commande ici.
Il
nous faudra donc :
- Un stick arcade Megadrive. Beaucoup plus évident
à trouver qu’il n'y paraît, en particulier
sur les brocantes. On part du principe qu’on en a déjà
un puisqu’on cherche à justifier sa présence
dans sa collection !

-
Un câble parallèle. En effet, le montage va se
brancher sur le port parallèle du PC. Normalement,
il devrait être inoccupé si le PC est récent
car plus aucun périphérique ne l’utilise.
Attention, au niveau du BIOS, ce dernier doit être configuré
sur EPP ou ECP. Il est probable que cela ne fonctionne pas
sur des machines plus anciennes mais je n’ai pas essayé.
On peut trouver des câbles de ce type n’importe
où ; et c’est justement l’intérêt
de la chose. Seuls les vieux périphériques souvent
HS utilisaient ce port. C’est le moment de recycler
le câble ! Le côté qui nous intéresse
est le bout avec le connecteur DB25 (25 broches) mâle
(celui qui va sur le PC). Si le câble est entier, on
va donc le couper. Si vous achetez un câble neuf, il
y en a pour environ 5€.

-
Une prise DB9 mâle à souder : environ 0,50€.
Si vous êtes perfectionniste (comme moi - qu'est-ce-qu'il
ne faut pas lire, NdD), vous pouvez ajouter la visserie
qui va avec : environ 1€.

-
3 diodes de type 1N914 ou 1N4148, vendues par 10 pour 0,50€.

- Un coffret pour stabiliser le montage : n’importe
quelle boîte en plastique peut faire l’affaire,
mais les coffrets TEKO sont très bon marché
et faciles d’emploi. J’utiliserai ici un format
55x85x36 au redoutable prix de 2€ environ.

Au niveau de l’outillage, ce qui suit
n’est pas indispensable mais facilite quand même
le boulot. On va considérer que vous l’avez chez
vous. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave,
mais dîtes-vous bien que c’est toujours utile…
- Une pince coupante (1€);
- Des tournevis de précision (1€ dans les foires
à l’euro des supermarchés);
- Un testeur de continuité. N’importe quel testeur
de courant peut faire l’affaire. Vous en avez sûrement
un chez vous si vous réparez les petits soucis d’électricité
à la maison; sinon, ça ne coûte pas plus
de 10€.
- Un outil du type Dremel. Ce dernier coûte en fait
très cher mais on trouve des clones tout aussi efficaces
dans les magasins de bricolages pour 20 à 25€.
Pas indispensable, mais très utile.
-
Un fer à souder précis (j’ai un 15W avec
panne pointue) et un peu d’étain (entre 5 et
10€ si vous n’en possédez pas);
- De la gaine rétractile. C’est un tube plastique
vendu en rouleau ou en tiges de 20cm et de section variable.
On l’utilise pour isoler et protéger des connexions.
On en coupe un petit bout, on la passe sur le fil, on soude,
on glisse la gaine sur la soudure et on chauffe au briquet.
La gaine se rétracte et ajoute de la robustesse au
raccord tout en l’isolant. Cela dit, ce n’est
pas indispensable, et on peut même la remplacer par
le fabuleux chatterton;
- Du temps (ben oui, c’est aussi de l’argent);
- Un pilote, PPJoySetup, que vous trouverez ici.
Je
reviendrai en détail sur son utilisation.
Pour
l’heure, il s’agit de faire la partie chiante
de l’opération, à savoir quel fil correspond
à quoi.
Commencez par couper proprement à la pince coupante
le câble parallèle. Si vous voulez une grande
longueur de fil à l’adaptateur, coupez plus près
du connecteur femelle. On garde la partie avec la fiche mâle
DB25.
Enlevez
la gaine sur quelques centimètres pour dégager
les 25 petits fils à l’intérieur. Le but
va être d’identifier les fils qui sont câblés
sur les pins qui nous intéressent… C’est
là qu’on se sert du testeur.

On
peut voir que tous les pins du connecteur DB9 vont être
câblés. Comme on a coupé le câble
parallèle, on va se servir des fils de celui-ci pour
souder sur le DB9. Reste à identifier qui est qui et,
surtout, dans quel sens ça fonctionne.
Tout
d’abord, identifions le connecteur DB9.
Si on regarde la prise du Stick (femelle donc), on peut identifier
les pins comme suit :

Ce
connecteur femelle va donc venir s’enficher dans notre
connecteur mâle, que l’on veut fixer sur notre
boîtier :

Il
est important de bien se repérer. En regardant bien
ces photos il sera difficile de se tromper.
A
présent le connecteur DB25.

Ce
qui donne du côté du connecteur mâle qui
est sur notre câble :

Rien
de bien compliqué, mais on a vite fait de se tromper;
c’est pour ça que j’insiste bien sur chaque
connecteur.
Il
nous reste donc à identifier dans notre faisceau de
fils ceux qui sont raccordés aux pins 1 à 7,
ainsi que les 14, 16, 17, 18 et 19.

C’est
un peu fastidieux, mais avec le testeur, on en vient vite
à bout. Les fils se dénudent avec les ongles
sur 5mm et il vaut mieux noter sur une feuille les couleurs
qui nous intéressent avec le pin correspondant.

Si
vous avez de petites étiquettes, elles peuvent aussi
faire merveille ici. Une fois que c’est fait, je préconise
de recouper un peu les fils qui n’ont pas d’utilité
dans le montage. Ca fait toujours moins de chance de se tromper
quand on les voit non dénudés.
Il
nous reste enfin à souder les fils sur les pins correspondants.
Avant de procéder, inutile de se précipiter.
Il faut imaginer le montage fini. On veut un boîtier
sur lequel on vient brancher son Stick arcade Sega, boîtier
qui est lui-même doté d’un câble
et d’une prise DB25 mâle à brancher sur
le PC. On peut donc penser qu’il serait judicieux de
fixer le connecteur DB9 sur le boîtier tout de suite.
C’est une idée, mais ce n’est pas la meilleure.
En fait, nous allons percer un trou sur un côté
de la boîte pour faire entrer le bout du câble
dénudé, et un deuxième trou soigneusement
découpé et usiné qui viendra accueillir
le connecteur DB9. Pour ceci, je vais utiliser mon clone de
Dremel, mais avec un peu d’adresse, on peut très
bien y parvenir avec une chignole classique, une lime ronde
et un peu d’huile de coude.
On vérifie avant toute chose que le connecteur mâle
DB9 s’emboîte bien dans le trou qu’on a
fait pour lui. Si on a le kit de visserie, on en profite pour
faire les trous de fixation des vis qui le maintiendront bien
en place.

Ensuite,
on enlève le DB9 et on passe le câble dans ce
trou. On prend un peu de mou, histoire d’être
à l’aise. A ce moment là, on peut éventuellement
passer un collier plastique ou un joint de plomberie qu’on
rentre en force sur le câble, et qui viendra empêcher
de forcer sur les soudures si on tire sur le câble.
On peut aussi envisager de faire un nœud, mais vu la
section, c’est pas évident.

On
fait chauffer le fer à souder, on sort l’étain
et la troisième main. Encore une fois, c’est
un ustensile à la limite du superflu mais ça
coûte environ 6 euros et ça permet de souder
très précisément sans s’arracher
les cheveux.

Je propose de commencer par le plus difficile ; en effet,
les pins 1 à 7 du DB25 allant direct sur des pins isolés
du DB9, ce n’est pas très compliqué. Commençons
donc par cette histoire de diodes. On ne va pas y passer la
semaine : on en prend trois, on vérifie bien les sens
pour qu’elles aient toutes le même, on torsade
sur les trois tiges l’extrémité qui doit
aller sur le DB9, on en profite pour passer un bout de gaine
et on soude ce côté (pour aide mémoire,
la bague représentée sur les diodes représente
la pointe sur les schémas.) On coupe ce qui dépasse
et on se retrouve avec un joli composant de trois diodes en
parallèle prêt à rejoindre notre montage.

A
l’autre bout, on passe un bout de gaine sur chaque tige
de diode et on soude les fils 14,16 et 17 respectivement sur
les tiges des diodes. Quand c’est fait, on recouvre
la soudure avec la gaine, on chauffe et hop, c’est isolé.
Du côté des 3 tiges reliées, on peut essayer
de souder direct sur le pin 5 du DB9 mais, pour une raison
de clarté, je préconise de souder un fil sur
le raccord, de l’isoler avec un bout de gaine et de
venir ensuite souder le fil sur le DB9. De toute façon,
ça laissera un peu de mou pour tout ranger dans le
boîtier, et ça sera moins fouillis sur le DB9.


En
ce qui concerne les pins 18 et 19 du DB25, on a également
le choix de les amener ensemble sur le pin 8 du DB9 ou de
faire comme précédemment une sorte de Y. Les
fils étant petits et souples, l’une ou l’autre
solution conviendra sans problème. Ne pas oublier d’isoler
au maximum chaque soudure quand c’est possible avec
de la gaine ou du chatterton. J’ai choisi ici de couper
un des deux fils plus courts et de le souder sur l’autre
à un endroit que j’ai légèrement
dénudé. Ensuite, j’isole le tout avec
de la gaine.
Enfin,
il nous reste à venir souder les pins 1 à 7
du DB25 sur les pins correspondants du DB9 en procédant
avec précaution et attention pour ne pas se tromper.


Encore
une fois, l’emploi de la gaine thermo est un plus car
si on n’est pas sûr de ses soudures, elles seront
bien isolées quand même.


Une
fois qu’on est assuré que les soudures tiennent
et sont bien isolées, on passe à la phase de
test. En effet, on ne va pas tout refermer si ça
ne fonctionne pas. On peut d’abord tester les pins côté
connecteur respectivement du DB9 et du DB25 à l’aide
du multimètre histoire de contrôler qu’on
a bien la continuité sur chaque pin relié. Une
fois ceci vérifié, on passe au test.
Nous
allons installer PPJoy. Il suffit de cliquer sur le fichier,
et celui-ci va s’installer. On notera que ce pilote
est très bien développé et documenté.
Il peut également servir à brancher tout un
tas de trucs et de machins sur le port parallèle (tout
ce qu’on aime). On notera également qu’il
fonctionne avec les versions les plus récentes des
ports EPP (1.7 et 1.9) ou ECP. Cela dit, il sait également
s’accommoder des ports plus anciens.
A l’installation, confirmer le message d’avertissement
de Windows sur les pilotes non signés. Il y en a plusieurs.
On a une nouvelle icône dans le panneau de configuration
:

On
peut donc ajouter un nouveau pad :


Windows
va maintenant installer le pilote adéquat (en deux
fois : un pour le pad, un pour le contrôleur HID), toujours
avec les avertissements de sécurité à
ignorer. Et
voilà, c’est fini pour la partie logicielle !
Il ne reste plus qu’à vérifier, dans le
gestionnaire des contrôleurs de jeu de Windows, que
tout fonctionne bien. On va ainsi tester les 4 axes et les
3 boutons. Vous remarquerez également qu’avec
ce montage, les diodes rouges au dessus des boutons s’allument
lorsque l’autofire est sélectionné…
Ca le fait.

Ca
marche ! Quel bonheur ! Retrouver les sensations de ce gros
stick sur mes émulateurs préférés
! A ce propos, je n’ai essayé qu’avec Mame,
SNES9x et Gens. Cela fonctionne parfaitement pour les deux
premiers, mais je n’ai pas réussi avec Gens…
Sûrement un truc que j’ai oublié, il doit
y avoir moyen de le faire marcher.
On
va maintenant poser un collier plastique sur le câble,
positionner les fils et la prise, la visser fermement grâce
au kit de visserie fourni, fermer le couvercle, et admirer
notre œuvre…



Avec
ça, je vais enfin pouvoir faire des scores de tueur
à Track&Field !!! Eh oui, même l’autofire
est parfaitement géré, ainsi que sa molette
de réglage. Que du bonheur, je vous dis !

Phyl