Toujours
sur le thème du recyclage de matériel rétro,
je vous propose aujourd'hui de faire, comme pour le stick
arcade de Sega, un petit montage qui permettra d'utiliser
les fabuleuses et robustes manettes NES Advantage que vous
avez dans vos placards. Il serait quand même bien dommage
de les laisser au rebut alors que ces sticks procurent des
sensations de jeu inégalables, en plus elles ont un
look rétro bien sympa. (Les deux montages présentant
des similarités, je vais utiliser la même démarche
et certaines photos seront identiques)
Commençons
par le matériel nécessaire. En fait,
si on veut, on peut vraiment rogner sur le budget pour arriver
à un truc proche du gratuit, mais je prends le parti
de faire quelque chose de présentable et de durable.
Ca va donc coûter quelques sous, mais rien d’insurmontable.
Les prix indiqués sont ceux du magasin Conrad, qui
est une vraie mine d’or pour tout bidouilleur. Il y
a deux boutiques dans la périphérie de Lille,
mais tout le catalogue est accessible sur commande ici.
Il
nous faudra donc :
- Un stick NES Advantage, de chez Nintendo. Beaucoup plus
évident à trouver qu’il n'y paraît,
en particulier sur les brocantes. On part du principe qu’on
en a déjà un...

-
Un câble parallèle. En effet, le montage va se
brancher sur le port parallèle du PC. Normalement,
il devrait être inoccupé si le PC est récent
car plus aucun périphérique ne l’utilise.
Attention, au niveau du BIOS, ce dernier doit être configuré
sur EPP ou ECP. Il est probable que cela ne fonctionne pas
sur des machines plus anciennes mais je n’ai pas essayé.
On peut trouver des câbles de ce type n’importe
où ; et c’est justement l’intérêt
de la chose. Seuls les vieux périphériques souvent
HS utilisaient ce port. C’est le moment de recycler
le câble ! Le côté qui nous intéresse
est le bout avec le connecteur DB25 (25 broches) mâle
(celui qui va sur le PC). Si le câble est entier, on
va donc le couper. Si vous achetez un câble neuf, il
y en a pour environ 5€.

-
Une vieille console NES cassée ou HS. Ce n'est pas
dur à trouver, il est même possible que vous
ayez ça chez vous. Personnellement j'en possède
plusieurs que j'ai gardé pour les pièces. C'est
justement l'occasion d'en sortir une. Celle-ci est vraiment
en mauvais état, elle a les tripes à l'air et
elle est très sale.

-
5diodes de type 1N914 ou 1N4148, vendues par 10 pour 0,50€.

- Un coffret pour stabiliser le montage : n’importe
quelle boîte en plastique peut faire l’affaire,
mais les coffrets TEKO sont très bon marché
et faciles d’emploi. J’utiliserai ici un format
55x85x36 au redoutable prix de 2€ environ.

Au niveau de l’outillage, ce qui suit
n’est pas indispensable mais facilite quand même
le boulot. On va considérer que vous l’avez chez
vous. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave,
mais dîtes-vous bien que c’est toujours utile…
- Une pince coupante (1€);
- Des tournevis de précision (1€ dans les foires
à l’euro des supermarchés);
- Un testeur de continuité. N’importe quel testeur
de courant peut faire l’affaire. Vous en avez sûrement
un chez vous si vous réparez les petits soucis d’électricité
à la maison; sinon, ça ne coûte pas plus
de 10€.
- Un outil du type Dremel. Ce dernier coûte en fait
très cher mais on trouve des clones tout aussi efficaces
dans les magasins de bricolages pour 20 à 25€.
Pas indispensable, mais très utile.
-
Un fer à souder précis (j’ai un 15W avec
panne pointue) et un peu d’étain (entre 5 et
10€ l'ensemble si vous n’en possédez pas);
- De la gaine rétractile. C’est un tube plastique
vendu en rouleau ou en tiges de 20cm et de section variable.
On l’utilise pour isoler et protéger des connexions.
On en coupe un petit bout, on la passe sur le fil, on soude,
on glisse la gaine sur la soudure et on chauffe au briquet.
La gaine se rétracte et ajoute de la robustesse au
raccord tout en l’isolant. Cela dit, ce n’est
pas indispensable, et on peut même la remplacer par
le fabuleux chatterton;
- Du temps (ben oui, c’est aussi de l’argent);
- Un pilote, PPJoySetup, que vous trouverez ici.
Je
reviendrai en détail sur son utilisation.

Ensuite,
occupons nous un peu de la NES.
Vous l'avez deviné, la partie qui nous intéresse
est celle avec les prises manettes. On veut en effet pouvoir
adapter une de ces prises sur un petit boîtier pour
avoir quelque chose de propre et pratique. Rien de compliqué,
le bloc avec les prises se démonte facilement grâce
aux deux vis situées en dessous de la console. Une
fois le cache enlevé (et mis de côté pour
la suite) on peut facilement extirper les deux prises NES
retenues par un petit faisceau de fils et soudés sur
des petits circuits imprimés. Pas de chichi, on coupe
les fils et soit on dessoude les broches du circuit imprimé,
soit on casse ce dernier à l'aide d'une pince. On nettoie
bien les contacts et la prise, ainsi que le cache.

Si
on observe bien l'arrière de la prise NES, on s'aperçoit
que Mr Nintendo avait pris soin de numéroter les pins
de sa prise avec des numéros bien de chez nous, ce
qui devrait nous faciliter un peu la tâche:

Une
fois que c'est fait, on va attaquer la partie câblages:
Le
schéma de montage est le suivant. On voit que grâce
à la partie biseautée de la prise NES, il va
être impossible de se tromper

Pour
l’heure, il s’agit de faire la partie chiante
de l’opération, à savoir quel fil correspond
à quoi.
Commencez par couper proprement à la pince coupante
le câble parallèle. Si vous voulez une grande
longueur de fil à l’adaptateur, coupez plus près
du connecteur femelle. On garde la partie avec la fiche mâle
DB25.
Enlevez la gaine sur quelques centimètres pour dégager
les 25 petits fils à l’intérieur. Le but
va être d’identifier les fils qui sont câblés
sur les pins qui nous intéressent… C’est
là qu’on se sert du testeur.
Il
est important de bien se repérer. En regardant bien
ces photos il sera difficile de se tromper.
Le
connecteur DB25.

Ce
qui donne du côté du connecteur mâle qui
est sur notre câble :

Rien
de bien compliqué, mais on a vite fait de se tromper
avec ce connecteur; c’est pour ça que j’insiste
bien sur chaque image.
Il
nous reste donc à identifier dans notre faisceau de
fils ceux qui sont raccordés aux pins 2,3, 5 à
10, ainsi que les 18 et 19.

C’est
un peu fastidieux, mais avec le testeur, on en vient vite
à bout. Les fils se dénudent avec les ongles
sur 5mm et il vaut mieux noter sur une feuille les couleurs
qui nous intéressent avec le pin correspondant.

Si
vous avez de petites étiquettes, elles peuvent aussi
faire merveille ici. Une fois que c’est fait, je préconise
de recouper un peu les fils qui n’ont pas d’utilité
dans le montage. Ca fait toujours moins de chance de se tromper
quand on les voit non dénudés.
Il
nous reste enfin à souder les fils sur les pins correspondants.
Avant de procéder, inutile de se précipiter.
Il faut imaginer le montage fini. On veut un boîtier
sur lequel on vient brancher son NES Advantage, boîtier
qui est lui-même doté d’un câble
et d’une prise DB25 mâle à brancher sur
le PC. On peut donc penser qu’il serait judicieux de
fixer le connecteur NES sur le boîtier tout de suite.
C’est une idée, mais ce n’est pas la meilleure.
En fait, nous allons percer un trou sur un côté
de la boîte pour faire entrer le bout du câble
dénudé, et un deuxième trou soigneusement
découpé et usiné qui viendra accueillir
le connecteur manette de la NES. Pour ceci, je vais utiliser
mon clone de Dremel, mais avec un peu d’adresse, on
peut très bien y parvenir avec une chignole classique,
une lime ronde et un peu d’huile de coude.
On vérifie avant toute chose que le connecteur manette
NES s’emboîte bien dans le trou qu’on a
fait pour lui. On peut également prévoir de
faire le trou à un endroit qui permettra de visser
le cache que l'on aura découpé, histoire de
faire un peu plus propre.


Ensuite,
on enlève tout et on passe le câble dans ce trou.
On prend un peu de mou, histoire d’être à
l’aise. A ce moment là, on peut éventuellement
passer un collier plastique ou un joint de plomberie qu’on
rentre en force sur le câble, et qui viendra empêcher
de forcer sur les soudures si on tire sur le câble.
On peut aussi envisager de faire un nœud, mais vu la
section, c’est pas évident.

On
fait chauffer le fer à souder, on sort l’étain
et la troisième main. Encore une fois, c’est
un ustensile à la limite du superflu mais ça
coûte environ 6 euros et ça permet de souder
très précisément sans s’arracher
les cheveux.

Je propose de commencer par le plus difficile ; en effet,
les pins 2,3,10, et la paire 18-19 du DB25 allant direct sur
des pins isolés de la prise NES, ce n’est pas
très compliqué. Commençons donc par cette
histoire de diodes. On ne va pas y passer la semaine : on
en prend cinq, on vérifie bien les sens pour qu’elles
aient toutes le même, on torsade sur les cinq tiges
l’extrémité qui doit aller sur la prise,
on en profite pour passer un bout de gaine et on soude ce
côté (pour aide mémoire, la bague représentée
sur les diodes représente la pointe sur les schémas.)
On coupe ce qui dépasse et on se retrouve avec un joli
composant de cinq diodes en parallèle prêt à
rejoindre notre montage.

A
l’autre bout, on passe un bout de gaine sur chaque tige
de diode et on soude les fils 15,6,7,8 et 9 respectivement
sur les tiges des diodes. Quand c’est fait, on recouvre
la soudure avec la gaine, on chauffe et hop, c’est isolé.
Du côté des 5 tiges reliées, on peut essayer
de souder direct sur le pin 7 du connecteur NES mais, pour
une raison de clarté, je préconise de souder
un fil sur le raccord, de l’isoler avec un bout de gaine
et de venir ensuite souder le fil sur la prise NES. De toute
façon, ça laissera un peu de mou pour tout ranger
dans le boîtier, et ça sera moins fouillis.

Enfin,
il nous reste à venir souder les pins 2,3 et 10 du
DB25 sur les pins 2,3 et 4 de la prise NES en procédant
avec précaution et attention pour ne pas se tromper.

En
ce qui concerne les pins 18 et 19 du DB25, on a également
le choix de les amener ensemble sur la prise NES ou de faire
une sorte de Y. Les fils étant petits et souples, l’une
ou l’autre solution conviendra sans problème.
Ne pas oublier d’isoler au maximum chaque soudure quand
c’est possible avec de la gaine ou du chatterton. J’ai
choisi ici de couper un des deux fils plus courts et de le
souder sur l’autre à un endroit que j’ai
légèrement dénudé. Ensuite, j’isole
le tout avec de la gaine.

Encore
une fois, l’emploi de la gaine thermo est un plus car
si on n’est pas sûr de ses soudures, elles seront
bien isolées quand même.
Une
fois qu’on est assuré que les soudures tiennent
et sont bien isolées, on passe à la phase de
test. En effet, on ne va pas tout refermer si ça
ne fonctionne pas. On peut d’abord tester les pins côté
connecteur respectivement de la prise NES et du DB25 à
l’aide du multimètre histoire de contrôler
qu’on a bien la continuité sur chaque pin relié.
Une fois ceci vérifié, on passe au test. (a
noter que pour les pins reliés avec des diodes, il
faut mettre le multimètre en mode test de diode et
ne pas se tromper de sens)
Nous
allons installer PPJoy (si ce n'est pas déjà
fait). Il suffit de cliquer sur le fichier, et celui-ci va
s’installer. On notera que ce pilote est très
bien développé et documenté. Il peut
également servir à brancher tout un tas de trucs
et de machins sur le port parallèle (tout ce qu’on
aime). On notera également qu’il fonctionne avec
les versions les plus récentes des ports EPP (1.7 et
1.9) ou ECP. Cela dit, il sait également s’accommoder
des ports plus anciens.
A l’installation, confirmer le message d’avertissement
de Windows sur les pilotes non signés. Il y en a plusieurs.
On a une nouvelle icône dans le panneau de configuration
:

On
peut donc ajouter un nouveau pad :

Windows
va maintenant installer le pilote adéquat (en deux
fois : un pour le pad, un pour le contrôleur HID), toujours
avec les avertissements de sécurité à
ignorer. Et
voilà, c’est fini pour la partie logicielle !
Il ne reste plus qu’à vérifier, dans le
gestionnaire des contrôleurs de jeu de Windows, que
tout fonctionne bien. On va ainsi tester les 4 axes et les
3 boutons. Vous remarquerez également qu’avec
ce montage, les diodes rouges au dessus des boutons s’allument
lorsque l’autofire est sélectionné…
Ca le fait.

Et
là, le drame! ça ne marche pas! En tous cas
sur mon PC. J'ai passé une journée à
comprendre ce qui pouvait clocher en épluchant les
docs et le web. J'ai saisi mon testeur et mesuré la
tension délivrée par le port parallèle:
4.3V! La doc spécifie bien qu'il faut du +5V, ni plus
ni moins. Qu'a celà ne tienne, je chppoe une prise
Molex mâle, je soude deux fils dessus et à l'autre
bout je les soude sur les broches 7 (power) et 1 (ground).
Avec les diodes, pas de risque d'endommager le port parallèle.
Sur une Molex, le +5V est délivré par le fil
rouge (le jaune donne du +12V, attention!) et les fils noirs
sont à la masse.
Je
rebranche le DB25 sur le port parallèle, la Molex sur
une fiche libre à l'intérieur du PC et je teste:
magie! ça marche. Je décide donc de laisser
le montage en l'état mais on peut très bien
faire une variante en dédiant un transfo qu'on trouve
dans le commerce à vil prix. Je préfère
cette version car on peut facilement passer la molex dans
un trou de carte PCI et c'est très rapide.
Ca
marche ! Quel bonheur ! Retrouver les sensations de ce gros
stick sur mes émulateurs préférés
! A ce propos, je n’ai essayé qu’avec Mame,
SNES9x et FCEUltra. Cela fonctionne parfaitement pour tous.
Ce stick est une vrai merveille. Comme pour le stick Sega,
les autofire sont gérés, les diodes s'allument
et même la fonction Slow fonctionne (pour les jeux qui
le permettent, car cette fonction ne fait que marteler le
bouton start)
On
va maintenant poser un collier plastique sur le câble,
positionner les fils et la prise, la fixer fermement avec
un peu de glue. J'ai aussi coupé le cache de la prise
d'origine pour l'adapter sur mon boîtier et ainsi dissimuler
les petites bavures. De plus, ca fixe bien la prise qui ne
risque pas de bouger. Le cache se visse sur le côté
du boîtier grâce au trou et à la vis d'origine.




Pour
résumer, j'ai fait le montage suivant:

Avec
ça, je vais enfin pouvoir faire jouer en émulation
à tous mes jeux NES préferés dans des
conditions optimales!

Du
boulot bien fait pour rendre hommage à Nintendo et
à Sega ;)

Phyl