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Battlefield 1943
Année : 2009
Système : Playstation 3, Xbox 360
Développeur : Digital Illusions CE
Éditeur : Electronic Arts
Genre : FPS
Par Tonton Ben (21 février 2011)

Le 8 juillet 2009 sort simultanément sur XBLA et PS Store Battlefield 1943, une espèce de remake de l’illustre Battlefield 1942 qui fit les beaux jours du pécé multijoueur en 2002, et sur lequel votre serviteur a eu l’occasion de passer de nombreuses nuits en réseau local avec ses petits copains d’armes. Le souvenir poignant de ces escarmouches endiablées m’a poussé à m’engager sur ce nouveau Battlefield sur XBLA, au prix de 1200 MS Points (12,99€ pour les possesseurs de PS3 sur le PlayStation Network), avec l’espoir de retrouver ces sensations disparues.

J’avoue que le premier contact ne fut pas celui que j’espérais.

Un écran titre minimaliste et des menus pauvres en sélection. Le premier contact avec le jeu est timoré, surtout lorsqu’on a connu Battlefield 1942.

Malgré la présence du thème musical inoubliable de Battlefield 1942 dans le menu principal, celui-ci est chiche en options : pas de mode solo (ok, Battlefield est un jeu orienté multijoueur, mais c’est toujours sympa de pratiquer les bots pour s’entrainer ou de profiter d’une trame scénaristique), pas de personnalisation de profil, non, juste le mode multi, un mode aérien (on en reparle plus bas), et les timbres qui font office de récompenses pour les divers actes et progressions acquises.

Battlefield 1943 prend même des allures de démo payante lorsqu’on lance une partie : seules trois cartes terrestres sont disponibles, plus une spécifique au combat aérien, toutes centrées sur la bataille du Pacifique. Exit l’Europe, l’Afrique du Nord et la Russie qui faisaient le charme de Battlefield 1942, et donc son nombre conséquent de terrains de guerre, bonjour les confrontations U.S. Vs Japon.

Nous aurons donc la chance de réécrire l’histoire sur les îles suivantes :

Île de Wake :

L’Île de Wake, avec sa configuration particulière en V, et son lagon au centre.

En réalité un atoll de trois îles conquises par les Américains en 1899 et abritant une base militaire. Elle fut attaquée par les forces japonaises le lendemain de l’assaut de Pearl Harbor. Après un premier assaut maritime japonais repoussé le 11 décembre 1941, précédé et suivi de bombardements de l’île, les Américains capitulent le 23 décembre malgré une résistance héroïque (900 victimes japonaises contre 119 américaines). Les Américains commenceront la reconquête de l’île le 24 février 1942 et les dernières forces japonaises capituleront le 4 septembre 1945, non sans avoir exécuté tous les prisonniers américains condamnés aux travaux forcés.

Dans Battlefield 1943, Wake est aux mains des Japonais, les Américains tentant de prendre l’île en débarquant depuis un porte-avions. L’île forme un croissant de terre, peu élevé mais escarpé sur les flancs, avec un lagon au milieu. La base japonaise se trouve au centre du croissant, le porte-avion américain flotte à l’opposé. En plus de la base aérienne, quatre points de drapeaux à conquérir ou à défendre se trouvent répartis équitablement sur chaque branche du croissant. Toute la difficulté consiste à tenir ces points, puisqu’on peut passer rapidement d’un côté à l’autre de l’île en traversant le lagon via des embarcations. L’île n’étant pas large, il n’y a qu’une route qui la traverse d’une pointe à l’autre. Les rencontres sont fréquentes et mortelles, il y a peu d’échappatoires.

Les bombardiers attaquent la base aérienne de Wake. Cette carte est idéale pour les aviateurs : il n’y a pas de relief.

Iwo Jima :

La fameuse photographie de Joe Rosenthal des soldats américains plantant la bannière étoilée sur le Mont Suribachi.

Certainement la bataille la plus connue après celle de Pearl Harbor, du fait de la photographie de Joe Rosenthal des forces américains plantant le drapeau des États-Unis sur le mont Suribachi, la bataille d’Iwo Jima est aussi la plus meurtrière. Cette île volcanique japonaise a abrité jusqu’à 22.000 défenseurs, qui ont quasiment tous été tués lors de l’assaut américain débuté le 19 février 1945. Il y aura jusqu’à 70.000 marines impliqués dans l’assaut. Si le Mont Suribachi qui surplombe l’île est pris le 23 février, le dernier blockhaus japonais ne sera pris que le 23 mars. Seuls 1000 Japonais seront faits prisonniers ; près de 7000 marines seront morts sur l’île (environ un tiers des marines tués pendant la Seconde Guerre mondiale).

Battlefield 1943 propose bien évidemment de rejouer l’assaut américain (de 1945, cherchez l’erreur). Là encore, les Américains démarrent d’un porte-avions, tandis que les Japonais commencent sur l’île. Iwo Jima est une île un peu plus large que la précédente mais sans véritable route. Si la topographie est assez plate, le Mont Suribachi situé à la pointe sud-ouest offre une vue très haute du théâtre des opérations, et se montre difficilement prenable, donnant lieu à des combats acharnés. Le terrain situé au centre de l’île, entre le mont Suribachi et la base aérienne japonaise, est lui aussi un point de combat fort, notamment par la présence d’un phare très convoité par les snipers. La plage de débarquement est la cible principale du mont Suribachi. Un bunker situé aux portes de la base japonaise sert de défense arrière, la base étant assez bien protégée et difficile à prendre (sauf si tout le monde se bat du côté du mont ou du phare).

Aperçu d’Iwo Jima, avec le Mont Suribachi au fond. Le phare est également l’un des points stratégiques de l’île.

Guadalcanal :

Soldats américains traversant la rivière Tenaru de Guadalcanal.

Cette île occupée par les Japonais dès le début de l’opération Pearl Harbor devait être une base stratégique dans les plans d’occupation japonaise du Pacifique. Alors que les Japonais commencèrent début juillet 1942 à construire un aérodrome à la pointe de Lunga, les Américains débarquèrent par surprise le 7 août 1942 et prirent facilement cet objectif occupé par du personnel dédié à la construction. Le 20 août, l’aérodrome fut opérationnel, les premiers avions américains débarquèrent. Par manque de moyens, l’occupation américaine n’avait pas pu s’étendre au-delà de la base et les Japonais débarquèrent à l’est de l’île. Après plusieurs batailles d’initiative japonaise (Opération Ka, Bataille des Salomon orientales, Bataille de la côte Edson), la Bataille de Cap Espérance empêche le débarquement de nouvelles forces japonaises le 11 octobre et permet aux Américains de passer d’une stratégie défensive à une stratégie offensive. Avec l’arrivée de renforts américains, une nouvelle attaque japonaise du 23 au 26 octobre se solda par de lourdes pertes japonaises (3000 tués contre 500 côté américain). Au même moment, la Bataille des Îles Santa Cruz empêche de nouveau l’arrivée de renforts japonais. En novembre, la bataille navale de Guadalcanal réduit à 1/5ème les renforts japonais prévus (2000 hommes au lieu de 10.000). En décembre, les Américains ne cessent d’amener de nouvelles troupes, soit 60.000 soldats américains contre 8000 Japonais repoussés au nord de l’île. La bataille de l’Île de Rennell fut décisive, et les derniers survivants japonais quittèrent Guadalcanal le 7 février. En tout, 24.000 soldats japonais sont morts durant cette campagne, contre 6600 marines. Guadalcanal fut la première étape de reconquête du Pacifique par les Américains.

Dans Battlefield 1943, Guadalcanal est une île longue et très escarpée, qui fait le bonheur des snipers. Deux bunkers à l’ouest et à l’est de l’île menacent une petite base centrale, les trois points étant assez élevés. En contrebas, au nord et au sud, deux autres points sont à la merci des véhicules qui peuvent faire le tour de l’île par deux routes différentes. Les Américains commencent donc à l’ouest de l’île, dans le fameux aérodrome, les Japonais sont à l’est. La petite base centrale est certainement la plus difficile à tenir, à la merci des snipers, de l’infanterie et surtout des attaques aériennes (elle n’est pas dotée de DCA).

Le terrain est déjà moins propice aux pilotes, même si certains points sont très découverts. Les occasions d’embuscade sont nombreuses sur Guadalcanal.

Mer de Corail :

Photographie japonaise du USS Lexington sous le feu ennemi dans la Mer de Corail. Le bâtiment américain n’y survivra pas.

La Bataille de la Mer de Corail s’est déroulée au nord de l’Australie du 4 au 8 mai 1942 et fut la première bataille uniquement aéronavale de l’histoire. En effet, cette bataille a opposé par avions interposés deux porte-avions japonais, Shokaku et Zuikaku, et un troisième porte-avions léger, Shoho, à deux porte-avions américains Lexington et Yorktown. Chaque camp possède également une force de croiseurs. À l’origine des combats, les Japonais avaient pour objectif d’envahir Port Moresby au sud de la Nouvelle-Guinée. Les Américains ayant intercepté le plan grâce à leur service d’écoute, se sont interposés afin de contrecarrer l’opération. Après une phase initiale de cache-cache, les deux camps finissent par se repérer mutuellement, et puisque chaque flotte est hors de portée de canon de l’autre, les forces aériennes décollent des porte-avions pour couler l’autre flotte. L’affrontement sera découpé en deux engagements les 7 et 8 mai 1942, au cours desquels bombardiers, torpilleurs et chasseurs crachent leurs munitions. Si côté américain, le USS Lexington est coulé et le USS Yorktown est gravement endommagé, côté japonais, seuls le Shoho est coulé et le Shokaku endommagé. La victoire est japonaise mais le bénéfice est américain : non seulement Port Moresby a été préservé de l’invasion japonaise mais de plus les deux porte-avions japonais restants ne pourront être engagés dans la bataille de Midway le mois suivant (le Zuikaku a perdu la plupart de ses avions tandis que le USS Yorktown sera réparé et opérationnel à temps). La Bataille de la Mer de Corail a empêché l’invasion de l’Australie par le Japon et marqué l’arrêt de la progression japonaise dans la zone.

La Mer de Corail est une carte particulière dans Battlefield 1943, puisque, conformément à sa réalité historique, il n’y a aucun engagement au sol. Chaque camp commence d’un côté de la carte, sur un des porte-avions, et doit garder la suprématie aérienne matérialisée par trois zones spécifiques qui servent de drapeaux. Il est possible d’aller attaquer les porte-avions adverses avec son appareil pour abattre les unités sur le pont. Pour séparer chaque camp, un ensemble d’îles au relief très prononcé ajoute à la difficulté de pilotage et d’esquive : il n’est pas rare de s’écraser sur les flancs de montagne, faute de trajectoire non maîtrisée.

Globalement, la volonté des développeurs est de simplifier les mécanismes de jeu avec, par exemple, un passage de cinq classes de personnages dans Battlefield 1942 à trois classes distinctes :

  • Fusilier : classe d’assaut, ils sont équipés de fusils avec option lance-grenades et baïonnettes pour le combat rapproché. Efficaces à moyenne distance sur des groupes de soldats ou jeeps.
  • Fantassin : classe de combat rapproché, ils sont équipés d’une mitraillette (assez imprécise), d’un bazooka (parfait pour les véhicules), de grenades et d’une clé à mollette. Ils peuvent réparer les véhicules.
  • Eclaireur : classe sniper, ils sont équipés d’un fusil à longue distance, d’une baïonnette (un katana côté japonais, la classe), un pistolet qui peut sauver la mise en combat proche et surtout de dynamite avec déclencheur, terrible pour piéger le terrain (entrée de bunker, route...) et dégommer les blindés comme les soldats.
Les déflagrations sont innombrables dans Battlefield 1943, occasionnant à chaque fois des effets saisissants, qu’ils soient visuels ou sonores.

Le nombre de véhicules disponibles a lui aussi été revu à la baisse : un seul type de char léger, à deux places (un conducteur et un tirailleur), ainsi qu’un modèle de jeep à trois places, une barge de débarquement, et un modèle de chasseur à une place par camp. Des DCA peuvent être contrôlées à divers endroits des cartes, ainsi que des mitraillettes fixes. Enfin, petite nouveauté, trois bombardiers peuvent être appelés pour une intervention massive : un bunker de communication surmonté d’une antenne est accessible sur chaque carte. Celui qui y rentre prend alors le contrôle d’une escadrille de trois bombardiers, lâchant au bon vouloir du joueur une salve de bombes sur le point voulu. Cette option est de prime abord difficile à maitriser, l’escadrille n’étant pas très manœuvrable (il faut énormément anticiper les trajectoires), et l’on n’a droit qu’à un coup. Mais le joueur peut alors voir l’ensemble de la carte sur laquelle les joueurs adverses apparaissent.

Le fonctionnement du jeu reste équivalent à celui de son aîné : suivant le mode appelé « Tickets et points de renforts », le but de chaque camp est de réduire à zéro le nombre de tickets adverse, en occupant le plus de points de renforts possible. À chaque fois que le joueur meurt, le nombre de tickets de son équipe descend. Le joueur peut ensuite réapparaitre à l’un des points de renfort disponible de son camp et changer de classe s’il le désire.

Le fameux poste de communications, objet de toutes les convoitises... tout comme les drapeaux.

Alors, Battlefield 1943, version au rabais ? Pas du tout. Tout d’abord, le moteur du jeu a été revu à la hausse, il s’agit désormais du Frostbite Engine, qui provient de Battlefield: Bad Company, sorti en 2008. C’est très beau, véloce et ajoute au réalisme ambiant. Les contrôles et les mécanismes de jeu sont eux tirés de Bad Company 2 : il n’y a plus de barre de vie, des dégâts immédiats trop importants entrainent la mort, mais des blessures superficielles se résorbent rapidement. Les munitions sont illimitées, moyennant ravitaillement aux points de capture. Mais surtout, les bâtiments et végétations sont destructibles, le théâtre des opérations témoignant au fur et à mesure de l’âpreté des combats. Des effets supplémentaires d’éblouissement face au soleil, ainsi que l’assourdissement lorsqu’une explosion surgit à proximité du joueur achève l’immersion dans l’action.

Les véhicules sont la marque de fabrique de la série, et permettent la coopération, qu’on soit mitrailleur... ou chauffeur, la coordination est essentielle.

Ensuite, Battlefield 1943, c’est l’assurance d’être plongé au cœur de l’action au bout d’une poignée de minutes, sur quatre cartes très bien fichues, pouvant abriter jusqu’à 24 joueurs. Dans les faits, vous êtes systématiquement intégré dans des parties remplies, au cœur de l’action, avec un cycle rapide des cartes. On se retrouve rapidement à jouer des heures sans s’en rendre compte, et sans avoir géré un seul paramètre de connexion. Et au final, on se dit que quatre cartes, c’est bien mieux qu’une vingtaine dont la qualité est parfois discutable.

Au final, Battlefield 1943 est un titre indispensable dans toute logithèque Xbox 360 et PS3, du fait de sa qualité, de son prix réduit et de sa promesse de parties immédiates remplies de joueurs comme si vous étiez en LAN.

Tonton Ben
(21 février 2011)
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