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Solomon's Key
Année : 1986
Système : Arcade
Développeur : Tecmo
Éditeur : Tecmo
Genre : Arcade
Par Vincent Pays (28 janvier 2003)

Avertissement : Les lignes qui suivent sont un dithyrambe intensif et d'une parfaite subjectivité. Partisans d'avis objectifs, Docteurs es-pondération et autres amis de la juste mesure, je vais avoir le regret de vous déplaire...

Le jeu

Il en va des jeux vidéo comme de la musique classique : J.S Bach a écrit des œuvres au XVIII° siècle qui ne donneront leur pleine mesure qu'un siècle après, lorsque les instruments auront atteint une parfaite qualité et Raffaele Cecco, auteur de Solomon's Key avait dû prévoir que ce jeu atteindrait sa plénitude 15 ans après sa sortie avec nos émulateurs bien-aimés. Mais entrons sans plus tarder dans le vif du sujet...

Solomon's Key est un jeu d'arcade sorti en 1986 et édité par la célèbre firme TECMO, à laquelle chaque joueur est attaché par les liens sacrés de jeux devenus avec le temps de véritables mythes. Pas peu fier, TECMO dresse d'ailleurs dans son site officiel (http://www.tecmoinc.com/about/aboutHome.asp) un Hall of Fame de ses titres les plus réussis, dans lequel nous retrouvons le jeu qui nous occupe aujourd'hui (avec une fosse d'orthographe, les gougniaffiers !). Il est l'œuvre du sus-nommé Raffaele Cecco, connu pour la qualité et la complexité de ses jeux, et Solomon's Key ne fait pas exception.

Une page d'accueil classique.

Notez que l'absence de vies offertes au score est voulue, elle permet d'éviter un bug bien gênant sur MAME.
Solomon's Key rentre dans la catégorie des jeux de labyrinthe, encore qu'un côté plateforme évident ne puisse lui être ôté. Il met en scène un magicien dont le nom nous est inconnu (mais les versions NES et autres nomment "le héros"... peu importe ) qui ressemble à ceci :

Un héros qui fleure le bon gros pixel à pleine hure...

Il peut sauter, se baisser, courir, tirer des boules de feu (comptées, hélas, nous y reviendrons) et surtout il utilise une baguette magique qui lui permet de créer ses propres cases : c'est en effet le but du jeu : ramasser une clef, la prendre, et rejoindre ensuite la porte ainsi ouverte en cassant ou créant des cases en terre afin d'accéder aux objectifs :

Un niveau simple : aller tout droit suffit pour prendre la clef et sortir !
Notez les briques incassables en blanc, et celles que crée le héros, marron.

Un but du jeu archi-primaire, me direz-vous... Certes, mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que les concepts les plus simples sont les plus ludiques, et Solomon's Key le montre éloquemment. Il n'empêche que ce jeu est un des plus durs auxquels il m'ait été donné de jouer : 51 tableaux (mame.dk parle d'un 52e, je le cherche encore...), un bestiaire impressionnant de ruse et de vitesse, et surtout des tableaux qui nécessitent un QI très élevé pour être menés à bien. Plus que tout, il y a de nombreux challenges secondaires possibles, ce qui autorise plusieurs lectures à ce jeu : pour commencer, vous chercherez à le finir, ensuite, à chercher les tableaux secrets, ensuite, à affiner votre jeu, et à perdre le moins de vies possibles, puis à finir chaque tableau avec une seule vie, enfin, vous chercherez à finir Solomon's Key sans utiliser l'option tricheuse de tir à volonté.

Ne parlons même pas de le finir avec un seul crédit sans tirs infinis, c'est une utopie que j'ai eue, mais avec l'âge on devient philosophe... Voilà ce qui nous permet de revenir au prologue de cette critique : MAME et son cheat.dat nous permettent de réaliser ce que peu de joueurs ont dû réaliser il y a 15 ans : voir la fin de ce jeu :

Le dernier tableau : une gageure, un délire de programmeur... Notez le livre de Salomon, qui remplace la dernière clef. Je l'ai fini sans utiliser le tir, après des dizaines (des centaines ?) d'essais : c'est possible.

Le cheat-mode a en effet l'intelligence de ne pas proposer d'invincibilité, ce qui à mes yeux est le meilleur moyen de déflorer l'intérêt d'un jeu, mais les vies infinies et le tir infini sont très agréables et surtout OBLIGATOIRES : il est en effet impossible de continuer après le niveau 32 (quel crime ! Ou bien TECMO a eu pitié de nos portes-monnaie !), et certains niveaux ne se finissent qu'en « canardant » allègrement ses ennemis (note : coutumier du fait, TECMO a aussi appliqué cette restriction de continue au célébrissime Rygar, à partir du 20e niveau).

Le niveau 30, le seul à ce jour que je n'ai jamais fini sans utiliser le tir. Notez la présence des 4 « Sectateurs Infâmes », rapides, intelligents, impossible à semer... ils vous ont vu !!!

On l'aura compris : niveaux d'esquives, niveaux de combats, niveaux 100% intelligence, Solomon's Key s'adresse à nos qualités les plus profondes de joueur. Il est exclusivement réservé aux patients, aux techniciens, aux tacticiens même, mais il requiert aussi une bonne dose de dextérité, certains niveaux s'apparentant plus du point de vue frénésie à la dernière mission de Raiden... C'est tout dire.

Cliquer sur la clef : si elle change de couleur, le tableau bonus n'est pas loin !!!
Que vois-je ? Un sceau de Salomon...Y'a bon Banania : 200.000 points !!

On est prié de laisser les animaux aux bestiaires...

...disait le regretté Jacques Prévert. Dans Solomon's Key, il est particulièrement fourni et surtout délicat à manœuvrer... morceaux choisis (les noms sont de mon cru... eh oui, on manque de manuels d'explication en arcade !) :

Machin Vert : violent, il casse les briques à grands coups de poings... Assez lent, il pique un sprint rageur dès qu'il vous voit.
Un joli pack de Minidragons... notez la porte derrière, qu'ils ont pour tâche de garder. Question : je sors comment ? Sachez qu'ils vous suivront jusqu'à la mort... la vôtre, bien sûr. Et un dragon, ça crache quoi ?
Queue en chandelle, poils qui se hérissent, ce Dragonvert ne vas pas tarder à détruire cette brique innocente, et vous avec, à grand coup de son arme favorite : le réchauffe-plat !
Bien cachée sur une brique, la Bubble Orange n'attend qu'une chose, vous sauter à la gorge...Très rapide, elle vous suit et prolifère à une vitesse alarmante, alors faites fissa !
Une grappe d'Etincelles de la Mort. Basiques, tournant autour des murs et des briques, elles n'en sont pas moins redoutables d'efficacité quand elles sont nombreuses, comme ici.
Le meilleur pour la fin : l'infâme Sectateur, tout comme vous, a le pouvoir de casser et créer des briques, et il ne s'en prive pas ! Il aime tout particulièrement vous faire tomber d'une brique pile au-dessus d'un stack de minidragons ou d'étincelles de la mort... Heureusement, il est assez rare.

Conclusion

Un jeu formidable, bien sûr, qui vous garantit une durée de vie très longue et des challenges sans cesse renouvelés. Une réalisation bien menée, de très beaux graphismes, des monstres attachants (j'ai rarement vu un bestiaire aussi sympathique, et surtout avec une aussi bonne coordination pour vous faire passer de vie à trépas). La difficulté est aussi très bien dosée : niveaux 1-10, de la rigolade, histoire de prendre les bons réflexes. 10-20, cela se corse. 20-30, on rentre dans le vif du sujets avec des tableaux très délicats. 30-44, mission suicide, crises de nerfs et d'épilepsie, divorce, coup de tatanes dans le CPU, explosion du clavier, etc...

Je vous conseille aussi pour l'émulation de jouer au clavier, le joypad (en tout cas le mien) manque de finesse pour certains passages très techniques. Bien évidemment, le fichier cheat.dat de MAME est une obligation absolue si vous voulez avoir l'espoir de voir la fin.

Allez, on se le refait, c'est pas souvent :

Le Livre de Salomon, objet unique, fabuleux... qui vous attend après 44 niveaux de folie...
Vincent Pays
(28 janvier 2003)
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