Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Pac-Man Championship Edition
Année : 2007
Système : 3DS, Android, iOS, PC, Playstation 3, PSP, Xbox 360
Développeur : Namco Bandai Games
Éditeur : Namco Bandai Games
Genre : Action / Arcade / Labyrinthe
Par Simbabbad (24 octobre 2021)

Note : Cet article a été publié initialement sur le blog de Simbabbad, à cette adresse.

La "vague rétro", qui a remis au goût du jour la 2D, le pixel art et le old school autour des années 2010, est en général confondue avec le jeu vidéo indépendant ; mais pourtant, de grands éditeurs traditionnels dont l'existence remonte aux origines de l'arcade comme Capcom, Nintendo, Taito et Namco ont autant voire davantage fait pour ce mouvement : Space Invaders Extreme pour Taito et Pac-Man Championship Edition puis Pac-Man Championship Edition DX+ pour Namco, tous sortis entre 2007 et 2010, sont en particulier de spectaculaires revivals de séries classiques de l'arcade, séries qui en trente ans avaient jusque-là surtout cherché à se moderniser - leur "remise à zéro" radicale mêlant retour aux sources et innovation avait alors d'autant plus de mérite qu'à leur sortie le "rétro" n'était pas encore tendance...

Les deux jeux de Namco sont souvent amalgamés à tort : à sa sortie, Pac-Man CE DX (qui n'avait pas encore son "plus") a très souvent été décrit comme une simple version améliorée de Pac-Man CE, alors qu'en réalité leur gameplay est très différent.

Pac-Man Championship Edition est sorti en 2007 sur le Xbox Live Arcade où il a tout de suite fait sensation, puis il a été porté sur divers supports et a fait partie de diverses compilations (Pac-Man Museum, Pac-Man & Galaga Dimensions).

L'idée de Pac-Man CE est de revenir aux bases du premier Pac-Man tout en les modernisant et en les dynamisant, avec une structure qui met au premier plan la performance plutôt que l'endurance. Ici, au lieu de laisser le joueur jouer indéfiniment jusqu'à arriver à court de vies, l'objectif est d'obtenir le plus gros score possible en 5 ou 10 minutes dans un labyrinthe évolutif : le format 16/9 du jeu est exploité en coupant le labyrinthe en deux ; après avoir collecté toutes les pastilles dans une moitié, celle-ci s'éteint, puis un bonus apparaît dans l'autre moitié - collecter ce bonus réactualise alors la moitié éteinte avec un nouveau parcours et de nouvelles pastilles. On peut ainsi bénéficier de la logique de l'écran fixe, lisible entièrement sans coupure et sans scrolling, tout en ayant sans cesse accès à de nouveaux labyrinthes, moitié par moitié.

Comme dans le Pac-Man d'origine, les plus gros gains de score s'acquièrent avec les bonus et en gobant plusieurs fantômes à la suite : ici, le score démarre à 400 points par fantôme et s'incrémente à chaque fois de 400 points pour aller jusqu'à 3200 points par fantôme. Si on prolonge l'effet d'une super pac-gomme en mangeant une nouvelle gomme sans que l'effet soit rompu, on peut ainsi enchaîner les 3200 points fantôme après fantôme, et gagner beaucoup de points en très peu de temps.

Partant de là, "scorer" à Pac-Man CE consiste à alterner deux phases : profiter des moitiés de labyrinthe comptant beaucoup de super pac-gommes afin de gober le maximum de fantômes à la suite (phase de scoring), et nettoyer le plus vite possible les autres moitiés de labyrinthe, celles pauvres en super pac-gommes, afin de ne pas y perdre de temps et ainsi manger le plus de bonus possible et voir le plus de moitiés de labyrinthe possible (phase de speedrun) ; tout cela en devant composer avec les mécaniques traditionnelles de Pac-Man, à savoir collecter les pastilles sans se faire rattraper par les quatre fantômes historiques qui gardent chacun leur couleur et leur comportement distinct.

Il y a presque une dimension de jeu de puzzles à Pac-Man CE, la différence entre phase de scoring et phase de speedrun étant plus ambigüe qu'on ne pourrait le croire : plusieurs stratégies sont possibles selon ses capacités, et le level design du jeu corse les choses en réservant généralement les segments les plus juteux pour la fin, c'est-à-dire les segments auxquels on n'accède qu'en ayant été très rapide, sans être rattrapé par le chronomètre. La vitesse est d'ailleurs une autre caractéristique de Pac-Man CE, avec un rythme lent au début mais qui s'accélère toujours plus jusqu'à devenir frénétique (il ralentit cependant après la perte d'une vie, ce qui handicape évidemment notre potentiel de scoring).

Cette vitesse se conjugue avec des graphismes et une bande-son très "techno" qui établissent une ambiance "arcade" excitante, l'excitation étant renforcée par un gameplay où il faut toujours rester très attentif et réactif (level design qui change constamment, fantômes aux déplacements peu prédictibles, etc.). Le jeu porte en fait bien son nom : il est extrêmement compétitif puisqu'il nous juge sur de nombreux plans différents (vitesse, adresse, mémorisation, tactique, anticipation, improvisation, etc.) ; sur Xbox 360, il était très amusant de battre les scores de ses amis puis de les défier.

Pac-Man CE propose six modes : un mode "championnat" de 5mn, deux modes "défi" de 10mn, un mode "extra" de 5mn et deux autres modes "extra" de 10mn - chaque mode propose un style de level design bien distinct avec parfois des gimmicks originaux (jouer dans l'obscurité, par exemple), et, en dépit de parties très courtes, chacun demandera beaucoup de temps et d'efforts avant d'être vraiment maîtrisé. Personnellement, je considère ce jeu comme un chef-d'œuvre, une merveille d'horlogerie vidéoludique, même si, étant médiocre à Pac-Man, je m'y débrouille moyennement bien et lui préfère sa suite, Pac-Man CE DX+, qui est à la fois plus accessible et plus fournie en contenu.

Pac-Man Championship Edition DX est sorti en 2010 trois ans après Pac-Man CE, puis a acquis son "plus" ainsi qu'une sortie Steam trois ans plus tard avec le DLC "All You Can Eat". Comme on l'a dit et comme le suggère son "DX" (qui veut dire "deluxe"), Pac-Man CE DX+ semble à première vue proposer le même type d'expérience que son prédécesseur en plus étoffé, mais le jeu est en réalité plus innovant que l'intégralité des jeux Pac-Man qui l'ont précédé.

Ici, l'habillage "rétro-techno", l'objectif de la performance compétitive en temps limité, le labyrinthe évolutif qui se "rafraîchit" moitié par moitié, tout cela est toujours là et reste proche du jeu précédent, mais un seul changement en entraîne toute une série d'autres.

Désormais, en plus des pastilles, des fantômes assoupis font partie du tracé de chaque moitié de labyrinthe. Quand on frôle ces fantômes, ils se réveillent et nous poursuivent, rejoignant un "train" de fantômes derrière nous (il ne peut y avoir qu'un seul "train"). Ce train peut atteindre une longueur importante et on ne peut évidemment pas faire demi-tour ou le croiser, comme la queue du serpent dans Snake ou Nibbler. Quand on mange une super pac-gomme, on peut gober à la suite tous les fantômes de cette "queue", réalisant un combo de score très important en une seule fois ; et de plus, certaines moitiés de labyrinthe comportent des lignes entières de fantômes endormis (cf. image ci-dessus), permettant là encore de gagner beaucoup de points d'un coup.

Bien entendu, cette nouvelle règle change complètement les dynamiques du scoring : au lieu de courir après les fantômes pour gagner des points, il suffit ici de les collecter sur le terrain jusqu'à atteindre une moitié de labyrinthe avec une super pac-gomme permettant de les dévorer - ou bien, on profitera des sections livrant directement des rangées de fantômes à notre appétit...

Pour contrebalancer ce game design simplifié, le jeu va beaucoup plus vite : on l'a dit, Pac-Man CE est en début de partie assez lent, alors qu'ici on a l'option de démarrer avec une vitesse déjà très élevée (indispensable si on veut "scorer"), vitesse qui accélère jusqu'à l'hypnotique chaque fois que l'on mange un fantôme. Mais, comme cela devient vite difficile à gérer avec beaucoup plus de fantômes sur l'aire de jeu comparé à Pac-Man CE (les fantômes endormis restent mortels et la "queue" complique tout), d'autres ajustements suivent : le level design a été linéarisé, avec un chemin optimal très clair qui permet de collecter d'une seule traite l'intégralité des pastilles et des fantômes dormants ; un effet de ralenti (qui nous fait perdre du temps) apparaît quand on est sur le point de heurter un fantôme, permettant de corriger notre trajectoire avant qu'il ne soit trop tard ; et enfin, des bombes peuvent être collectées en mangeant certains fantômes, bombes qui une fois activées envoient tous les fantômes actifs dans leur case centrale (l'explosion fait cependant baisser d'un cran la vitesse du jeu, et donc notre potentiel de scoring).

Le gameplay de Pac-Man CE DX+ est ainsi plus proche de celui de Nibbler que de Pac-Man dans le sens où il repose d'abord sur notre capacité à lire instantanément un level design pour en déduire le bon chemin à prendre, puis à savoir suivre ce chemin sans erreur alors que le jeu va toujours plus vite. Les quatre fantômes errants, pierres angulaires de Pac-Man et de Pac-Man CE en particulier, ont ici une importance moindre : on n'a pas besoin d'eux pour le scoring puisque les fantômes endormis rapportent l'essentiel des points, et ils ne représentent pas un grand danger grâce au ralenti et aux bombes ; en plus de cela, leur entrée est désormais très progressive - en début de partie, il n'y a aucun fantôme errant, puis au fur et à mesure que notre score augmente, Blinky apparaît, puis Blinky et Pinky, puis Blinky, Pinky et Inky, etc.

Comme les fantômes endormis, nos quatre fantômes rejoignent le "train" derrière Pac-Man quand on les frôle tout en les évitant, devenant alors des fantômes génériques, puis ils renaissent un peu plus tard dans la case centrale. Même si leur menace est très relative, ils conservent néanmoins un rôle crucial, celui de perturbateurs : sans eux, on pourrait se contenter de suivre un chemin tout tracé en ayant simplement à gérer le rythme croissant du jeu, mais ils nous forcent à improviser et à toujours rester très vif et réactif, comme si l'on pilotait un bolide fonçant à plusieurs centaines de km/h et que l'on croisait soudain un cerf sur la route.

Il ne faut pas s'y tromper : le game design de Pac-Man CE DX+ a beau être plus simple que celui de son prédécesseur, ce n'est pas un jeu facile ; tous les éléments déjà évoqués s'équilibrent à la perfection pour construire un défi relevé, motivant, subtil, très nerveux, exigeant, qui se prête formidablement bien à la compétition. Malgré la présence d'un chemin optimal, on doit sans cesse s'adapter aux situations : le level design peut être très retors, entrecroisant à profusion sa piste de pastilles, ou la faisant passer au travers des bords de l'écran (les "tunnels magiques" sont toujours là) ou d'une moitié de labyrinthe sur l'autre. Le jeu conserve par ailleurs une part de stratégie puisqu'il peut être préférable d'ignorer les fantômes endormis dans certains segments pour gagner du temps et profiter d'autres segments plus juteux gagnés en fin de chronomètre - la moindre demi-seconde grappillée compte.

Pac-Man CE DX+ est aussi un jeu très généreux, sur le fond comme la forme. Sur la forme, on peut désormais choisir en toute liberté le style graphique du labyrinthe parmi huit styles nettement distincts, ainsi que le jeu de couleurs du labyrinthe, le style des sprites (parmi six) et la musique d'accompagnement (parmi cinq). Sur le fond, on a ici accès à huit labyrinthes au level design très différent, chacun avec un nom évocateur ("Autoroute", "Carrefour", "Spirale", "Manhattan"), et chacun avec une série d'objectifs.

En effet, marquer le maximum de points en temps limité n'est plus le seul objectif du jeu : il y a aussi le "Combo de Fantômes", à savoir manger le plus de fantômes possible à la suite sans que l'effet des super pac-gommes se dissipe, et le "Contre la montre", complet ou morcelé en une suite de défis courts, où il faut traverser aussi vite que possible une série prédéfinie de demi-tableaux. Ces modes réutilisent sans changement le level design du mode principal, mais les objectifs alternatifs nous le font voir sous un autre angle, nous permettant d'y découvrir plusieurs niveaux de lecture et des subtilités insoupçonnées.

Chacun de ces modes dans chacun des différents labyrinthes a son propre tableau de scores en ligne, ce qui fait énormément de contenu compétitif à jouer, et on a d'autant plus envie d'y jouer que les classements sont parfaitement lisibles et détaillés : pour chaque mode, on obtient un 'S' si on est dans les meilleurs 5%, un 'A' dans les meilleurs 20%, un 'B' dans les meilleurs 40%, etc. avec en détail son score, son classement absolu, le nombre total de joueurs, si l'on a récemment gagné ou perdu des places... on peut de surcroît consulter les tableaux de scores complets avec des classements amis et des replays téléchargeables. Il s'agit des meilleurs classements en ligne que j'ai vus dans un jeu vidéo, heureusement inchangés entre les versions Xbox 360 et Steam, même si on trouve hélas plus de scores frauduleux sur Steam.

Pac-Man CE DX+ est tout simplement un de mes jeux vidéo préférés, j'ai pris un plaisir incroyable à décrocher la note 'S' dans absolument tous les modes de tous les labyrinthes sur Xbox 360, puis à faire de même avec le DLC "All You Can Eat", qui ajoute quatre labyrinthes et des options d'habillage supplémentaires. Des années plus tard, j'ai eu le même plaisir voire davantage en regagnant tous les 'S' dans la version Steam (DLC inclus) : Pac-Man CE DX+ est un bijou, non seulement pour son défi, mais surtout pour l'excitation et l'amusement qu'il procure, alors que Pac-Man CE est plus lent, plus technique et plus punitif. Les deux jeux sont en fait parfaitement complémentaires, laissant peu de place pour une suite...

Et justement, six ans après Pac-Man CE DX+, Pac-Man Championship Edition 2 est sorti sur PC et consoles de jeu. Malgré l'enthousiasme généré à son annonce, son accueil a été très décevant : le jeu s'est vu reprocher à la fois d'être trop proche de ses prédécesseurs et de trop s'éloigner des fondamentaux de Pac-Man, et il a déconcerté les joueurs qui l'ont trouvé mal structuré, confus, peu lisible, aléatoire, imprécis, etc. Quel que soit le bien ou le mal fondé de ces accusations, cette suite ne prolonge donc pas l'élan des deux jeux que nous venons d'évoquer, hélas...

En juin 2020, Namco a surpris les joueurs avec un portage de Pac-Man Championship Edition sur... console NES ! Cette version rétro (cf. la capture d'écran ci-dessus) est un bonus figurant dans Namco Museum Archives Vol. 1, supervisée par le studio M2 mais ayant à l'origine été créée autour de 2008 par un programmeur indépendant dont le pseudonyme est "coke774". Le jeu dans sa version finale reste très proche du prototype indépendant et ne comporte que deux modes distincts ("normal" et "extra"), mais il excelle en étant encore plus nerveux et stimulant que le Pac-Man Championship Edition original, avec un rythme très proche de Pac-Man CE DX+ ! Ce "demake" tourne sur console NES sans problème, et fonctionne parfaitement sous émulateurs NES.

Simbabbad
(24 octobre 2021)