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King Arthur's World
Année : 1993
Système : SNES
Développeur : Argonaut Games
Éditeur : Jaleco
Genre : Réflexion
Par Jyelka (21 juillet 2014)

Le petit monde du roi Arthur

King Arthur's World constitue indéniablement un jeu atypique dans le catalogue de la Super Nintendo. Disposant d'une patte graphique propre avec ses petits personnages marchant lentement dans de vastes niveaux, il représente un genre un peu à part sur cette machine dont l'ergonomie n'est pas spécialement pensée pour ce croisement entre un jeu de réflexion et de stratégie en temps réel.

En 1993, King Arthur's World débarque sur la Super Nintendo. Développé par Argonauts Software, il sera l'un des premiers jeux à proposer le Dolby Surround. Argonaut sévira encore avec des titres comme le génial Starwing avec l'aide de Miyamoto ou encore le sympathique Croc sur Playstation.

Il ressemble pas mal aux célèbres Lemmings et aussi sans doute à The Humans, mais il a une forte dimension tactique. Il s'agit en effet d'un jeu de stratégie en deux dimensions vu de profil (à la Lemmings) où l'objectif reste de faire traverser le niveau sain et sauf au roi Arthur. Ce dernier commande son armée dans laquelle il vous faudra piocher vos adjuvants afin de surmonter les obstacles, pièges et ennemis de plus en plus vicieux au fil des tableaux.

Un roi, un royaume, des conquêtes

Vous incarnez le roi Arthur qui doit d'abord lever une armée et tester les capacité de ses unités lors du tutoriel (un peu moins d'une dizaine de stages) avant de partir reconquérir le monde, l'univers souterrain des gobelins et les cieux. À la fin de chacun des mondes, un boss vous attend.

Au début de chaque stage, le roi débute la partie à côté d'une tente bleue d'où il peut faire sortir 7 types d'unités aux compétences différentes. Un coffre ou bien un roi à faire capituler matérialise la fin du niveau. Petite bizarrerie, le jeu se joue le plus souvent de la droite vers la gauche. Mais dans chaque monde de nombreux ennemis vous attendent. Le roi peut appeler trois unités en renfort pour passer les obstacles ou occire ses adversaires. Il faut à tout prix maintenir le roi vivant sans quoi c'est le game over.

Un roi escorté par sa fidèle armée

Le roi peut déployer trois unités à la fois, chacune dispose de ses caractéristiques et sert à assurer la bonne progression du monarque.

- Le roi Arthur, votre commandant, ne doit pas mourir. Personnage robuste, il peut se battre au corps à corps. Lui seul peut ramasser et utiliser des clefs ouvrant des portes spéciales parfois indispensables pour avancer. En cas de mort ou de capture, on peut recommencer le niveau moyennant 5 000 pièces d'or de rançon. Arthur est le seul à pouvoir collecter le précieux métal. En fait, ce dernier sert surtout à reprendre la partie là où vous aviez érigé votre dernière tente, ce qui dès le deuxième monde fait sens car les niveaux sont longs et truffés de pièges.
- Les chevaliers, unité de combat au corps à corps, seront le solide fer de lance de vos assauts.
- Le défenseur, armé seulement de son bouclier, repousse et retarde les attaques ennemis. Il servira à contenir les adversaires ou à bloquer leurs tirs pour assurer une progression sécurisé de vos autres troupes.
- Les archers sont faibles en défense mais peuvent submerger l'ennemi sous leurs flèches. On peut choisir l'angle et donc la portée de leur tir. Unité indispensable pour affaiblir l'ennemi tapi derrière ses remparts.
- Les artificiers sont vulnérables mais leurs barils de poudre explosive ouvrent toutes les portes et désamorcent tous les pièges. Attention cependant aux retours de flammes.
- Les sapeurs construisent des ponts pour traverser les douves, enfoncent les portes avec des béliers, construisent des plates-formes ou installent des catapultes. Une unité indispensable à la prise des places fortes adverses. Ils sont très vulnérables. La catapulte peut faire des ravages.
- Les sorciers disposent de puissants sorts d'attaque qui peuvent inverser le cours d'une bataille.
- Les mages assurent la guérison, le soutien offensif et défensif de vos troupes.

Pour guider Arthur dans les vastes stages qu'il devra traverser, il faut jongler habilement avec toutes ces unités disponibles en nombre limité. Ils attaquent et se défendent par eux-même mais à l'instar des lemmings, ils ne savent pas mesurer le danger et fonceront dessus tête baissée. Ne vous étonnez pas de les voir à la file se jeter dans le vide, si vous ne faites rien pour les en empêcher...
Vous pouvez leur donner des ordres d'action comme attaquer, défendre, leur demander de grimper aux échelles ou encore les arrêter. S'ils ne vous servent plus, vous pouvez leur ordonner de rentrer de nouveau dans la tente (il existe une petite astuce pour les faire revenir plus vite et limiter les risques de voir son unité décimée bêtement sur le chemin du retour) pour ne pas les exposer inutilement au danger ou encore faire sortir une autre unité à leur place.

Éloge de la lenteur

King Arthur's World propose de vastes niveaux à explorer avec plusieurs passages et des petites zones secrètes. Les stages dans le monde réel se révèlent très amusant de ce point de vue-là puisqu'on peut passer en surface, pénétrer dans les châteaux par le pont-levis ou bien explorer des mines et entrer par un tunnel dans l'enceinte adverse. Les niveaux des gobelins sont dotés d'ascenseurs, de pièces métalliques et de rails de mines démoniaques. Quant aux niveaux du ciel, ils sont infernaux.

Problème, ou pas, le jeu est lent. Les personnages semblent se traîner. Aucun moyen d'accélérer et traverser certains stages peut prendre plusieurs longues minutes. J'avais lu, mais impossible de retrouver la source de cette affirmation, que c'était un choix des développeurs car le jeu se joue avant tout à la manette, même si la souris Super Nintendo est supportée. Donc, les déplacements sont lents pour permettre à ceux qui jouent au pad de ne pas s'embrouiller dans les commandes. Un choix justifié car le jeu regorge de nombreux pièges (douves, huile bouillante lancée depuis les remparts, précipices, piques, flammes et autres joyeusetés) et que voir ses hommes chuter dans un précipice fait enrager car c'est souvent évitable. Cette lenteur doit permettre à tous de progresser, impose un rythme posé au jeu.
Elle a cependant des défauts inhérents, les stages deviennent vite vastes donc très longs à boucler, c'est d'autant plus pénible que hormis un système de mots de passe pour revenir à un stage, il n'y a pas de sauvegarde ni de checkpoint (sauf en cas de défaite et avec assez d'or en banque). La mort arrive vite, refaire tout un stage peut vite s'avérer non pas difficile mais fastidieux car trop long.

Faites place au Roi

L'emploi combiné des unités permet de progresser dans les niveaux. Le plaisir du jeu réside dans la petite réflexion nécessaire pour élaborer sa stratégie et la voir réussir. Prendre un château passe d'abord par un bombardement de flèches et de projectiles de catapultes pour éliminer les frondeurs ennemis sur les remparts. Une fois la porte ouverte, les chevaliers entrent pour liquider le reste. Une fois le passage libéré, Arthur peut avancer.

Il faut souvent dégager le passage pour le roi en éliminant tous les ennemis et en neutralisant les pièges. Les adversaires sont variés. Les chevaliers standards, des rondeurs qui tuent à distance et des grands chevaliers noirs qui envoient des boules d'énergie. Il faudra parfois ruser pour les occire en minimisant vos pertes. Ensuite, les monstres sont plus fantaisistes avec des gobelins armés de lance-flammes. Dans les mondes suivants, les ennemis sont encore plus retors. Pour n'en citer qu'un seul, une vraie plaie, le monstre vert à un seul œil du monde des gobelins vous rendra fou. Il peut se téléporter et apparaître presque n'importe où pour gober avec sa grande langue une unité sans que celle-ci ne parvienne à le toucher. Rageant quand il surgit de nulle part et gobe Arthur ou vos ultimes chevaliers.

La représentation en 2D de profil confère au titre son charme, les sprites sont petits mais bien différenciés. La palette de couleurs de la machine est très bien utilisée. L'architecture des niveaux se révèle vite complexe. Le déplacement des personnages est volontairement lent afin de permettre au joueur de réagir sans être dépassé par les événements d'autant plus que la manette n'égale pas la souris en terme de confort de jeu. Tout se passe par un menu en bas de l'écran avec des grosses icônes. Néanmoins, jouer à la manette reste faisable, il faut juste apprivoiser les commandes, ce qui est l'affaire d'une demi-heure, le temps de boucler les missions d'entraînement. En gros L et R servent à déplacer latéralement la caméra, L+R et le pad à faire bouger la caméra, B à valider les actions, A maintenu + gauche ou droite à sélectionner une action dans le menu et X à alterner entre le menu de choix des troupes et celui des actions de l'unité sélectionnée. Y + une direction permet de sélectionner une unité présente sur le terrain de jeu.

Les petits détails donnent au jeu son cachet. Son style graphique composé de petits bonhommes en gros pixels dans des grands niveaux renforce l'impression de réellement conquérir étape par étape des places fortes, c'est peut-être pas pour rien que le jeu est baptisé Royal Conquest au Japon.

Le feu détruit ce qui est en bois, brûlant ainsi les portes, les échelles, les toits des chaumières et les ponts-levis (vous forçant dans ce cas à envoyer vos sapeurs installer un pont de fortune pour passer). Les flèches font sonner les cloches...
Lorsque les sapeurs enfoncent une porte, celle-ci reste sur le côté. Les flèches de vos archers tuent les moutons... Bref, le jeu regorge de ces petits détails qui donnent à l'univers une cohérence fort appréciable.

Côté son, les bruitages sont assez marrants, et les musiques appropriés sont de qualité. C'est l'un des premiers jeux à utiliser la technologie Dolby Surround et il dispose de musiques de Wagner dont la fameuse « Chevauchée des Walkyries ».

Vous l'aurez compris, j'apprécie sincèrement ce jeu qui m'a marqué voilà deux décennies. Je conseille de l'essayer mais peut-être plutôt une version émulée afin d'accélérer l'animation et d'avoir des sauvegardes, parce que sans cela il vous faudra du temps et de la patience pour aller au-delà du deuxième stage du second monde. Je ne sais pas si le jeu a été réédité ni s'il existe des jeux reprenant le principe mais de temps à autre je me prends à rêver de jouer à son successeur moderne qui corrigerait certain de ses petits défauts, proposerait de nouvelles armées et unités, un mode deux joueurs, un générateur aléatoire de niveau ou encore un éditeur de stage... Mais c'est une autre histoire.... Jouez surtout à King Arthur's World pour son cachet, son style unique et son réel intérêt si vous aimez les jeux de réflexion.

Jyelka
(21 juillet 2014)
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