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Creative Contraptions
Année : 1985
Système : Apple II, C64, PC (DOS)
Développeur : Looking Glass
Éditeur : Bantam Software
Genre : Puzzle
Par Jean-Christian Verdez (21 janvier 2019)

Si les jeux vidéo bénéficient parfois d'un contexte historique riche, d'un développement incroyable, ou d'un impact durable sur l'industrie, il faut bien avouer que ce n'est pas le cas du jeu de la semaine, Creative Contraptions. Néanmoins, après qu'il a été très brièvement décrit comme "un jeu très méconnu" dans l'article sur The Incredible Machine (TIM), il était impossible pour un site comme Grospixels de ne pas aller un peu plus loin, afin de satisfaire les rétrogamers curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler les machines incroyables avant la naissance de TIM...

En 1985, Looking Glass développe son seul et unique jeu, Creative Contraptions pour le compte d'un éditeur lui aussi éphémère, Bantam Software. Bantam, à l'origine, est une très célèbre maison d'édition américaine publiant des livres depuis 1945, et toujours en activité aujourd'hui. En 1985, elle tente l'aventure numérique en créant un studio de développement afin de toucher un public plus large tout en surfant sur une mode dont elle est elle-même à l'origine, celle des livres-jeux (qu'on appelle souvent en France des livres dont vous êtes le héros, ou LDVELH pour les intimes). En toute logique, presque tous les jeux de Bantam Software sont des fictions interactives. On peut citer Sherlock Holmes in "Another Bow", I, Damiano, mais aussi deux adaptations directes de livres-jeux, Escape et The Cave of Time (ce dernier, sans doute le plus connu, est signé Edward Packard, l'un des pères de ce genre littéraire si particulier qui a marqué tous les enfants et ados des années 80. Il a été publié en français sous le titre "La Grotte du Temps").

Mais l'aventure Bantam Software sera de courte durée et des quelques jeux qui en sont nés, Creative Contraptions est le seul qui ne soit pas une fiction interactive. Ce jeu n'est toutefois pas étranger au monde de l'art sur papier, puisqu'il s'inspire très fortement des illustrations du dessinateur humoristique Rube Goldberg (1883-1970). Ce dernier s'était fait une spécialité de proposer des machines absurdement complexes et toujours pleines d'humour pour effectuer des tâches simples par un système de réaction en chaîne.

deux exemples de machines de Rube Goldberg...

Comme on peut le voir ci-dessus, les dessins de Goldberg respectent souvent la présentation suivante : une illustration de la machine dont chacun des éléments est désigné par une lettre, les événements se déroulant dans l'ordre alphabétique. À côté, une description de la fonction de chaque élément de la machine.

Goldberg en version numérique

Jeu vidéo oblige, il n'y a pas de description dans Creative Contraptions. En revanche, la présentation visuelle des machines est très similaire, puisqu'on retrouve l'idée d'associer chaque partie de la machine à une lettre. Dans le jeu, toutes les constructions sont pensées comme un parcours pour une bille (toujours lancée depuis le coin haut-gauche de l'écran vers le point A), qui va progresser à l'aide de chacun des éléments de l'improbable machine jusqu'à déclencher la réaction finale et offrir la victoire au joueur.

À l'image des machines de Goldberg, les puzzles qui vous sont proposés font preuve d'une mécanique extrêmement rigide et ne peuvent donc fonctionner que d'une seule et unique façon. Cela a pour effet de rendre le jeu beaucoup plus simple (qui dit moins de choix dit aussi moins d'erreurs possibles). Creative Contraptions vise donc un public assez jeune, avec pour but de stimuler l'imagination...

Concrètement, chaque machine proposée est incomplète. Par exemple, il manquera les éléments aux places B, D, G, et il appartiendra au joueur de placer les bons éléments aux bons endroits, parmi un choix d'objets dans un inventaire. Creative Contraption propose 2 modes de difficulté pour chaque énigme. En mode Apprentice, votre inventaire contiendra uniquement les objets dont vous aurez besoin, tandis qu'en mode Master Builder, l'inventaire contiendra aussi tout un tas d'objets inutiles, favorisant ainsi le risque d'erreurs. En dehors de ça, les énigmes restent identiques, et il n'y a pas moyen de mettre au point des solutions alternatives.

En revanche, d'une partie à l'autre, une même machine pourra avoir différentes apparences, chaque objet ayant plusieurs variantes. Exemple avec la 1ère machine ci-dessus, "Up & At 'Em", dont le but est de réveiller le dormeur : la fin de la réaction en chaîne que vous devez provoquer implique un contrepoids agissant sur un objet qui va attirer l'attention du personnage. Ce contrepoids ressemblera parfois à une chaussure, parfois à un seau, parfois à un poisson... En outre, il agira au choix sur le store d'une fenêtre, sur un arrosoir, voire sur une poule. Ces changements sont purement esthétiques, et la solution reste la même quoiqu'il arrive. Mais cette diversité visuelle reste très plaisante, surtout sur un ordinateur Apple II où le minimalisme est généralement de rigueur.

Outre le choix de la difficulté, Creative Contraptions propose trois modes de jeux.
- Le premier met en avant des machines dépourvues de quelques objets (arrosoir, clown à ressort, chaussure faisant office de contrepoids...).
- Le second vous propose une machine à laquelle il manque des mécanismes (poulies, ressorts, aimants...).
- Le troisième mode, baptisé "mix up", est le plus intéressant et/car le mode de jeu principal : il propose des machines dont tous les mécanismes et objets ont été remplacés par d'autres. A vous de retrouver les éléments adaptés au bon fonctionnement de l'engin.

Didactique, le jeu propose une description ainsi qu'une démonstration animée pour chacun des mécanismes que vous pourrez rencontrer.

Creative Contraptions propose un total de 6 machines, à compléter au choix dans l'un ou l'autre des deux premiers modes de jeu, on bien toutes à la suite dans le mode mix-up, telle une journée farfelue placée sous le signe des inventions bizarres :

  • Up & At 'em : Aidez notre héros feignant à se réveiller.
  • Hair Care : L'art de se coiffer automatiquement.
  • Easy Eating : Une machine pour que la nourriture vous tombe dans la bouche. Littéralement.
  • Dog Days : Promenez le chien sans vous fatiguer.
  • Cool It : Comment se rafraîchir après avoir bullé toute la journée au soleil ?
  • Lights Out : Après une si dure journée, c'est l'heure d'aller au lit. Encore faut-il éteindre la lumière...

Notez que le mode mix-up vous oblige à résoudre les six machines d'affilée en temps limité. De plus, en mode difficile vous n'aurez qu'un nombre d'essais réduit, et donc beaucoup moins le droit à faire des erreurs. Selon votre vitesse et votre efficacité pour trouver les solutions, vous marquerez un certain nombre de points (le but étant bien sûr de faire le plus gros score possible).

Comme il n'y a que 6 machines en tout, Creative Contraptions est assez facile et rapide à terminer, et la rigidité de ses énigmes limite grandement la replay value. Le mode mix-up en difficulté Master Builder nécessitera plusieurs tentatives, mais les solutions étant fondamentalement toujours les mêmes d'un mode de jeu à l'autre, il n'y a finalement pas de problème à reconstituer une solution que l'on va inconsciemment finir par mémoriser...

Ceci étant dit, le jeu est agréable, et on se surprend à refaire plusieurs fois une énigme pour le simple plaisir de voir les objets alternatifs en action. Les amoureux des machines de Goldberg ne pourront qu'apprécier le résultat soigné.

Le mot de la fin...

Par sa rigueur et sa facilité, Creative Contraptions s'oppose à The Incredible Machine qui, lui, exige de se creuser nettement plus les méninges tout en permettant de mettre au point des solutions inattendues. Ceci étant, ces deux jeux optent pour la même approche un peu loufoque, avec cette façon caractéristique de détourner les objets de leur fonction première (ex: un arrosoir en guise de réveil, une chaussure pour faire contrepoids), tout ça pour effectuer des tâche incroyablement basiques (ex: se réveiller, se coiffer...)

La version PC et ses couleurs mochissimes (à gauche), et la déjà plus fréquentable version C64 (à droite).

Il est évidemment délicat de conseiller Creative Contraptions à qui que ce soit aujourd'hui. Contrairement à d'autres productions de l'époque, les quelques atouts de ce jeu n'ont plus vraiment de sens dans un monde où l'Apple II est obsolète depuis 35 ans... Néanmoins, il est toujours bon de se remémorer les vieilles productions vidéo-ludiques, fussent-elles mineures en apparence. Car Creative Contraptions a pour lui de dater de 1985. Et vous conviendrez qu'être publié plus de sept ans avant The Incredible Machine, pour un TIM-like, ce n'est pas banal !

Jean-Christian Verdez
(21 janvier 2019)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Les deux images des versions DOS et C64 viennent du site Mobygames.