"L'Exelvision
fait des choses incroyables, à la limite ça fait peur !...", tels
sont les propos tenus par le comédien qui vante les qualités de l'Exel
100 en France, pendant la seule campagne de pub télévisée qu'ait
connue la marque.
1982-84
: entre Thomson, le français aux dents longues qui veut imposer sa
gamme de micro-ordinateurs sur le marché local et la horde de machines
anglaises ou américaines, trois hommes tentent le pari de lancer une
nouvelle marque d'ordinateurs français. Ces trois-là ne viennent pas
de n'importe où, ce sont des ingénieurs qui ont fait la preuve de
leur talent au sein des équipes françaises du géant Texas Instrument,
à qui nous devons le fameux TI99/4A.
Entre les mains d'hommes aussi ambitieux que doués, on est en droit
d'attendre quelque chose d'unique et à ce que la communication des
médias et le soutien de partenaires français soient présents. Malheureusement
ça n'est pas vraiment le cas et c'est avec peu de soutien que la marque
Exelvision sort 2 ordinateurs, dont les capacités et les innovations
technologiques ne sont pas suffisantes pour espérer survivre dans
la jungle du business micro-informatique.
Autopsie d'un jeune
marque à qui on n'a pas donné la chance de vieillir
C'est pendant
leur temps libre chez TI que Jacques Lapacuer, Victor Zébrouck et
Christian Petiot mettent au point ce qui deviendra l'Exel
100. La machine étant prête sur le papier, il leur faut trouver
le soutien d'investisseurs pour lancer la production du bébé. Un premier
contact avec Matra s'avère être un échec pour la simple raison que
ce dernier est déjà en association avec la marque américaine Tandy
pour lancer un clone de leur MC10,
qui sur nos terres prendra les formes de l'Alice.
Mais ce n'est pas ça qui arrête nos trois mousquetaires. Le moral
est à bloc et ils croient dur comme fer que leur création a sa place
sur le marché. Leur croisade les amène à contacter le ministère de
l'industrie qui les dirige directement vers la CGCT (Compagnie Générale
de Constructions Téléphoniques) dont la nationalisation est récente.
Après moultes négociations, l'accord est conclu et c'est donc
la CGCT qui s'occupe de la partie "fabrication" des machines, Exelvision
s'occupant pour sa part de la partie recherche et développement. Ils
s'installent sur ce qui est le plus gros pôle informatique du sud
de la France actuellement : Sophia Antipolis.
C'est donc
en 1985 que sort l'Exel 100
dont nous regarderons de plus près les caractéristiques un peu plus
loin. La machine est séduisante mais sa sortie ne fait pas de bruit
pour plusieurs raisons : tout d'abord des chaînes de magasins comme
la FNAC refusent de présenter la machine sur leurs rayons. Pourquoi
? La rumeur veut déjà que Thomson ait fait appui pour mettre des bâtons
dans les roues de notre nouveau constructeur, et donc pour la FNAC
l'Exel 100 est une machine
morte-née. De son côté, la presse informatique française ne faire
guère d'articles autour de ce qui devait être un évènement français,
quelques revues comme l'incomparable Hebdogiciel
et l'incontournable bible video-ludique de l'époque, Tilt,
font de cette naissance leurs gros titres, mais il n'y a bien qu'eux.
Mais la plus grande malchance pour Exelvision vient d'Angleterre.
En effet, notre Exel 100
sort en même temps qu'un certain CPC464
dont le rapport qualité / équipement / prix va faire des ravages dans
toute l'Europe ! C'est à cette même époque que notre gouvernement
met en place le fameux plan "Informatique Pour Tous". Pour ceux qui
ne l'ont pas connu, c'est un plan qui permet aux écoles, lycées et
collèges d'être équipé en matériel informatique, et de fournir donc
aux écoliers de l'époque un apprentissage des bases. Le grand gagnant
dans cette histoire de gros sous est encore Thomson qui équipe la
majorité des établissements français, et c'est avec des "superbes"
TO7 et MO5
que les jeunes Français découvrent les joies du maniement du stylo
optique, et l'apprentissage du langage LOGO dont tout le monde se
sert encore de nos jours, c'est bien connu...
D'après
l'excellent site www.old-computers.com,
Lapacuer, furieux, serait allé directement à Paris avec quelques machines
et les auraient installées avec ces logiciels éducatifs pour montrer
à nos chères têtes gouvernantes de l'éducation que sa machine pouvait
faire tout aussi bien, voire mieux que les machines concurrentes.
Résultat : 9000 machines auraient été passées en commande ! (j'ai
lu d'autres infos donnant le chiffre de 900 livrées dans les écoles
maternelles, donc chiffres à prendre avec des pincettes.)
Au niveau
softs peu d'éditeurs suivent
la machine. Un seul sort du lot et lance des jeux ou des logiciels
éducatifs, c'est Minipuce, un éditeur français dont on ne connaîtra
rien d'autre sur les autres plates-formes.
En 1986
sortira le second ordinateur de la marque, l'Exeltel,
qui est aussi le dernier malgré d'évidentes qualités qui le placent
d'entrée comme un adversaire sérieux face à ses concurrents tels que
le Téléstrat d'Oric ou le
TO9+ de Thomson. Ça ne prendra
pas et la marque Exelvision tombera dans l'oubli sur le marché de
l'informatique familiale, comme une grande partie des pionniers de
l'histoire des 8-bits. Pourtant, peut-être que comme moi
vous avez eu une pharmacie prés de chez vous, équipée d'un Exeltel.
Oui, vous lisez bien, je m'explique : Exelvision ayant loupé le coche
du marché familial, la société s'est retournée logiquement vers une
niche du marché professionnel, les pharmacies et les garages. Chez
l'apothicaire, Exelvision transforme l'Exeltel
en Exeltel TTO, muni d'un
lecteur de code barre et d'un lecteur de cartes Farenberger (mini-cartes
perforées), qui permet de gérer le renouvellement des stocks de médicaments.
Chez le réparateur de chars, l'Exeltel s'appelle Editel,
il est équipé d'un petit terminal de saisie conçu pour la saisie des
données dans les centres de contrôles techniques. La fonction la plus
géniale est celle offerte par l'Exeltel
multistandard qui donne l'accés à tous les systèmes vidéotex européens
et s'adapte à la langue de chaque pays.
Les machines en
détail
- EXL
100
 |
La machine
se présente en 2 parties : l'unité centrale et le clavier, celui-ci
ainsi que les manettes de jeux proposent l'innovation la plus impressionnante
de ce micro. En effet ils ne sont reliés par aucun cordon à l'unité
centrale. Pour la première fois on voit apparaître la technologie
infrarouge dans nos foyers, et je peux vous dire que dans le contexte
de l'époque c'est très impressionnant mais pas exempt de défauts.
En effet, il faut que le clavier et les manettes ne soient pas trop
éloignés du clavier pour que ça fonctionne correctement, et surtout
être dirigés toujours en direction du boîtier infrarouge intégré à
l'UC. Gros défaut de ce clavier, on y retrouve des touches "guimauves"
dont la frappe est aussi imprécise qu'inconfortable, un peu comme
sur les premiers Spectrum.
Heureusement un témoin sonore à l'appui de chaque touche confirme
la prise en compte de l'action sur celle-ci. Sur l'unité centrale,
en façade avant, on peut constater l'existence d'un port cartouches
et, luxe suprême, 2 rangements pour les manettes de jeu !
La technologie
utilisée dans cette machine est en grande partie en provenance de
chez Texas Instrument, que ce soit le microprocesseur, le processeur
vidéo, le synthétiseur de son (qui donne une synthèse vocale sympathique
à l'Exl 100) ou le contrôleur
entrée/sortie.
La RAM est
de 32 Ko mais elle est extensible à 300 Ko. Les capacités graphiques
n'ont pas trop à rougir de la concurrence même si on n'a pas loisir
de pouvoir jouer à de grands jeux sur la machine. En effet peu de
développeurs s'intéressèrent à son sort, et le souvenir que j'ai de
cette machine au niveau jeu c'est le Tennis qui reste
le plus connu de tous. À la sortie de l'EXL
100 il y a déjà 150 softs
disponibles, en grande partie des éducatifs mais étant donné la faible
diffusion de ce micro, il est très dur de se fournir en logiciels.
 |
 |
Exelvision
a sorti plusieurs périphériques pour cette machine dont un clavier
avec touches mécaniques, qui remplacera avantageusement celui fourni
en standard. On peux aussi acheter une nouvelle interface entrée/sortie
qui autorise la connexion d'un modem qui donne l'accès au réseau minitel
mais aussi un réseau spécialisé qui permet le téléchargement de jeux
ou éducatifs. Comme option, on peut aussi lui adjoindre un lecteur
de disquette 3.1/2 ainsi qu'un crayon optique comme ses cousins Thomson.
Une imprimante, la Exl-80
a été conçue aussi spécialement pour lui.
Spécifications
techniques
-
Systéme d'exploitation : ExeldosMicroprocesseur : TMS 7020
de TI, cadencé à 4.91mhz.
- Coprocesseurs : TMS 5220A (synthétiseur vocal)
; TMS 3336 (chip vidéo) ; TMS 7041 (entrées/sorties).
- Mémoire morte : 4Ko.
- Mémoire vive : 32ko (2Ko du TMS7 7020+ 30 de ram vidéo).
- Mode graphique : 320x250 en 8 couleurs.
- Mode texte : 40x24.
- Ports entrées/sorties : entrée lecteur de K7, sortie RGB,
slot cartouche, slot ramcards, slot d'extension et port infrarouge.
- Alimentation : intégrée de 220V.
Prix :
2990 francs sans écran.
- Exeltel
 |
Ce micro-ordinateur
est, selon les dires de Lapacuer, plus qu'un simple ordinateur, c'est
l'ordinateur familial communiquant par excellence, un ordinateur-robot
dixit son concepteur : son
concept est basé sur la télématique et une ouverture sur les applications
ludiques, éducatives, téléphoniques et informatiques. Il représente
l'ordinateur à tout faire à la maison. Son aspect général est beaucoup
plus pro que son prédécesseur, exit
le port infrarouge et bienvenue au clavier mécanique de haut niveau,
adieu les rangements pour manettes si sympas, on veut faire moins
plastoc et il faut avouer que sa robe noire lui donne une certaine
classe. Le plus important ne se trouve pas à l'extérieur mais bien
à l'intérieur. Si l'ensemble de son architecture est une presque copie
de l'Exl 100, il en corrige
les petites faiblesses et ajoute l'élément clé de son orientation
avouée : un modem 1200/75
est intégré à la bête, ce qui fait de l'Exeltel
un engin taillé pour la télématique. Non seulement il peut accéder
à tous les services du minitel mais en plus il peut lui-même devenir
serveur et c'est là que son innovation est grande ! Pour gérer tout
ça Exelcom a été créé, qui prend 34ko en rom et s'occupe de toutes
les taches de communication. Exelwindow
(ben oui, avant Billou !) vous permet pour sa part de sélectionner
des menus grâce à un système de fenêtres. Tout ce petit monde autorise
le plus newbie en info à
se connecter le plus simplement du monde au minitel, après avoir choisi
un serveur Transpac par le
biais d'une commande de numérotation et de connexion automatique.
Mais encore
plus fort, votre Exeltel
peut vous servir de répondeur téléphonique si vous êtes absent, la
sympathique synthèse vocale se faisant la voix de vos messages, et
si vous avez un magnétophone il vous sert à enregistrer les messages
de vos interlocuteurs. Quelle machine géniale, dont les vocations
sont les bases de la domotiques actuellement. Et pourtant même si
un réseau permet, comme pour son grand frère, de télécharger jeux
et éducatifs pour le prix d'un communication téléphonique (1F la minute
quand même), le pari du presque tout télématique ne prend pas. Les
éditeurs ne suivent pas non plus, sûrement, entre autres, parce que
le choix d'utiliser des processeurs TI
qui sont moins connus que les Z80
ou autres 6502 empêche le
développement de logiciels sur cette bécane. De plus, l'orientation
"ordinateur éducatif " a freiné l'engouement du jeune public de l'époque,
qui préfère s'amuser sur les meilleurs jeux sortis sur C64
ou Amstrad CPC, ceux-ci ayant
le soutien des plus grands éditeurs. C'est donc dans le milieu bien
spécifique des pharmacies et garages automobiles qu'il termine sa
petite carrière qu'il méritait moins anonyme.
 |
 |
Différents
périphériques sont développés pour lui comme l'inévitable imprimante
appelé Exelwriter, une souris,
un lecteur de disquette, un lecteur de K7 ou des cartes d"extension
mémoires.
Spécifications
techniques
-
Système : ExeldosMicroprocesseur : TMS 7040 de TI, cadencé
à 4.91mhz.
- Coprocesseurs : TMS 5220A (synthétiseur vocal); TMS 7042
(entrées/sorties).
- Mémoire morte : 96Ko dont 16 pour le système, et 80 pour
les intégrés que sont Exelcom, Exelspeech (voix synthétique avec 184
mots) et Exelquad (langage pour développement de softs éducatifs).
- Mémoire vive : 82 ko.
- Mode graphique : 320x250 en 8 couleurs.
- Mode texte : 40x24.
- Ports entrées/sorties :
slot cartouches, slot Exelmémoire, slot d'extension, clavier et lecteur
de K7.
En conclusion
Encore une
histoire qui commence bien : un concept novateur, de l'enthousiasme
et de la motivation, un projet auquel on croit. Puis vient le temps
des réalités qui font mal, les idées c'est bien mais si c'est David
qui les a alors Goliath se fera un plaisir de lui mettre des bâtons
dans les roues. Il en connaît du monde Goliath et du monde influent
bien évidemment, et la concrétisation de cette belle idée de l'informatique
familiale se voit anéantie par le jeu de la manipulation et du manque
de chance. C'est le jeu du plus fort qui a eu encore une fois le dernier
mot mais pas seulement bien évidemment. L'EXL-100
et l'Exeltel furent des machines
et un concept peut-être trop en avance sur leur temps, et il faudra
attendre l'ère Internet pour voir des machines "familiales" communiquer
entre elles, télécharger des programmes et servir de répondeur. Le
public n'était pas prêt pour Exelvision et ses ordinateurs, l'ère
de la communication pas chère n'étant pas encore au programme à l'époque.
D'ailleurs le sera-t-elle vraiment un jour ?
En France
on a des idées formidables, mais on a aussi le chic pour laisser filer
ces idées à l'étranger car on ne sait pas soutenir ses compétences
nationales. Quand comprendront-ils un jour ? Du Minitel que le monde
entier nous enviait, on n'a pas su rebondir et améliorer le système
et c'est de l'Internet américain qu'on nous vend maintenant. De l'Exeltel
on a fait le vilain petit canard de l'informatique française parce
qu'on ne lui a pas laissé la chance de développer son concept, c'est
vraiment du gâchis...
Sur cette
machine je n'ai point trouvé d'émulateur donc rien à vous mettre sous
la dent, il ne vous reste plus qu'à en acheter un d'occasion si ça
vous tente !
Je tiens
à remercier Xavier Bonnefoy qui m'a autorisé à utiliser les photos
qu'il y a sur son site :
http://membres.lycos.fr/soyouz/musee.php
Merci aussi
à Tilt n°39 ! :)
Soreal