L'oric 1 et sa gracieuse robe blanche
Avant de commencer de vous parler d'Oric,
il me semble indispensable de vous mettre dans l'ambiance du marché de l'informatique tel qu'il
est au début des années 80. A ce moment là, on voit emerger d'un peu partout de multiples
sociétés qui tentent d'imposer leur vision du micro-ordinateur, tout est à faire
et chacun y va de son innovation. Il y a d'un côté l'informatique que j'appelerais industrielle
avec ses gros systèmes (IBM, Digital etc....) et de l'autre côté l'informatique familiale
avec ses petits micro-ordinateurs dont l'unité centrale et le clavier ne font qu'un, et qu'on
branche le plus souvent sur la télé, ce qui occasionne bien entendu des sources de conflit
entre les parents qui veulent regarder leur emission préférée, et leur progeniture
qui a plus envie de manger du basic ou tout simplement de jouer au nouveau jeu qu'il (ou elle) vient
fraichement d'acquerir (jeu qui mettait 20 minutes a se charger, lecteur de K7 oblige ..... ). Il est rare en effet de trouver un ordinateur de cette catégorie
vendu avec son moniteur, et il faudra attendre l'arrivée d'Amstrad et de son CPC-464 pour voir
un "tout en un" abordable. Bref, c'est un peu ce que j'appelle l'ère des pionniers, une ère
ou certains grands noms d'aujourd'hui ont fait leurs débuts, que ce soit au niveau matériel
ou logiciel, une ère ou l'achat de tel ordinateur vous fait rentrer dans un clan ou la passion
l'emporte souvent sur la raison. On n'achète pas
un ordinateur, on adhère à une idée de l'informatique, des clubs infos jaillissent
un peu partout et on n'hésite pas à rester des heures devant son clavier pour taper des
milliers de lignes de code récupérées sur une revue, en esperant jouer à un
jeu " fait maison" ou à le coder soi-même, avec quelques fois de drôles de surprises
quand au résultat ...... quand ça fonctionnait ! les
Oric font partie de cette catégorie d'ordinateur 8-bits qui a marqué a jamais ceux qui ont
eu la chance de la vivre, ce site n'en est il pas la plus belle preuve ....
;)
Un peu d'histoire
C’est en 1982 qu’est créé
Oric, à une periode ou les noms de Sinclair, avec le ZX-81 et le Spectrum, ainsi que Commodore
avec les Vic20 et C64, résonnent dans la tête de ceux qui ont ou veulent acquérir
un micro-ordinateur. Comme Acorn et Sinclair, Oric est donc une société Anglaise ; aux commandes
on trouve plusieurs hommes ayant comme ideal de creer tout simplement le meilleur micro-ordinateur du
moment, à un prix défiant tout conccurence, leur but etant de faire mieux que Sinclair.
Certains d'entre eux viennent en fait d'une autre société au doux nom de Tangerine (qui
est à l'origine du Microtan, un calculateur) qui apportera son savoir faire pour ce qui est de
la conception de la 1ère machine qui sortira des usines Oric . Comme
on le verra par la suite ces gens-là sont bourrés d'ambition mais la réalité
ne leur donnera pas toujours raison tout au long de leur quête de reussite .... La
1ère machine à sortir est l'Oric 1, en 1983. C'est un petit boîtier blanc, fort de
ses 16Ko de memoire vive et dont les 57 touches du clavier sont composées du même plastique
caoutchouteux que celles des calculatrices. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas un
modèle du genre pour la qualité de frappe (quoique sûrement plus pratique que celui
du Zx-81 qui est une sorte de membrane sans relief ). Le microprocesseur est un 8-bits, le 6502 (un des
plus vendus au monde à ce moment là) cadencé à 1 Mhz, et l'affichage est en
240x200 points en 8 couleurs. Pour la partie sonore on trouve un circuit General Instruments AY-3-8192
émettant 3 voies sur 7 octaves et un générateur de bruits blanc, une sortie imprimante
Centronics, 2 ports d'extension, une sortie peritel ( avec sa propre alimentation s'il vous plait ! ),
une entrée sortie cassette/son et le BASIC qui se trouve en rom (malheureusement buggée).
Pourtant ce basic a de quoi seduire, il est assez puissant et comble du raffinement il possède
4 commandes sonores que tout possesseur d'Oric est incapable d'oublier : explode, zap, ping et shoot ne
peuvent pas être plus explicites que les sons qu'elle produisent !Une deuxième version
de l'Oric 1 sort quelques mois plus tard, et c'est de 48k qu'il se trouve gratifié. La presse Anglaise
fait l'éloge de cette petite machine qui commence à se faire connaître, et qui pour
1990 f offre beaucoup à son propretaire, même si certains defauts sont assez irritants. En
France le succés de l'Oric 1 est bel et bien là aussi, et les annonces de sortie de nouveaux
péripheriques comme une imprimante ou un lecteur de microdisc n'y sont pas étrangères.
En attendant, il faut se satisfaire d'un lecteur de K7 dont la rapidité et la fiabilité
ne sont pas les points forts, et il n'est pas rare d'avoir recours au tournevis pour regler l'azimutage
afin de pouvoir charger un logiciel sans qu'il n' y ait d'erreur ! Mais c'est un des évènements
de 1983, qui rend Oric en France aussi populaire que Sinclair en Grande Bretagne. En effet, c'est cette
année qui couronne l'Oric 1, ordinateur de l'année dans notre pays ! A ce moment là
les ventes explosent et de plus en plus d'excellents logiciels voient le jour sur cette machine.
L'Atmos entouré du lecteur de microdisc et de l'imprimante
En 1984 c'est l'arrivée sur
le marché du remplaçant de l'Oric 1, l'Atmos. Sous
sa robe noire et rouge, cet ordinateur cache la même technologie 8-bits que son prédecesseur,
mais une version de rom non buggée cette fois-ci, un clavier mécanique qui pour cette gamme
de machine, et surtout à ce tarif, est quelque chose d'assez rare pour être souligné
et enfin la peritel n'a plus besoin d'une alimentation annexe. C'est avec cette machine qu'apparait enfin
le lecteur de microdisc. Il est assez cher mais apporte un confort d'utilisation incomparable à
celui qui a la chance d'en posseder un. Le lecteur de disquette, à l'epoque, est un peripherique
haut de gamme, tout le monde rêve d'en avoir un, car il allie capacité de stockage
et vitesse, tout le contraire du lecteur de K7 et ces caprices ! L'Atmos marche vraiment bien au pays
du fromage qui pue, on le voit tous les mois au nombre de jeux et programmes éducatifs qui sortent,
mais aussi de livres édités permettant d'apprendre, optimiser et percer les secrets de sa
machine. On trouve même une revue mensuelle dédiée aux oriciens, Théoric. De
par son bas prix (1200 fr puis 990 au bout de quelques mois) et des ces bonnes capacités, cette
machine fait la joie des bidouilleurs en tout genre. Pendant
ce temps-là, en Angleterre, la maison mère est de plus en plus endettée, de par une
gestion plutôt hasardeuse de la société et la faillite arrive à grand pas alors
que dans les cartons des ingénieurs se trouve la machine la plus prometteuse qu'ils n'aient jamais
imaginé. Son nom de code est Stratos.
Le Téléstrat et le lecteur de microdiscs
Le Téléstrat sera son
nom définitif et ce n'est pas par le biais de la sociéte Oric dont je vous ai parlé
qu'il est commercialisé mais par son racheteur. Eh oui, Oric devient Français et c'est la
société Eureka qui en reprend les rênes en 1985 et s'occupe aussi de la fabrication. C'est avec joie que l'on retrouve enfin des pages de publicités
Oric dans les magazines spécialisés ! Eureka tente de redorer le blason de l'image d'Oric,
et de tenir les engagements que feu Oric a eu du mal à respecter (ceux qui ont attendu le microdisc
se rappelle sûrement de quoi je parle). l'Atmos reste
bien sûr au catalogue et on retient la sortie de l'excellent OS sur disquette Sedoric. Le Télestrat,
lui, est presenté au public en 1986 : c'est la machine que tout oricien attend. Elle représente
la survie de la marque, le dernier espoir ! Mais qu'est-ce
que ce Téléstrat a de special ? De visu, rien ne le differencie beaucoup de son grand frère
l'Atmos, même robe noir et rouge, même clavier, mais la taille paraît plus imposante,
et il respire le serieux. On dirait une machine professionnelle, bref, il inspire le respect.
Mais alors , quels sont nouveautés ? Le passage de
la memoire vive de 48 à 64 ko est deja une bonne nouvelle mais le plus important n'est pas la :
En effet, Oric a doté le Telestrat d'un modem interne ce qui en fait un engin taillé pour
la... télématique. Ca y est, le mot est jeté, ce mot qui au début des années
80 prend toute sa signification en France plus que nulle par ailleurs par la formidable avancée
technologique qu'est le Minitel et sa démocratisation dans notre pays ! Le Téléstrat
a tout pour lui à ce moment-la : la logithéque de ces ancètres et la fabuleuse capacité
d'être un serveur télématique. Hélas... trois fois hélas, ça
ne prend pas. La machine arrive trop tard car deja le rouleau compresseur Amstrad déboule sur toute
l'Europe et remplit les chaumières de ces CPC au rapport qualité/prix imbattable...... La
suite est sans surprise : Eureka fini par laisser la clefs sous la porte en 1988 et laisse des milliers
de petits orphelins avec leur machine...
Si on parlait des jeux !
Optimisation , un mot que les progammeurs ont oublié
, pas sur Oric !
Ici, pas de 3D, pas de milliers
de couleurs et de 1024x768 messieurs dames, pas d'équipe de développement où 50 personnes
conçoivent un jeu en 1 an, non je vous parle d'un temps ou les sprites (ou lutins) étaient
rois, ou le 240x200 était la définition de mon Oric et ne soyez pas choqués par ses
8 couleurs affichées péniblement .... Quelle drôle d'epoque, vous vous rendez compte,
où un seul homme peut creer un jeu donnant des heures de plaisir à des millers d'autres,
ou les concepts des jeux d'aujourd'hui se dessinent, ou le plaisir de jouer devant une télé
ou un moniteur à des jeux de 35 ko est le quotidien du gamer, mais où allons nous je vous
jure ...... Sur Oric , les plus grands ont fait leurs armes,
des éditeurs comme Ere Informatique, Loriciel, Infogrames, ont débuté sur cette machine. Je ne vais pas vous énumerer tous les jeux de l'Oric, la
liste est trop longue, mais il y a des noms qui ont traversé les temps et sont devenus des légendes
.
L'Aigle d'Or de Loriciel
a reçu la suprême recompense ; le 1er Tilt d'or du meilleur jeu d'aventure en 1985. Ce jeu
a fait passer des nuits blanches à toute une génération. Ce jeu est en 3D isometrique,
ce qui est génial pour l'epoque, et toute l'action se deroule dans un château aussi labyrinthique
que dangereux de par les rencontres (mauvaises) que l'on peut faire. Le but est de trouver le diamant
bleu, le livre sacré et l'aigle d'or , rien que ça ! Le heros peut faire des tonnes d'action,
acheter des torches, des fioles de soin, ouvrir des coffres et utiliser les objets qu'il pouvait
y recuperer. L'ambiance est terrible, on s'y croit vraiment. Ce sont les débuts de l'immersion
dans le jeu video, et on a l'impression de vivre une autre vie ! Ce jeu sera adapté plus tard sur
d'autres plate-formes, mais une chose est claire : c'est sur Oric qu'il est sorti en premier ! :)

Et si on jouait au flipper tiens !
En 5ème, je tate du flipper à la gare routière de ma ville. Juste avant d'aller au
collège (si maman savait ....), il y a la une petite salle de jeu avec quelques "flipps"
et des jeux videos. Eh bien je peux vous assurer qu'à 12 ans, je n'imagine même pas qu'on
puisse jouer à ce jeu tout mecanique sur un ordi ou une console. Et pourtant, Ere l'a fait. Qui
? Ere Informatique. Eux aussi ont débuté sur l'Oric et tout comme leurs confrères
de Loriciel nous on pondu un Tilt d'or avec leur Macadam Bumper, la même année en plus (je
le sais bien, j'ai encore mon vieux Tilt sous les yeux alors que je rédige !) Magique
c'est le mot. Sur mon écran, la bille parcourt le tableau unique avec une inertie semblable à
celle des vrais flippers. Tout y est, les bumpers, les rampes, les cibles et le "Tilt" ! Incroyable, on
peut y passer des heures sans mettre 1 franc, le bonheur.... mais le fin du fin sur ce flipper de fous,
c'est la possibilté de modifier le flipper à sa guise. Eh oui, Ere a eu l'idée géniale
d'ajouter une option qui permet de moduler le flipper selon ses goûts , le jeu de flipper
parfait !
(NdL : L'article sur les flippers et simulations de flippers
donne un contre-avis sur ce jeu)

Les jeux de rôles papier, dans
la même periode, rentrent dans ma vie. Je tiens à faire un hommage à mon meilleur
ami Thibault (il l'est toujours) sans qui je n'aurais peut-être pas connu le nouveau concept étrange
mais ô combien fascinant et addictif de se retrouver à 3/4 autour d'une table et de vivre
une aventure commune avec comme seules illustrations les paroles du maître de jeu et notre imagination.Donjons
& Dragons a frappé le 1er ! Quel rapport avec Oric et les jeux ? je vous le donne en mille
: Des petits malins ont développé un jeu de rôle dessus : Tyrann. Bon ce ne
sont pas les premiers à avoir fait 1 jeu de role sur micro, puisqu'on a deja la serie des Wizardry
qui debute sur Apple 2 (mais attention le tarif de la machine .....), ou Ultima de Richard Gariott (sans
parler de M.U.D et Zork dans les seventies), mais moi je veux vous en parler parce qu'il est le premier
auquel j'ai joué, tout simplement !
Bon alors comment ça se presente
ce jeu ? Bien pour tout vous dire, au début je m'attendais à mieux. Il faut l'avouer Tyrann
au niveau graphismes, c'est pas folichon. Le jeu demarre sur une page sobre où on doit faire la
création des personnages, 6 en tout, une belle brochette de héros qui va du magicien en
passant par le voleur et le guerrier ainsi que le druide, avec chacun leurs competences. Toute l'action
se passe dans un dongeon en 3D fil de fer dans lequel on avance case par case, vu à la première
personne pour un peu plus y croire. De temps en temps on trouve des portes que l'on peut ouvrir ou pas.
Eh oui, à nous d'avoir la clef ! On y trouve aussi des monstres bien entendu, des hordes de zombies
ou autres gobelins qui ne sont là rien que pour nous embêter moi et mon equipe ! Autant vous
le dire tout de suite, on ne les voit jamais ces bestioles. Dès qu'il ya une rencontre ou un combat,
tout se passe en mode texte..... Alors la vous vous demandez : mais qu'est ce qu'il a pu lui trouver a
ce jeu où on ne voit rien ? Dur à expliquer. Comment vous le dire, je crois que l'écran
de jeu était dans ma tête. J'ai les neurones du cerveau qui à chaque description donnée
par la machine retranscrivait parfaitement la scène. Je ne jouais pas, j'y etais, avec toute mon
équipe et puis il faut le dire, il n'existait pas encore de jeux inscrivant une realité
aussi nettement sur écran que le pouvoir de notre imaginaire. C'était en ça que ce
jeu etait magique : j'etais libre d'interpreter chaque moment vecu !

Ce petit échantillon de 3 jeux
que je vous ai choisi n'est que purement sentimental je vous l'avoue. D'autres que moi auraient certainement
fait un autre choix, mais j'assume et espère que ça vous donnera surtout une idée
de l'état d'esprit d'une certaine catégorie de joueurs de cette époque . De toute façon rien ne vous empêche d'utiliser l'excellent
Euphoric qui émule toutes les machines Oric. Il m'a d'ailleurs permis d'obtenir les photos d'écrans
que vous avez devant les yeux, et il vous permettra de vous exercer sur les centaines des jeux qui sont
sortis couvrant tous les styles et pour tous les goûts ... Les
roms, je vous laisse le soin de les trouver par vous-même, elles sont disponibles dans toutes les
bonnes crèmeries du web qui se respèctent ; à vous de savoir frapper à la
bonne porte! ;)
Conclusion : Les nouvelles du front
oricien
Figurez-vous qu'en décidant
de faire cet article je me suis retrouvé à faire pas mal de recherches sur le net et que
de pages en pages j'ai découvert qu'une communauté de vétérans continuent
à se servir de leur machine favorite, et mieux usent d'ingéniosité et du fer
à souder pour le faire evoluer. Le CEO ( Club Oric Europe ) a l'air toujours bien vivant et a son
propre site ou vous pouvez trouver toutes les news fraîches du monde Oric . Des
passionnés continuent de developper des jeux ou des utilitaires sur cette plateforme, et comme
je vous le disais certains font evoluer leur ordinateur en usant de multiples astuces, logeant la carte
mère dans un boitier PC et y connectant des lecteurs de disquette 3,5 "ou 5.25".
A ce niveau la on depasse le stade
de la passion. J'ai même lu que certains téléstrat servaient encore en tant que serveurs
télématique et que des demomakers sévissaient sur la bête afin de lui faire
cracher ses tripes jusqu'au dernier pixel !

1. Un Téléstrat
de compétition ! 2. L 'Atmos se pécéise !
Même aprés leurs années
de gloire , les-8 bits continuent une carrière et grace à l'avenement du web comme média
tout le monde peux découvrir ce qu'il y avait avant l'ère de l'uniformisation des supports
, les machines Oric font partie de cette famille d'ordinateurs qui ont marqué une génération
, pourra-t-on dire la même chose de nos pc clonés et sans "âme" dans quelques années.......
Soreal