Cette année venante, je travaille afin de tenter les concours d'Agrégation de Lettres Modernes. Cela fait donc plus ou moins un mois et demi que j'ai commencé à travailler, en prenant cependant mon rythme à venir dès aujourd'hui. Après avoir donc lu du Robbe-Grillet, du Botho Strauss et du Montaigne (qui a toujours été, est et sera sans doute mon auteur du 16ème favori), je me suis plongé dans les Poésies d'Amour de Charles d'Orléans. Comme vous le savez sans doute, il fut enfermé près de 25 ans lors de la guerre de cent ans par les anglais, en Angleterre, et il y bâtira la plupart de son œuvre, qui mêle récits d'amour et autobiographie, la douleur d'être loin de son aimée se double de celle de l'emprisonnement, et les questions de politiques subtiles sont ré-interprétées à la façon d'une "Carte de Tendre" (si on accepte l'anachronisme), où Danger, Peur et Tristesse affrontent Amour, Espoir et Loyauté. Le cœur et la tête souvent discutent et se répondent, et le tout reste très agréable à lire.
Je voulais juste vous faire partager deux ou trois pièces que je jugeais assez "touché" pour l'époque et le genre (on y voit -- sans doute -- une des inspirations de François Villon) :
--------------------------------
XIV (Ballade)
Quelles nouvelles, ma maistresse ?
Comment se portent noz amours ?
De ma part je vous fais promesse
Qu'en un propos me tiens tousjours,
Sans jamais penser le rebours :
C'est que seray toute ma vie
Vostre du tout entierement ;
Et pour ce, de vostre partie,
Acquittez vous pareillement.
Combien que Dangier et Destresse
Ont fait longuement leurs sejours
Avec mon cueur, et par rudesse
Luy ont moustré d'estranges tours,
(Helas ! en amoureuses cours,
C'est pitié qu'ilz ont seigneurie)
Si mettray paine que briefment
Loyaulté sur eulx ait maistrie :
Acquittez vous pareillement.
Quoyque la nue de Tristesse
Par un long temps ait fait son cours,
Après le beau temps de Lyesse
Vendra qui donnera secours
A noz deux cueurs, car mon recours
J'ay en Espoir, en qui me fie,
Et en vous, Belle, seulement :
Car jamais je ne vous oublie ;
Acquittés vous pareillement.
Soiés seure, ma doulce amie,
Que je vous ayme loyaument.
Or, vous requier et vous supplie,
Acquittiez vous pareillement.
------------------------------------
LIX (chanson)
Levez ces cuevrechiefs plus hault
Qui trop cuevrent ces beaulx visages ;
De riens ne servent telz umbrages,
Quant il ne fait hale ne chault.
On fait a Beaulté, qui tant vault,
De la musser tort et oultraiges :
Levez ces cuevrechiefs plus hault
Qui trop cuevrent ces beaulx visages.
Je sçay bien qu'a Dangier n'en chault,
Et pense qu'il ait donné gaiges
Pour entretenir telz usages ;
Mais l'ordonnace rompre fault.
Levez ces cuevrechiefs plus hault !
-----------------------------------------
Voilà, vous pouvez reprendre une activité normale
_________________
Viresque Acquirit Eundo