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Index du Forum » » Jeux » » I believe(d) in Yesterday... [Yesterday & Yesterday Origins]
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Auteur I believe(d) in Yesterday... [Yesterday & Yesterday Origins]
MTF
Modérateur groovy


Joue à faire l'imbécile.

Inscrit : Jan 28, 2005
Messages : 6665
De : Caen

Hors ligne
Posté le: 2017-05-06 15:02
Après le succès en demi-teinte de The Next Big Thing, dont j'ai parlé sur le site et qui n'est pas parvenu à être aussi populaire que la saga des Runaway, Pendulo Studios s'est lancé en 2011 dans une autre série, celle des Yesterday. Cette histoire, qui semble être close, compte deux épisodes : Yesterday et Yesterday Origins. Je vais sans doute être méchant ici, mais je n'ai pas réellement apprécié ces jeux et ce malgré leurs qualités ; mais leurs défauts sont bien trop nombreux pour être ignorés.

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L'histoire de ces deux épisodes tourne autour du personnage de John Yesterday, un new-yorkais d'une trentaine d'années exerçant la profession de détective privé. Pour une raison qu'il nous faudra découvrir, il est amnésique et ne connaît rien de son passé. Au début du premier jeu, il est embauché par Henry White, un milliardaire débonnaire, pour enquêter sur la mort étrange de plusieurs sans abris, et son employeur l'encourage, chemin faisant, à en apprendre davantage sur son passé...

La patte du développeur se reconnaît immédiatement dans ces jeux. On retrouve ces personnages à mi-chemin entre trois dimensions et dessin animé, et les décors sont souvent magnifiques comme en témoignent les captures que je mettrai au long de ce message. La technique me semble cependant un peu moins assurée que dans Runaway 3 ou dans The Next Big Thing, et si la modélisation des éléments mobiles, personnages et objets, est assez bien réussie, l'animation est robotique et manque singulièrement de personnalité. Cela m'a fait, personnellement, assez souvent sortir du jeu et ce quand bien même le logiciel, qui permet aux mouvements des bouches de correspondre aux différentes voix des doubleurs, fonctionnerait assez bien. Je ne trouve pas, me concernant, la musique à l'avenant et ce bien que le thème principal soit plutôt agréable, et le doublage alterne les hauts et les bas, est globalement médiocre - dans le sens étymologique du terme - sans que rien ne ressorte. En un mot comme en cent, le jeu ne brille sans doute pas pour ces qualités plastiques mais on ne peut, non plus, lui reprocher quoi que ce soit le concernant.

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En fait, je reprendrai ici les reproches que j'adressai précédemment aux derniers jeux du studios : une "étroitesse" et une "maladresse" du propos qui le rend finalement maladroit, incompréhensible voire, et c'est sans doute plus grave encore, ennuyeux. Les défauts entre les épisodes sont partagés, mais ils s'expriment différemment ce me semble. Le premier Yesterday se parcourt certes sans appétence, mais également sans ennui marqué et ne pèche que par sa durée de vie ridicule et sa difficulté négligeable. J 'aurai mis quelque chose comme 4 heures à le terminer la première fois. Il est plusieurs bonnes idées pourtant : on dirige de nombreux personnages, on parcourt autant de "flashs-backs" que de souvenirs revenant à John le long de son enquête, le propos est concentré et ne se perd pas dans de fausses pistes enquiquinantes. Malheureusement, cette concentration épure lamentablement ce qui fait le sel d'un jeu d'aventure, et ce qui faisait le sel des jeux Pendulo Studios surtout : plutôt que des dialogues, les héros jettent des sujets de discussion secs et sans réel humour, les descriptions d'objet sont muettes et prises en charge par un narrateur extérieur sans personnalité, les interactions avec le décor sont peu nombreuses. J'ai eu l'impression d'avoir là une sorte de "jeu d'aventure pour débutants", ce qui n'est pas nécessairement déplaisant pour qui découvrirait le genre avec ce jeu, mais cela se fait hélas au détriment du plaisir ludique en général.

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Le premier épisode se terminait par une sorte de cliffhanger, du moins il laissait en suspens un certain nombre d'éléments qui demandaient réponse. La suite, Yesterday Origins, promettait d'y répondre et l'on pouvait espérer, cette fois-ci, quelque chose de mieux conçu : après tout, quatre ans séparent les deux épisodes. Si le jeu est bien plus ambitieux, il a peiné cependant à me plaire et même, je le trouve plus mauvais que le premier et ce nonobstant les critiques spécialisées qui ont été, à ma grande surprise, très bienveillante à son égard - à l'exception du test de Gamekult qui rejoint cette fois-ci assez bien mon ressenti. Non seulement les points que j'ai soulevés se retrouvent mais, de plus, je rajoute que le doublage français est cette fois-ci passablement mauvais, que certaines énigmes sont volontiers tarabiscotées et obscures, que l'histoire frise souvent l'incompréhensible. En fait, le jeu ne répond quasiment pas aux grandes questions du premier épisode, tout au plus se conçoit-il comme une intrigue indépendante tournant toujours autour du personnage de John Yesterday et même si l'on peut prendre plaisir à suivre ses tribulations, la fin de l'aventure laisse un goût amer tant elle est expédiée en deux coups de cuillère à pot. L'écriture est également assez faible : si on retrouve de temps à autres un bon mot ou une référence choisie, du pedigree de celles qui ont fait la gloire des Runaway, on a souvent affaire à des blagues lourdingues voire approximatives, peu engageantes et qui m'ont véritablement freiné, plus d'une fois, dans mon élan.

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Il est cependant des fulgurances qui peuvent plaire, mais elles sont le plus souvent gâchées par une maladresse de dernière minute. Ainsi, le jeu imite plus d'une fois une présentation "à la bande dessinée", où les actions des personnages, ou certains détails, sont détourés par un cadre blanc imitant une case. Si la juxtaposition de celles-ci donnent effectivement une impression de célérité, leur répétition pour le moindre événement, de la course-poursuite au fait de ramasser un verre sur une table, terrasse leur effet et contribue même à l'étroitesse générale du jeu. Autre idée intéressante, celle d'observer attentivement les personnages secondaires afin de trouver sur eux tel ou tel indice permettant de trouver leurs faiblesses : si cela permet de jouir de la bonne modélisation de ces héros, cela rend la complétion des énigmes parfois douloureuse. Effectivement, on n'observe pas le personnage "en entier" mais on doit le faire tourner sur son axe pour trouver des points d'intérêt et les observer méthodiquement. J'ai donc été bloqué plus d'une fois car bien qu'ayant analysé tel ou tel personnage, j'avais négligé qui son nez, qui sa main, et cela ne débloquait donc point un dialogue ultérieur nécessaire pour poursuivre la partie.

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Autre élément qui, sur le papier, apparaît comme une bonne idée mais que le jeu peine, hélas, à concrétiser : les interactions sur les décors et le système d'indices. Dans Yesterday Origins, on ne ramasse jamais directement un objet dans le décor. Chaque zone interactive provoque un "zoom" dans lequel il nous faut naviguer pour trouver ceci ou cela. Si je puis comprendre l'intérêt pour les armoires ou les bureaux garnis, car cela permet d'éviter la "chasse au pixel" dont on connaît l'injustice, je ne vois guère l'intérêt pour un téléphone ou un seau ne contenant qu'un seul type d'objet. Surtout, lorsque le zoom s'opère dans ces derniers cas, et quand bien même n'y aurait-il qu'une et une seule zone interactive, il faut absolument mais légèrement bouger la caméra pour faire apparaître l'interaction, ce qui est parfaitement stupide. Le système d'indices part aussi d'une bonne intention : il s'agit d'une systématisation d'un principe qui avait déjà cours dans le premier Runaway, c'est-à-dire qu'il faut que le personnage ait lui-même compris la finalité d'une action pour la concrétiser, souvent par l'intermédiaire d'une observation attentive de son environnement. Ici, ces éléments de compréhension apparaissent comme des sortes d'objets d'inventaire que l'on peut utiliser pour résoudre des énigmes. Malheureusement, ils sont parfois contre-intuitifs et nuisent à la clarté générale de l'aventure, et on finit alors paradoxalement par tout tenter sans comprendre tout à fait ce dont il retourne plutôt que de faire preuve de jugeote. Comme, de toute façon, il n'y a pas grand nombre de possibilités dans le jeu, l'on peut toujours gagner par la force brute, ce qui rend l'inclusion de ce système sinon inutile, du moins bancal.

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Pour conclure, je suis infiniment partagé. Si j'étais un tant soit peu objectif, je serai très, très critique envers ce diptyque à l'histoire incompréhensible et mal narrée, aux énigmes soit trop simples, soit tarabiscotées, au doublage expédié, aux héros ennuyeux, aux seconds couteaux sans réel génie, aux blagues lourdes, à la durée de vie médiocre. Ce sont là des défauts qui existaient déjà dans Runaway 3, ou dans The Next Big Thing et loin de les corriger, Pendulo Studios les a amplifiés, à mon grand regret.

Mais d'un autre côté, je parle là de Pendulo Studios. C'est le développeur qui a redynamisé le jeu d'aventure, qui m'a offert des heures de plaisir avec Runaway et Runaway 2, et je juge ce dernier comme étant l'un des plus grands jeux du genre, toutes périodes confondues. Je ne peux envisager qu'il s'agissait là, surtout pour l'un de leurs premiers titres, d'un accident de parcours et je pense, mais c'est à vérifier, que des événements internes au studio (compression de personnel ? problèmes budgétaires ? fuite d'eau ?) conduisirent ces jeux à être bien en-deçà de la qualité que l'on était en droit d'attendre. Une part de moi veut alors continuer à les supporter, en espérant que leur prochain titre saura être plus engageant. Mais en attendant, je ne peux pas vous conseiller l'achat de ces jeux, ou alors à prix (très) réduit, sous peine d'être incomparablement déçu...

  Voir le site web de MTF
JC
Camarade grospixelien


Joue à Quantum Break

Inscrit : Apr 15, 2002
Messages : 8585
De : la contrée de la demi-fibre

Hors ligne
Posté le: 2023-10-26 16:19
Mieux vaut tard que jamais, j'ai joué à Yesterday (2012) et Yesterday Origins (2016) cette année.

MTF tu es quand même un peu dur avec ces deux jeux... Soit ça, soit tu es un peu gentil avec Runaway 2 . Je veux dire, c'est à ce jour l'une de leurs meilleures productions, pas de souci la-dessus, mais à bien y réfléchir je ne l'ai pas trouvé si supérieur que ça à Yesterday... Je comprends tous tes arguments, et fondamentalement je suis d'accord sur plein de choses, mais pour beaucoup j'y accorde moins d'importance. Par exemple, un jeu d'aventure en point'n click qui se termine en 4-5 heures, pour moi ça reste OK. C'est dans la moyenne basse mais ça va, et je dirais même que 8 heures, ça commence à faire long pour ce type de jeux, il faut une histoire riche et solide pour que ça fonctionne sur la durée (au hasard, The Longest Journey). Toutes les histoires ne méritent pas d'être étirées, tous les jeux ne gagnent pas à être tordus ou difficiles.

Bref, pour faire court, c'était sympa, pas exempt de défauts, mais avec son lot de bonnes idées qui fonctionnent, dans la veine d'une production Pendulo Studio. Yesterday était très satisfaisant. Origins est plus chaotique, mais toutes les séquences en flashback fonctionnent bien et sauvent le jeu.

Pour faire un peu plus long quand même, on retrouve ce qui fonctionne dans les Runaway, et on retrouve aussi ce qui fonctionne moins, pour le coup je n'ai pas été tellement dépaysé de la part de Pendulo, si ce n'est que Yesterday a pris (de gré ou de force vu la santé du studio à ce moment-là) une direction moins humoristique, pour viser plus large et permettre au Studio de se renouveler et survivre à l'après Runaway. Difficile de rester objectif quand on sait, justement, à quel point Yesterday correspond à un tournant décisif pour Pendulo (avec Yesterday, et l'échec du crowdfunding d'un projet nommé Day One, Pendulo est passé à deux doigts de la banqueroute). Ca me donne envie d'être plus magnanime, alors que Runaway 2 et 3 n'ont pas d'excuses ^^. Un peu de contexte :

Runaway 2 (et 3), c'est le jeu de la carte blanche, la suite d'une production dont on a coutume de dire qu'elle a ressuscité un genre..... ce en quoi soi-dit en passant, je ne suis pas d'accord, Runaway n'a rien ressuscité du tout. Mais ça c'est un autre débat. Bref. Runaway 2, donc, c'est une suite où les développeurs peuvent tout se permettre, et prendre le temps pour le faire. (Le jeu est sorti en 2006).

Yesterday, à l'inverse, fait suite aux échecs successifs de Runaway 3 (2009) sur console et The Next Big Thing (2011). Alors Runaway 3, c'est presque un jeu de commande, l'équipe qui a bossé dessus était assez lasse de ces personnages, je ne sais pas jusqu'à quel point ça a pu impacter le développement, mais ça méritait d'être dit. The Next Big Thing est un peu particulier. Comme le souligne l'article qui lui est consacré sur Grospixels (pub!), il s'agit de la suite spirituelle d'un jeu moins connu chez nous, Hollywood Monsters (1997), et qui est LE point'n click de Pendulo. Très attendue en Espagne, trop attendue même, cette suite qui n'en est pas vraiment une n'a pas marché. Le jeu est dense, mais paraît du coup plus court que la moyenne, parce qu'on progresse assez vite dans des environnement qui ne varient pas beaucoup. Après ces deux jeux, Pendulo a perdu la confiance de l'éditeur Focus, qui a attribué pour Yesterday un budget plus faible (le quart de Runaway 3), des délais plus courts, une équipe réduite, bref, des conditions difficiles. (Et en plus y'avait une fuite d'eau dans les locaux --nan je déconne).

Pendulo a donc changé de stratégie : scénario plus sombre, plus sérieux, et paradoxalement plus grand-public dans son gameplay avec des énigmes moins complexes et un jeu plus court. Et, en parallèle, incapable de sortir de l'ombre des Runaway, Pendulo a développé un autre épisode (un hidden game sur iOS) et des versions portables de la trilogie...

Tout ça n'a pas empêché Yesterday de se planter sur PC, injustement selon moi parce que franchement j'ai passé un agréable moment, même si, oui, le manque de budget et de temps de finition se font parfois sentir. Faut dire aussi que le combo grand-public + histoire dark avec morts et tortures, c'était pas forcément l'idée du siècle. Le jeu a toutefois bien marché sur iOS, dépassant les ventes micros. Selon moi, Yesterday reste un bon jeu, et a par moments quelques fulgurances : le premier chapitre, qui sert grosso-modo de didacticiel tout en introduisant le grand gentil (et un side-kick) et le méchant (et son acolyte), est même excellent. Pour le coup j'hésite à spoiler... En gros, on comprend à la fin du 1er chapitre que jusqu'à présent, on a joué le méchant, et le type d'abord perçu comme un méchant, est le gentil. Et qu'en plus il s'est fait tuer. Et qu'il ressuscite. Immortel. Et amnésique. Et là, l'histoire commence vraiment.
La manière dont tout est narré, et plus globalement les différentes événements qui se produisent, ont parfois une mise en scène un peu expéditive, qui paraîtra curieuse voire confuse si on n'est pas attentif. Mais c'est une caractéristique propre à tous les jeux Pendulo, et j'ai même envie de dire, propre aux productions espagnoles (jeux ou autres). C'est dans la façon de montrer, de façon très succincte, des choses pourtant importantes pas la suite. Du coup je ne suis pas surpris qu'on puisse trouver Yesterday confus (surtout Origins, qui est très riche en flashbacks et en ellipses). Perso j'ai trouvé l'histoire limpide, mais y'a des raccourcis parfois un peu crus.

'fin bon. Pendulo ne produira ensuite plus de jeux pendant 4 ans, est passé des mains de Focus à celles de Microïds, et reviendra par la petite porte avec Origins, suite (et préquelle vus les nombreux chapitres en flashback) de Yesterday. Pour le coup je l'ai trouvé plus intéressant mais aussi plus chaotique. Toutes les parties en flashbacks sont excellentes, ce qui se déroule dans le présent est moins convaincant. En fait, ils auraient du en faire une trilogie : Origins en tant que pur préquel, et un troisième opus dans le présent, plus proche du 1, pour réellement conclure l'histoire. Ça résolvait tous les problèmes de personnages secondaires parfois mal introduits ou mal exploités (ex: la nana des catacombes sort vraiment d'un chapeau), ça laissait plus de temps pour développer cet univers.

Concernant l'avenir, je n'ai pas encore fait Blacksad (il est dans mon backlog depuis longtemps, prévu pour bientôt), mais je ne m'inquiète pas trop. Je suis un peu plus dans le doute pour l'après. Sous la coupe de Microïds, Pendulo va inévitablement bosser sur l'une ou l'autre de leurs trouzemille licences. Ca n'en fera pas des mauvais jeux pour autant, faut voir, mais je crois qu'on peut dire au revoir aux univers inédits. (En l'occurrence, ils ont bossé sur Blacksad, Vertigo, et tout récemment Tintin)... A Voir...

[Edité pour longueur]

  Voir le site web de JC

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