Je viens de terminer l'intégrale de
Daria, et je me dois de vous en parler.
Daria, au départ, est un personnage de la série Beavis & Butt-Head, qui a eu droit à son spin off, qui est maintenant plus apprécié que la série d'où elle est issue.
Au début de la série,
Daria Morgendorffer (au centre) emménage avec sa famille dans la ville de Lawndale, et intègre son lycée. C'est une adolescente à l'intelligence supérieure à la moyenne, à tel point qu'elle n'a jamais éprouvé le moindre intérêt envers ses congénères. Elle est sarcastique, cynique, et un poil nihiliste, à tel point qu'elle n'arrive même plus à être déçue par le monde qui l'entoure. En fait, elle n'aime pas beaucoup les gens. Mais ce qui lui évite d'être antipathique, c'est qu'elle n'est pas tendre avec elle-même non plus.
Sa petite sœur,
Quinn, est son exact opposé : coquette, frivole, évaporée et apparemment pas très futfut', elle semble avoir pour seul point commun avec sa sœur une capacité certaine à extorquer de l'argent à ses parents.
Sa mère,
Helen, est une avocate d'affaires qui travaille 16h par jour et dont les talents culinaires se limitent à la cuisson de lasagnes surgelées. Son père,
Jack est consultant (en quoi ? On ne le saura jamais vraiment), et a constamment au bord de la dépression et/ou de l’infarctus.
Au lycée, Daria va avoir un mal fou à s'intégrer (pas qu'elle essaye vraiment, notez), se faisant une seule amie :
Jane, une artiste, marginale comme elle, pas tout à aussi cynique, mais pas loin, mais avec néanmoins de bien meilleurs aptitudes sociales.
Une des forces de
Daria est sa galerie de personnages : s'ils sont tous caricaturaux, ils ne sont pourtant pas sans nuance, comme
Jodie, élève afro-américaine soucieuse de monter l'exemple,
Britanny, pom pom girl complètement neuneu mais atrocement gentille et capable de fulgurances intellectuelles, ou encore
Trent, le grand frère de Jane, chanteur du groupe Spirale Mystique (mais ils pensent à changer de nom), glandeur de première qui n'est pas dénué de bon sens entre deux trips musicaux. Même ceux qui ne sont là que pour la rigolade (
Kevin le quaterback débile,
Upchuck le dragueur invétéré, ou mes préférées, le nid de vipères du
Club de la Mode) apportent leur pierre à l'édifice.
Parce que Daria ne serait pas très intéressant, du moins pas très longtemps, s'il ne s'agissait que des complaintes d'une asociale sur le monde qui l'entoure. Daria est cynique, oui, mais elle a 16 ans, et malgré tout ce qu'elle peut faire croire, voire elle-même penser, elle est sujette aux atermoiements d'un adolescent lambda, et, pétrie de principes comme elle l'est, elle est souvent mise devant ses propres contradictions. Comme dans cet épisode où elle choisit de porter des lentilles, soi-disant pour conduire, et refuse de retourner aux lunettes par pure coquetterie alors que ses lentilles la brûlent. Ou son inexplicable béguin pour Trent. Ou, pire encore, lorsqu'elle réalise que ses parents ou même ses profs peuvent également faire preuve de bon sens, même sans être logiques.
On n'est pas n'importe quelle série, et Daria ne se transformera jamais en fille populaire comme dans un teen-movie, et elle campera le plus souvent sur ses positions. Tous les épisodes n'ont pas pour objet de confronter Daria à des dilemmes : la plupart sont purement à but récréatifs, et tous le réussissent : les histoires sont d'une remarquable consistance, et si les moments de pure rigolade sont peu fréquents, j'ai eu personnellement le sourire aux lèvres tout le long des 5 saisons + 2 téléfilms qui constituent la série.
Un autre point remarquable de la série, c'est son identité non seulement visuelle, mais aussi sonore : elle a été diffusée en premier sur MTV de 1997 à 2001, et la chaîne disposait des droits de toute la musique qu'elle diffusait par ailleurs. Daria peut donc se vanter d'avoir la BO la plus ancrée dans son époque de l'histoire des séries télé, car ce sont des dizaines de chansons dont on a pu entendre des extraits : par exemple, dans l'épisode 303, on a droit à Pulp, Cake, Jay-Z, Mariah Carey, Lauryn Hill, Georges Michael et Fatboy Slim.
Le souci, c'est que MTV n'avait pas négocié les droits pour la diffusion vidéo, et c'est pourquoi la série n'était jamais sortie en DVD jusqu'à l'an dernier. Suite aux demandes des fans, une édition expurgée de 99% des morceaux (remplacés par des covers ou des musiques génériques) est sortie aux USA, sans VF qui plus est (mais on trouve la VF d'origine facilement sur le net, chut). Sans sa BO, Daria perd pas mal de son charme.
Un mot sur la VF : le doublage est plutôt bon (plutôt meilleur qu'en VO, même), même si l'équipe de doubleurs est très restreinte (une demie-douzaine). Cela offre des scènes un peu surréalistes, mais on n'y fait vite plus attention, d'autant que le doublage et l'adaptation sont de qualité par ailleurs, mis à part quelques ratés de traduction et des jeux de mots
lost in translation. De plus, l'ensemble s'améliore grandement de saison en saison (la doubleuse de Quinn, notamment, fait des merveilles).
Bref, tout ça pour vous dire que vous auriez tort de passer à côté de
Daria, qui a en plus le mérite, pour les gens débordés que nous sommes, d'être assez courte (seulement 13 épisodes par saison).
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Ils sont tous méchants (sauf Sega, qui est juste con).