"D'accord Force Créatrice, vous vous chargez de la qualité, je prendrai soin de la quantité."
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Joue à SuperMarioWorld [PSP]
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Posté le: 2012-12-03 23:46
Citation :
Le 2012-11-30 15:25, chatpopeye a écrit :
Nuit de neige
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.
Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.
Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
Guy de Maupassant
A vot'bon coeur...
Je suis plus glauque que mes petits copains, mais l'accumulation de termes morbides me fait comprendre le dernier vers comme "les petits piafs n'ayant plus d'abri, ni rien à manger, attendent patiemment la mort arriver".
chatpopeye Camarade grospixelien
Joue à Cairn
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Posté le: 2012-12-04 08:29
C'était l'autre hypothèse que j'avais en tête. La première, même...
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Joue à faire l'imbécile.
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Posté le: 2012-12-04 09:04
Voir la mort dans tous les poèmes de cette période qui ont des termes morbides est une erreur commune en matière d'herméneutique littéraire, comme en témoignent pas mal d'analyses de poèmes de Leconte de Liste, tel Le sommeil du Condor :
Citation :
Par-delà l'escalier des roides Cordillères,
Par-delà les brouillards hantés des aigles noirs,
Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs
Où bout le flux sanglant des laves familières,
L'envergure pendante et rouge par endroits,
Le vaste Oiseau, tout plein d'une morne indolence,
Regarde l'Amérique et l'espace en silence,
Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids.
La nuit roule de l'est, où les pampas sauvages
Sous les monts étagés s'élargissent sans fin ;
Elle endort le Chili, les villes, les rivages,
Et la mer Pacifique, et l'horizon divin ;
Du continent muet elle s'est emparée :
Des sables aux coteaux, des gorges aux versants,
De cime en cime, elle enfle, en tourbillons croissants,
Le lourd débordement de sa haute marée.
Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier,
Baigné d'une lueur qui saigne sur la neige,
Il attend cette mer sinistre qui l'assiège :
Elle arrive, déferle, et le couvre en entier
Dans l'abîme sans fond la Croix australe allume
Sur les côtes du ciel son phare constellé.
Il râle de plaisir, il agite sa plume,
Il érige son cou musculeux et pelé,
Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes,
Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant,
Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.
C'est pourtant la plénitude de l'oiseau avec la nature qu'il convient d'analyser ici. Je penche pour Maupassant plutôt sur le rôle de la nature comme gardienne absolue de l'Homme pendant la nuit calme ("Plus de chansons", "Pas un bruit, pas un son"). La découpe rythmique semble épouser cette analyse : si on regarde les différents couplets, on a :
Couplet 1 : vers en 6/6 avec coupure franche à l'hémistiche qui épouse la découpe syntaxique ou typographique du vers.
La grande plaine est blanche // immobile et sans voix
Pas un bruit, pas un son // toute vie est éteinte
Mais on entend parfois // comme une morne plainte
Quelque chien sans abri // qui hurle au coin d'un bois
Couplet 2 : idem, mais l'hyperbate du vers 8 annonce un déséquilibre alors que les vers précédents faisaient états d'une plénitude absolue remise en cause par les deux derniers, comme on l'observait dans le premier couplet. La différence étant que cette plénitude n'est plus surplombante dans le couplet qui le suit.
Plus de chansons dans l'air // sous nos pieds plus de chaumes
L'hiver s'est abattu // sur toute floraison
Des arbres dépouillés // dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis // ainsi que des fantômes. => Le choix de "ainsi" comme adverbe de comparaison plutôt que "comme" de même longueur témoigne bien selon moi, à la lecture, de l'amphibologie latente de la formulation où l'on hésite un instant entre comparaison et hyperbate. Les deux interprétations sont valables je pense.
Couplet 3 : les vers 9 et 11 ont une structure identique avec un vocatif initial qui déséquilibre le vers en 1 - 11, découpé pour le vers 9 en 1 - 5 - 6 et pour le 11 en 1 - 3 - 8.
Oh // la terrible nuit // pour les petits oiseaux => perte de l'harmonie de l'alexandrin
Un vent glacé frissonn//e et court par les allées => l'hémistiche ne correspond pas à la découpe syntaxique du fait de la synérèse de liaison
Eux // n'avant plus // l'asile ombragé des berceaux => la mise en avant d'un décasyllabe épique annonce le futur retour à l'ordre
Ne peuvent pas dormir // sur leurs pattes gelées. => ordre reconquis
Couplet 4 : On retrouve la découpe initiale du premier couplet : dans la plénitude silencieuse les oiseaux demeurent les gardiens
Dans les grands arbres nus // que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants // sans rien qui les protège (on peut même faire "ils sont là // tout tremblants //", ce qui donne une impression de progression et d'amplification)
De leur œil inquiet // ils regardent la neige (on remarque la diérèse sur "inqu-i-et" qui allonge le mot et qui est le point focal du couplet. Le terme, à mon sens, est à prendre dans son sens premier, "qui n'est pas quiet", soit "qui ne s'abandonne pas au repos", "qui ne dort pas")
Attendant jusqu'au jour // la nuit qui ne vient pas (la nuit devenant "le sommeil").
Bien entendu, plusieurs interprétations peuvent se télescoper, mais partir comme première hypothèse sur la mort, sous toutes ses formes, est pour moi une erreur classique d'interprétation.
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Posté le: 2012-12-04 09:16
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Posté le: 2012-12-04 09:23
MTF c'est un peu notre Néo à nous, qui voit la structure matricielle des choses, première étape avant de devenir un dieu.
C'est fou tout ce que l'on peut dire d'un poème (ou de toute création d'ailleurs). J'en reste à l'impression et à la musicalité mais c'est à peine effleurer la chose.
Mais une question me turlute: Maupassant avait-il en tête toute cette mathématique? A-t-il écrit ces vers tel un général préparant son attaque avec la carte du champ de bataille?
Où ne sommes-nous que des rampants condamnés à commenter le génie pour nous en rapprocher un peu?
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Joue à faire l'imbécile.
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Posté le: 2012-12-04 09:28
Citation :
Le 2012-12-04 09:23, Niloc-Nomis a écrit :
Mais une question me turlute: Maupassant avait-il en tête toute cette mathématique? A-t-il écrit ces vers tel un général préparant son attaque avec la carte du champ de bataille?
Où ne sommes-nous que des rampants condamnés à commenter le génie pour nous en rapprocher un peu?
Ça, c'est une fausse question qui ne regarde que les sainte-beuvistes, mais surtout pas les commentateurs. Ce n'est pas l'homme que l'on décrit, mais bien son poème ou son travail en règle générale. Qu'il ait pensé à cela ou non au moment de l'écriture n'a aucun intérêt au regard des structures et des éléments que l'on peut dévoiler : parfois cela a été fait sciemment, parfois c'est de l'ordre de l'inconscient et lui-même n'était pas au courant. C'est la source de la fameuse anecdote qui se raconte dans le milieu : Aragon avait assisté, incognito, à une conférence portant sur l'étude de son œuvre et, à la fin de la session, était allé voir le chercheur en lui disant "Dis donc, il doit être sacrément intelligent cet Aragon dont vous parlez !". Et le chercheur, qui bien sûr l'avait reconnu, lui répondit : "Mais ce n'est pas d'Aragon l'homme que vous êtes dont je parle, mais de l'Aragon auteur, que vous n'êtes pas ici."
mwai moi je suis convaincu qu'on fait dire ce qu'on veut aux poemes. On va chercher des explications tordues à des concepts simples.
Parce que bon à la base, les mecs ecrivaient des poemes pour se taper de la grognasse emouvoir de gentes demoiselles et eventuellement conclure.
Faut pas chercher plus loin moi je dis _________________
Parce que bon à la base, les mecs ecrivaient des poemes pour se taper de la grognasse emouvoir de gentes demoiselles et eventuellement conclure.
'm'étonnerais... la poésie c'est un truc de pédé c'est bien connu
Sinon c'est chouette d'avoir des études de textes... c'est un gros manque de la vie professionnelle (hors chercheurs et profs ^^).
V'là que je regrette le bahut _________________
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Joue à Lost Judgment
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Posté le: 2012-12-04 14:31
J'ai toujours détesté le commentaire de texte au lycée, je trouvais ça vain et artificiel. Je choisissais systématiquement la dissertation, que je trouvais bien plus simple, y compris en philo, car ça m'évitait de devoir réviser mes textes (même si ma prof n'a jamais cessé de me le reprocher). _________________
Ils sont tous méchants (sauf Sega, qui est juste con).
Moi aussi mais ça vient surtout de la manière dont (c'est ?) c'était enseigné.
On ne m'a jamais expliqué pourquoi maîtriser à ce point la langue et à quoi servait les maths, je ne l'ai compris qu'au cours d'études supérieurs mais surtout grâce à mon colloc' de l'époque (une tronche) et moins par les profs (même si certains assuraient... c'est juste qu'on se comprenait pas ).
Au bahut, les seuls cours que je kiffais étaient la biolo' et l'histoire/géo parce que à l'époque on diffusait les séries "Il était une fois la vie, les Amériques, les découvreurs"... et puis c'est assez concret comme cours.
Mais français et math, ça a un côté "artistique" (que j'aime bien, c'est mon métier) mais ces profs ne demandaient pas de l'artistique _________________
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Le 2012-12-04 14:22, JiPé a écrit :
'm'étonnerais... la poésie c'est un truc de pédé c'est bien connu
Tapette mr, ne soyons pas sectaire.
Blague à part, le commentaire de texte c'etait vraiment n'importe quoi. Vu que c'etait ma grande période je lis entre les lignes et tout ce rapporte au cul (wai j'etais en pleine puberté), je pondais des gros pavets avec des sens cachés bien tordu.
Mais bon comme le prof ne savait pas non plus ce qu'il fallait trouver, la littérature c'est pas une science exacte, je me tapais de bonnes notes dans l'ensemble.
La philo j'ai jamais aimé. Nan mais sérieux en quoi Blade Runner et Akira c'est moins crédible qu'un mec qui mange son caca (j'ai les noms) ? _________________
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Joue à Freelancer
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Posté le: 2012-12-04 18:19
Les pédés ils font caca sur la poésie avec classe. _________________
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Posté le: 2012-12-04 18:58
J'ai comme l'impression que ce genre de discussions revient une fois tous les six mois, pas vous ?
Dites j'ai vu passer cette news mais j'ai pas tout compris
Citation :
Le nouveau permis de conduire arrive en septembre 2013
Le format change. Le carton rose, plié en trois parties dont une seule était plastifiée, est abandonné. Le nouveau permis aura la taille d'une carte de crédit et sera entièrement protégé. Ce qui le rendra bien plus pratique et moins fragile. Au recto, on retrouvera les informations à propos de l'identité du propriétaire du fameux sesame. Il y aura ainsi par exemple le nom, le prénom, la date de naissance, ainsi que la photo, toujours de la partie.
Au verso seront mentionnés les éléments à propos du permis même. L'objet intègrera une puce électronique, qui gardera en mémoire les informations liés aux différentes autorisations pour conduire. Pour ceux qui auraient peur d'un énième fichage, sachez que l'historique des PV ne sera pas enregistrés.
Le permis se met à l'heure de l'Europe. Tous les pays membres de l'UE (27) délivreront la même carte. Ce qui facilitera sa lecture et sa compréhension dans les pays voisins. Le but est aussi de limiter au maximum les contrefaçons. De nombreux éléments intégrés - encre à couleur changeante, filigrane numérique, motifs tactiles et autres pigments infrarouges - devraient être infalsifiable. Après, il sera impossible de supprimer les problèmes de faux permis. On arrive bien à fabriquer de toute pièces des cartes d'identité.
Autre gros changement : il faudra renouveller son permis tous les 15 ans. L'actuel ne se périme jamais, ce qui fait que beaucoup de conducteur ont un papier rose bien abimé avec une photo qui ne correspond plus (et oui, le temps qui passe laisse un peu de trace). Rassurez-vous, il ne faudra pas repasser d'examen. Il faudra juste refaire une demande, ce qui permettra à l'occasion de mettre à jour les informations d'identité et la photo. Ceux qui ont déjà le permis pourront renouveller leur papier dès 2014. Pas besoin de se presser non plus, on pourra le faire jusqu'en 2033 !
La France a pris un peu de retard. La date butoir pour la mise en place de ce nouveau format était fixé au 19 janvier. Mais au final, il sera lancé chez nous en septembre 2013. Mais pour respecter les normes européennes, le papier rose évoluera dans quelques semaines. Deux différences sont à noter : la durée de validité qui passe à 15 ans (illimitée actuellement), mais aussi la grille des catégories de permis.
Donc si j'ai bien compris, on est peinard jusqu'a 2033, mais après on y coupera pas _________________
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