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Brett Easton Ellis et son cinema |
Carl Membre du Soviet Suprême

Joue à Indy
Inscrit : Mar 06, 2002 Messages : 4981 De : Bougarber (64)
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 03:13
Bon pour ne pas detourner le topic sur le film "Adaptation" voici un topic tout neuf :
-Connaissez vous Easton Ellis ?
-Aimez vous ?
-Pensez vous comme moi que c'est inadaptable au ciné ?
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Laurent Commissaire apolitique

Joue à Death's Door
Inscrit : Mar 06, 2002 Messages : 22895 De : Borgo, là où y a la fibre.
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 07:21
L'orthographe exacte est Bret Easton Ellis.
J'ai lu American Psycho, et comme pour tous ceux qui l'ont lu, ce fut un grand choc.
Evidemment, c'est inadaptable en l'état, à cause des passages gore et pornos qui sont quoiqu'on en dise pour beaucoup dans le succès du bouquin et son impact sur le lecteur.
Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est le journal intime d'un yuppie parvenu et cynique qui devient serial-killer la nuit. Obsédé par les marques, son look, la musculation, la mode et la musique commerciale (Phil Collins, Whitney Houston), il s'épanche dessus sur de nombreuses pages, ainsi que sur la description de ses coucheries et des massacres atroces qui s'ensuivent.
Chaque évocation d'un autre personnage (ils sont tous comme lui en dehors du côté serial-killer) est accompagnée d'une revue de détail TRES précise des fringues qu'il porte. C'est écrit à la première personne, dans un style qui part en vrille à mesure que le gars devient de plus en plus psychopathe. Ca se passe dans l'Amérique reaganienne des années 80, celle du capitalisme triomphant, que l'auteur entend fustiger. Le bouquin fait 600 pages et il ne s'y passe rien ou presque au niveau narratif, ce n'est que le délire du gars.
Je ne connais pas les autres bouquins de Ellis, mais je pense qu'ils illustrent le même thème, tout en étant moins "too much" que celui là. Le film American Psycho est un gag. Ils ont parfaitement recréé l'ambiance du bouquin sur le plan visuel (de toute façon il n'y a que ça qui intéresse les Américains, voire les adaptations de BD qui sortent en ce moment), mais comme tout ce qui est inmontrable a disparu, on se retrouve avec un exercice de style complètement vain dénué de subversivité, qui tourne à vide et ne mène pas à grand chose (en plus, la seule scène gore du film tourne au ridicule, celles du bouquin sont choquantes, celle-ci est comique).
Comme il n'y a pas d'histoire et qu'en plus le film est très court (pour adapter un bouquin très long, un comble), on en ressort plutôt énervé. Il prouve pour moi que ce genre de trip doit rester littéraire. Ce qui est intéressant, par contre, c'est de voir que ce genre de bouquin n'a fait l'objet d'aucune censure, alors que dans le cadre de n'importe quel média, autant de pornographie et de violence aurait provoqué une interdiction. Ca prouve que la littérature continue d'être considérée comme quelque chose d'intouchable et de supérieur. Il est considéré comme normal et évident de dire que lire c'est bien, lire c'est mieux, il faut lire etc.. etc.. et ça se ressent dans la liberté qu'on les écrivains d'exprimer des choses inommables. Toucher à la littérature serait toucher à liberté d'expression, semble-t-il. Je crois que Easton Ellis a aussi à coeur de ce moquer de ce système.
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Pierre Pixel monstrueux

Inscrit : Apr 01, 2002 Messages : 2861 De : Paris
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 09:59
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Laurent Commissaire apolitique

Joue à Death's Door
Inscrit : Mar 06, 2002 Messages : 22895 De : Borgo, là où y a la fibre.
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 10:06
Non, je ne l'ai pas vu. Par contre, j'ai lu une critique incendiaire sur Mad Movies
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tertus Gros pixel

Inscrit : Apr 26, 2002 Messages : 1499 De : Paname où y a l'ADSL qui marche (yes!)
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 10:46
bon pour reparler le brett easton ellis, j'ai aussi lu glamourama qui est très proche, dans le style et le thème, d'American Psycho. En gros, c'est l'histoire d'un mannequin (un homme) qui se retrouve emporté malgré lui (ou pas... c'est là tout l'ambiguité) dans une entreprise terroriste organisée par des mannequins. Ca traite de la superficialité, du paraitre, on a droit a des énumérations propres au style de BEE (là il s'agit de listes de gens connus, on ne peut presque pas ouvrir le livre à une page sans trouver un nom connu.. essayez, ça marche à tous les coups).
C'est très bon même si on l'impression finale n'est pas claire, on ne voit pas forcément ce qu'on doit tirer du livre, ce qui doit en ressortir. Ce qui domine est le malaise qui transpire dans ce monde d'illusion qui est celui de la mode et des gens célèbres.
A lire sans trop hésiter même si je garantis rien, tant le style et le propos peuvent je pense facilement rebuter.
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That young girl is one of the least benightedly unintelligent organic life forms it has been my profound lack of pleasure not to be able to avoid meeting
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Pierre Pixel monstrueux

Inscrit : Apr 01, 2002 Messages : 2861 De : Paris
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 12:43
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Slowriot Gros pixel

Inscrit : Jan 09, 2003 Messages : 1163
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 12:55
Hop, dans l'ordre :
Less than Zero (Moins que Zero) :
Le premier Ellis, écrit tout jeune (vers 20 ans) en deux semaines complètement défoncé, selon la légende. Au bout du compte, le premier jet n'était pas terrible : le tuteur d'Ellis lui aurait suggéré de tout passer à la première personne, et là, magie, ça marche. En gros, Clay, un djeun de 20 ans, revient à Los Angeles au début des 80's durant un break à son université. On y retrouve les gros thèmes d'Ellis (qui sont présents dans tous ses bouquins), la superficialité des 80's, le déclin de la civilisation occidentale et des personnages amoraux qui noient leur ennui dans des montagnes de coke, des Porsches et des expériences sexuelles sans lendemain. Un film en a été tiré, il a je crois bien marché aux States mais je ne l'ai jamais vu.
Rules of Attraction (les lois de l'attraction):
La vie en université de trois personnages (deux mecs une fille), très orienté coucheries-triangle amoureux. Une narration à trois, où chaque personnage prend la parole à son tour, ce qui s'avère assez ludique lorsqu'ils en viennent à commenter la même histoire sous différents points de vue. On y retrouve brièvement Patrick Bateman, son petit frère étant un des personnages centraux du livre.
American Psycho :
La cause célèbre d'Ellis, qui lui a valu des menaces de mort et la haine des ligues féministes américaines. La vie de Patrick Bateman, yuppie pété de thunes, obsédé par son image, son corps, et la bonne facon de porter des cravates. Entre temps, il se tape des milliers de putes et tue plein de monde. Narration à la première personne, ce qui fait douter de la réalité du récit. Je ne pense pas que Bateman commette réellement les crimes horribles du bouquin (ce qui est très bien retranscrit dans le film). Une plongée dans les pires travers de la mentalité masculine, notamment dans les scènes de cul où Patrick fait toujours des merveilles, typique du fantasme hétéro-beauf d'un playboy-FHM. Une comédie noire sur le fantasme, l'impasse narcissique et la décadence 80's, souvent très drôle, au style percutant (le début du name-dropping et du procédé d'accumulation chez Ellis).
The Informers (Zombies) :
Je ne l'aime pas trop et m'en souvient très peu. C'est une suite de nouvelles qui reprend les grands thèmes d'Ellis, mais n'apporte rien de neuf. Ca sent la redite.
Glamorama :
Résumé plus haut par Tertus.
Voilou, j'ai fait speed, je conseille surtout Less than Zero et American Psycho (Glamorama est également très drôle dans sa première partie).
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CHAZumaru Pixel monstrueux

Inscrit : Mar 17, 2003 Messages : 3098
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 13:14
-edit-
non rien ^^
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CBL Pixel visible depuis la Lune

Inscrit : Jun 02, 2002 Messages : 9108 De : Versailles
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 16:17
Hop, coup de pub personnel si vous voulez avoir un deuxième avis sur "Les lois de l'attraction" avec une critique "différente", allez jetez un coup d'oeil à ce qu'a écrit mon pote Arakneed :
http://www.krinein.com/critiques/785.php
Concernant American psycho, je suis assez partagé. Le film montre très bien un monde de faux semblants où le moindre détail a une importance capitale (ex : la scène mythique des cartes de visite) et toute la mise en scène que se fait Bateman mais je trouve qu'on reste un peu sur sa faim.
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Laurent Commissaire apolitique

Joue à Death's Door
Inscrit : Mar 06, 2002 Messages : 22895 De : Borgo, là où y a la fibre.
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 16:23
Le name-dropping, dont parle Slowriot, je suppose que c'est ce truc qui consiste en ce que les personnages n'arrêtent pas de se confondre les uns les autres, technique visant certainement à montrer qu'ils sont tous pareils et qu'il est possible, puisqu'ils sont défoncés en permanence, qu'ils s'attribuent des actes commis par d'autres ou même carrément imaginaires.
La fin de American Psycho fait plus que suggérer, pour moi, le côté imaginaire des meurtres.
A noter que le bouquin a eu tellement de succès que pour calmer un peu les fans Ellis a écrit la suite sous forme de e-mails envoyés par Bateman dix ans après les faits. On y apprend qu'il s'est marié avec sa secrétaire, a eu un fils (qu'il décrit comme la plus étrangère des créatures qu'il cotoie) et est rentré dans le rang, cessant la violence et tout ça. Il ne cesse de s'excuser d'être devenu un beauf milliardaire.
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Slowriot Gros pixel

Inscrit : Jan 09, 2003 Messages : 1163
Hors ligne | Posté le: 2003-04-09 16:49
Citation :
Le 2003-04-09 16:23, Laurent a écrit:
Le name-dropping, dont parle Slowriot, je suppose que c'est ce truc qui consiste en ce que les personnages n'arrêtent pas de se confondre les uns les autres, technique visant certainement à montrer qu'ils sont tous pareils et qu'il est possible, puisqu'ils sont défoncés en permanence, qu'ils s'attribuent des actes commis par d'autres ou même carrément imaginaires.
Non, mais ce que tu décris est un point super important du bouquin. Le name-dropping consiste juste à balancer des noms de personnalités, c'est comme de l'accumulation avec des noms (à ce titre, il y a une liste hallucinante d'invités à une fête au début de Glamorama).
Citation :
A noter que le bouquin a eu tellement de succès que pour calmer un peu les fans Ellis a écrit la suite sous forme de e-mails envoyés par Bateman dix ans après les faits. On y apprend qu'il s'est marié avec sa secrétaire, a eu un fils (qu'il décrit comme la plus étrangère des créatures qu'il cotoie) et est rentré dans le rang, cessant la violence et tout ça. Il ne cesse de s'excuser d'être devenu un beauf milliardaire.
Pas exactement. Cette "suite" est en fait une fiction lancée par mailing list durant la période de promo du film American Psycho, un coup marketing. Je m'étais d'ailleurs inscrit et recevait les petites nouvelles de Bateman jour après jour. Je ne sais pas si c'était écrit par Ellis lui-même, ça sentait un peu le pastis... oups, le pastiche mais en tout cas ça n'était pas très inspiré.
_________________ DO NOT UNPLUG BATTERY. VITAL MEMORY WILL BE LOST
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Laurent Commissaire apolitique

Joue à Death's Door
Inscrit : Mar 06, 2002 Messages : 22895 De : Borgo, là où y a la fibre.
Hors ligne | Posté le: 2003-04-10 13:47
En effet, j'ai tout lu et c'est pas terrible...
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