"Le jeu vidéo français tient son crédit d'impôt. Cette vieille revendication d'un secteur autrefois porteur dans l'Hexagone mais qui s'est considérablement affaibli depuis la fin des années 90 est sur le point de devenir une réalité sonnante et trébuchante. En visite hier à Montreuil (Seine-Saint-Denis), dans le studio de création de jeux vidéo du champion français Ubisoft, les ministres de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, et de l'Industrie, François Loos, ont conjointement annoncé la mise en place «dans les premiers mois de 2006» de cette mesure, avec une enveloppe globale de 30 millions d'euros la première année. «C'est plus que ce qui n'a jamais été fait pour le jeu vidéo dans ce pays, se félicite Guillaume de Fondière, à la tête de l'Apom, une association qui regroupe les studios indépendants français. Cela devrait permettre d'aider les talents à se maintenir en France et pourquoi pas d'en attirer de nouveaux.»
Remboursement. Concrètement, tout studio de développement de jeux vidéo installé sur le territoire français pourra bénéficier d'un remboursement de 20 à 30 % de ses investissements dans le cadre de la création d'un nouveau titre. «Rapporté à la production française actuelle, de l'ordre de 70 à 80 millions d'euros, explique Guillaume de Fondière, cela permettrait de doubler ce montant pour le porter autour de 150 millions d'euros. Autrement dit, plus de titres et plus d'emplois.» Calqué sur le modèle des crédits d'impôt qui s'appliquent aux secteurs de la recherche ou du cinéma, ce dispositif doit encore obtenir l'aval de Bruxelles, très sourcilleux sur les aides publiques. D'où l'insistance de Renaud Donnedieu de Vabres à bien marquer l'appartenance du secteur au monde des industries culturelles, en défendant l'existence d'un jeu vidéo français avec un grand F, vecteur de diversité culturelle.
Clé sous la porte. Confronté à une vague de délocalisations très importante vers l'Asie et l'Amérique du Nord ces dernières années, notamment au Québec où la mise en place d'un crédit d'impôt a permis d'attirer à Montréal les plus grands noms du secteur (lire ci-dessous), le jeu vidéo français voit ses forces s'amenuiser d'année en année. Sur les 4 000 à 5 000 personnes travaillant en 2000 dans la création de jeux vidéo, il n'en reste plus qu'environ 500 selon le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (Sell). Et si une petite centaine de studios de création subsiste aujourd'hui, pour l'essentiel de moins de 20 salariés, 60 % des studios ont mis la clé sous la porte. «Les jeux produits en France coûtent trop cher, résume une productrice d'Ubisoft. Résultat : les grosses productions vont se monter ailleurs, alors que les talents sont ici.» ".
Source:
http://www.liberation.fr/page.php?Article=330655
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