Tiens, je rajoute ma pierre à l'édifice en vous fournissant en exclusivité le texte de l'article que j'ai écrit sur BG&E pour Plug'Out, le journal de mon école (dont je suis rédac' chef, yeah baby). As usual, je suis ouvert aux critiques et commentaires.
Au moment où vous lirez ces lignes, les versions XBox et GameCube de Beyond Good And Evil seront sorties et, selon l'expression consacrée, en marche vers le bide.
Cette entrée en matière peut paraître un peu directe voire fataliste, et vous pouvez croire qu'il me coûte énormément de le dire tant j'aime ce jeu, mais au vu de l'état actuel du marché je crains que ce ne soit inéluctable. De toute façon, BG&E a -- hélas -- raté le coche à Noël dernier, quand un mois après la sortie de ses versions Playstation 2 et PC les ventes de celles-ci ne se sont pas envolées.
Je ne comprends pas. A vrai dire, je suis prêt à parier qu'aucun de ceux qui y ont joué ne comprend.
Mais revenons un peu sur le jeu en lui-même. Encensé par les magazines, il a bénéficié d'une campagne publicitaire plus que raisonnable lors de sa sortie; mais depuis que Sony nous fait des pubs en noir et blanc dans lesquelles des canards nous accueillent dans le "troisième monde" (quoi que cela puisse être, parce que d'après le calendrier Maya nous sommes déjà dans le cinquième, et celui-ci tire à sa fin), il est devenu de bon ton dans les pubs vidéoludiques d'éviter au maximum de parler du jeu. Quant à en montrer des images, c'est devenu une hérésie. Il paraît que c'est "hype". En pratique, ceux qui ne lisent pas les magazines spécialisés n'ont pas la moindre idée de ce qu'est Beyond Good And Evil. A part peut-être qu'il s'agit du dernier jeu de Michel Ancel, le génial créateur de
Rayman. Le problème étant que tout le monde ne sait pas ce qu'est
Rayman.
BG&E, donc, est un jeu d'action-aventure en 3D, un Zelda-like. Sauf que c'est un jeu Français, et en France on a la French Touch. La bonne, hein, celle de
Alone in the Dark,
Rayman et The Nomad Soul, pas celle qui a donné les jeux d'aventure chiants à mourir de chez Cryo. Et Michel Ancel, c'est un gars qui la maîtrise à mort, la French Touch. Alors pour ne pas qu'on traite son jeu de pâle copie de Zelda:
Ocarina of Time (Nintendo, 1998), il a rajouté des choses. A commencer par un scénario où l'on fait autre chose que sauver la même princesse depuis 1985.
Vous incarnez Jade, une journaliste d'action au grand coeur. Depuis quelques temps, la planète Hillys, où elle réside, subit les assauts incessants des DomZ, des aliens qui se nourrissent de l'énergie vitale des gens. Heureusement, ceux-ci sont toujours repoussés -- avec plus ou moins de succès -- par les Sections Alpha, héroïques soldats en armure de
Robocop... Mais les choses ne sont pas toujours telles qu'on les croit, et Jade va rapidement se retrouver au sein d'un réseau de résistants dont l'objectif est de faire éclater la Vérité, afin que la population se soulève, chasse l'envahisseur et les Sections Alpha corrompues, et... Si vous voulez savoir la suite, jouez au jeu.
Jade est journaliste, pas chevalier (ce qui ne l'empêche pas de savoir se battre, à l'aide d'un bâton Daï-Jô). Son "arme" principale est en fait son appareil photo, qu'elle va utiliser pour prendre des photos (étonnant, non?) et dénoncer les horreurs que les DomZ et les Sections Alpha font subir à la population...
...Et du coup, contrairement au paladin lambda qui dans "guerre de l'information" n'a saisi que le premier mot, mademoiselle Jade s'infiltre. Pendant une bonne moitié du jeu, il va falloir vous rappeler tout ce que vous aurez appris en jouant à
Metal Gear Solid ou à
Splinter Cell et vous planquer. Et comme la maniabilité est impeccablement réglée, c'est un régal.
Avouez qu'un Zelda-like mâtiné d'infiltration doté d'un scénario correct, ça fait déjà un peu envie. Mais ce n'est pas tout. Les petits gars d'Ubi Soft ont rajouté à tout cela des courses (et des poursuites) en hovercraft, quelques mini-jeux dont un ou deux très addictifs, une bataille spatiale façon
Star Wars... Tout cela s'intègre à la perfection au reste du jeu, sans la moindre sensation de cassure, et est d'une jouabilité exemplaire.
Pour terminer le portrait, il faudrait aussi que je vous parle de l'univers "vivant" et incroyablement détaillé où tout cela se passe (ses habitants vaquent à leurs occupations, et vous pouvez d'ailleurs espionner leurs conversations), du graphisme façon dessin animé absolument magnifique à voir en mouvement, des personnages secondaires excellents et auxquels on s'attache (mention spéciale à Pey'j, le cochon humanoïde mécanicien, hilarant), de la très bonne bande-son, du meilleur doublage Français entendu à ce jour dans un jeu vidéo, et que je vous reparle du scénario qui est une très intéressante réflexion sur le thème du pouvoir des médias... Et même après ça, il m'en resterait encore beaucoup à dire.
Toute cette mise en perspective pour en revenir à ma totale incompréhension devant l'échec commercial de Beyond Good And Evil. Acheté le jour de sa sortie, BG&E m'a scotché à ma PS2 pendant 15 heures. A priori, il me paraissait impossible qu'un jeu aussi génial puisse ainsi se planter.
Et pourtant, Ubi Soft a commis une grosse erreur. La manie qu'ont les éditeurs de sortir tous leurs jeux dans une période de plus en plus réduite a fait une victime de plus. En effet, après un été plus que désert et un automne morose, ce Noël nous avons été particulièrement gâtés. Si on ne considère que la Playstation 2, en plus des habituelles productions EA (incolores, inodores, sans saveur et identiques en tout point aux versions de l'année dernière mais que les gens achètent quand même parce que l'année dernière c'était pas si mal) nous avons eu droit à trois bijoux vidéoludiques: Beyond Good And Evil (qui est peut-être le meilleur des trois),
Prince of Persia et XIII. Trois jeux d'une qualité irréprochable...
...et tous trois publiés par Ubi Soft.
Lorsqu'on dispose d'un budget limité, il faut faire des choix. Et quand trois bons jeux sortent dans un intervalle de temps aussi court, il y en a forcément au moins un qui en pâtit. A 60 euros le bon jeu, trop de bon jeu tue le bon jeu, et c'est d'autant plus rageant à constater que la seule erreur commise par Ubi Soft aura été de mal étaler son calendrier des sorties.
Et vous voulez savoir le pire? Ils viennent de remettre ça. Ce mois-ci, donc, conséquence de cette nouvelle mode ridicule des exclusivités temporaires, BG&E sort enfin sur XBox et GameCube.
Prince of Persia: The Sands of Time aussi. Ce qui ne serait pas très grave si c'étaient les deux seuls bons jeux du mois...
Sauf que sur XBox,
Deus Ex: Invisible War et
Splinter Cell: Pandora Tomorrow (encore un jeu Ubi) sortent également ce mois-ci. Sur GameCube,
Final Fantasy: Crystal Chronicle et
Metal Gear Solid: The Twin Snakes (et SC:PT aussi, maintenant que j'y pense).
Je ne pensais pas avoir un jour à dire ça, mais ils devraient sortir des daubes de temps en temps, chez Ubi Soft. Ca ferait du bien à leurs bons jeux.
-- Wild_Cat
(sérieusement, gardez une place dans votre budget pour BG&E: je vous garantis que vous ne serez pas déçu)
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