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Chun Li Ni Mikase China
Année : 2008
Système : Arcade
Développeur : Enterrise
Éditeur : Enterrise
Genre : n/a
Par LVD (29 septembre 2014)

Cette borne est un pachislot. Peut-on considérer le pachislot comme du jeu vidéo ? Eh bien, à partir du moment où les actions du joueur influent sur ce qui passe à l’écran, a priori oui... Cela faisait longtemps que je voulais faire un article sur les pachi, celui-ci en sera une excellente occasion.

Pachi quoi ?

Attention à ne pas confondre pachinko et pachislot. Tout d’abord, un peu d’histoire.
Les origines de ce jeu qu’on croit parfois à tort typiquement nippon sont assez floues. Il pourrait être inspiré des premiers flippers occidentaux (apparus vers 1930), qui auraient été modifiés par un habitant d’Osaka, mais aussi du billard japonais. Attention ! Malgré son nom, ce jeu n’a rien de japonais, il est français ! Il s’agit d’un jeu d’adresse dérivé du Trou-Madame (je ne veux pas connaître l’origine du nom...) qui se pratiquait dès le XVIeme siècle.
Toujours est-il que la première salle de pachinko ouvre officiellement en 1930 dans l’Archipel (à Nagoya, qui est depuis qualifiée de capitale du pachinko). Très vite, le jeu se popularise et on voit fleurir des salles à travers tout le pays.

Le Trou-Madame, et un des tout premiers pachinko.

Pour faire simple, on achète un certain nombre de billes en métal qu’on place dans le pachinko. La seule véritable interaction entre le joueur et la machine se situe dans la vitesse à laquelle les billes se déplacent (le pachinko est vertical). Si celles-ci tombent dans certains trous, une sorte de roulette se met en marche, et si on obtient trois fois le même symbole, on gagne d’autres billes, qu’on utilisera ou pour rejouer, ou qu’on ira échanger contre des lots.

Pourquoi un tel engouement pour un jeu si peu passionnant (avis subjectif et purement personnel, j’en conviens), et au vacarme assourdissant (si vous allez au Japon et que vous rentrez dans une salle de pachinko, je vous mets au défi de rester plus de deux minutes) ? Cela restera sans doute à jamais un mystère...
Une multitude de pachinko ont été adaptés en jeux vidéo sur console dès l’ère Famicom, ça ne veut pas dire que ça les rende plus intéressants pour autant...

Une salle de pachinko.

Le pachislot lui, est plus récent. Il a été importé sous forme de machine à sous des États-Unis vers 1950 par une certaine société nommé « Service Games Japan », alias Sega ! Dans un premier temps, uniquement à Okinawa (alors sous occupation US), puis une quinzaine d’années plus tard dans le reste du pays. Le principe, eh bien, comme dit plus haut, c’est un bandit manchot en fait, mais sans argent à gagner (les jeux d’argent étant interdits au Japon). Nous n’allons pas voir en détail l’historique du pachislot, qui n’intéressera pas grand-monde (et puis, il n’y a pas grand-chose à en dire finalement), mais nous allons directement nous projeter au milieu des années 2000, pour assister à ce qui fut – à mon sens – la seule véritable révolution dans le monde des pachinko et pachislot.

Jusque-là, la machine avait beau proposer beaucoup de lueurs clignotantes dans tous les sens, finalement il n’y avait pas grand-chose à voir. La technologie aidant, les fabricants vont peu à peu intégrer des écrans LCD aux bornes, qui offrent d’innombrables séquences (généralement de type dessin animé, en 2D ou 3D, parfois en live), qui se déclenchent en fonction des actions du joueur, de ses réussites et de ses échecs ! Le levier et les boutons qui servent à actionner les 3 symboles (genre cerises, cloches, ou le fameux Lucky 7) deviennent presque une sorte de joystick. Le joueur a ainsi davantage l’impression de participer, et surtout d’assister à une certaine « progression » dans le jeu (qui pour certains peut aboutir à un générique de fin). Vous allez me dire que c’est illusoire, car cela reste un jeu de hasard. Justement non... Les pros du pachi sont capables de sortir les figures qu’ils désirent plus ou moins comme ils le veulent. Entraînement de mutant ? Non, pas forcément. Pour avoir testé moi-même, à une époque, au bout de quelques heures de jeu seulement, je réussissais en effet relativement souvent à sortir certains symboles à volonté (pas ceux que j’aurais voulus hélas).
L’effet produit est d’ordre quasi-hypnotique, on pourrait y rester des heures (et je n’arrive toujours pas à vraiment me l’expliquer...).

Une salle de pachislots. C’est souvent une ambiance plus tamisée que pour le pachinko.

Mais sur quels thèmes vont bien pouvoir porter ces pachi ? Eh bien dans une majorité de cas, ils proviennent tout simplement du monde du manga/anime ou du jeu vidéo !
Les sociétés éditrices ne faisant pas les choses à moitié, elles vont jusqu'à nous proposer des adaptations de DA dont on n'a jamais eu la fin (souvent des titres des années 70-80, le joueur de pachinko étant forcément adulte pour des raisons légales). Par exemple ? Cat's Eye, City Hunter, ou Ranma 1/2 ont une fin uniquement en manga, pas dans leur version animée. Eh bien là, ô joie intense, nous allons y avoir droit le temps d'une petite séquence (ça excède rarement la minute). D'autres moments-clés (pas forcement adaptés à l'époque non plus) y ont aussi droit au cours du jeu. Je reprends l'exemple de City Hunter, dont le 2e pachinko nous propose le mythique duel Ryo/Shin Kaibara (volume 33 du manga, si ma mémoire est bonne). Certes, c'est frustrant de devoir se contenter de séquences de pachi en lieu et place d'un véritable anime, mais bon, pour le fan, ça justifie largement de glisser sa pièce dans la machine.
En jeux vidéo, le choix est plus restreint : Fatal Fury, Vampire, Sakura Taisen, Castlevania... ou Street Fighter, que nous allons voir maintenant.

À noter qu'un certain nombre ont été adaptés sur console, pas les plus intéressants hélas.

Des pachi de City Hunter et Saint Seiya (il en existe au moins 3 de chaque).

Laissez faire Chun Li China

Je sais, c’est idiot comme titre, je n’y peux rien, c’est la traduction littérale.

En 2008, une toute nouvelle boîte baptisée Enterrise sort son premier pachislot : Chun Li ni makase China. Je n’ai pas réussi à trouver d’infos à ce sujet, mais il est bien possible qu’Enterrise soit une filiale de Capcom, car sur les 8 pachi sortis à ce jour (un par an en moyenne), tous mettent en scène des titres Capcom.

  • 2008 :Chun Li ni makase China
  • 2009 :Vampire
  • 2010 :Viewtiful Joe
  • 2011 :Sengoku Basara
  • 2011 :Street Fighter 4
  • 2012 :Biohazard 5
  • 2013 :Devil May Cry 4
  • 2014 :Monster Hunter

Comme son nom l’indique, il tourne entièrement autour du personnage de Chun Li ! C’est vraiment elle l’héroïne de ce qui est une sorte de jeu d’aventure dans laquelle la belle Chinoise mène une enquête (qui la conduira éventuellement jusqu’au QG de Shadoloo), entrecoupée de combats.

Je vais essayer de détailler comment ça se passe (bien que, depuis 5 ans que je possède le jeu, je ne comprenne toujours pas très bien...)
On débute avec Chun Li en civil assise tranquillement dans un parc, jusqu'à ce que débarque une de ses connaissances.
Ça peut être une amie avec qui on va manger des crêpes ou sucer... des glaces, ou un autre perso de Street Fighter :

  • Zangief : combat
  • Balrog : combat
  • Rose : donne accès à un bonus
  • Akira de Rival Schools : le bonus stage de SF3 où on doit casser la voiture (je n’ai jamais réussi)
  • Cammy : combat
  • Guile : entraîne le Mode Mission

Dans ce dernier, on doit partir à la recherche ou de Sakura ou d’une fillette disparue (on se promènera dans la ville, on ira dans un bar, une ruelle mal famée...), et/ou on investit le QG de Shadoloo. Celui-ci compte de nombreux étages et couloirs, et il va falloir casser des murs et affronter des dolls/Cammy/Balrog/Zangief (qu’est-ce qu’il fout là lui ?), et tout à la fin évidemment Vega.

Selon certaines actions (ne me demandez pas comment) peuvent aussi apparaître Ryu et Gouki (lui, je ne l’ai jamais vu !)
Autre mystère : par défaut, Chun Li est dans sa tenue de SF Zero mais parfois celle de SF 2 (je me doute bien que là encore cela dépende de certains paramètres mais alors lesquels...).

Des SD apparaissent de temps à autre.
Ryu (comment diable le faire apparaître ?), et Guile.
Chun Li mène l’enquête Il faut choisir entre trois coups spéciaux.

Apres le combat contre Vega (enfin, pas toujours... Jamais compris ça non plus), on a droit à une séquence bonus où il faut parvenir à sortir trois 7 en même temps. Ça prend parfois plus de 30 minutes... (et si on coupe la borne et qu’on la rallume ensuite, ça recommence à ce moment-là ! On n’a donc pas le choix !) S’ensuit un des deux génériques de fin, le normal pourri où on voit les persos qui marchent, ou l’autre, un très joli dessin animé.

Techniquement c’est plutôt pas mal. Tout le jeu est en cell shading, pour un titre de 2008 c’est très correct. On regrette d’autant plus qu’il n’y ait pas eu d’adaptation sur PS2.
Il n’y a pas vraiment de musiques, mais les persos sont tous doublés, et les effets sonores sont réussis.
Le jeu propose aussi plein de petits clins d’œil amusants, genre Dhalsim ou Honda en version SD qui viennent s’incruster deux secondes sur l’écran.

Bon, pour le côté ludique de la chose... C’est du bandit manchot quoi !

Je me doute qu’en plus, quasiment personne parmi ceux qui liront cet article ne pourra s’y essayer un jour. Les émulateurs n’existent pas, et faire importer une machine de cette taille risque de coûter une fortune (elle vaut une bouchée de pain ici en revanche).
Je vous mets la vidéo de présentation (8 minutes), qui vous permettra d’avoir une bonne idée de ce que donne le jeu en mouvement.

LVD
(29 septembre 2014)
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