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ToeJam and Earl
Année : 1991
Système : Megadrive
Développeur : Sega
Éditeur : Sega
Genre : Action
Par Xuenilom (21 septembre 2002)

Toe Jam & Earl est un jeu inclassable. Une sorte d'ovni comme Sega sait si bien les faire et en sort d'ailleurs assez régulièrement : Nights, Rez, Shenmue... Cependant, contrairement aux vertus artistiques et expérimentales de ces derniers, Toe Jam & Earl ne mise pas à proprement parler sur les mêmes qualités. L'approche est radicalement différente et le jeu a clairement été conçu pour le marché américain, tant ses références s'inspirent de la culture US. Si Konami se focalise sur un humour typiquement japonais, Sega a misé sur l'autre grand marché (les Européens n'existent pas, c'est bien connu). D'ailleurs, il ne faut pas oublier que la Megadrive était à l'époque en position de force aux États-Unis et Toe Jam & Earl faisait très probablement partie de la politique de pénétration du marché de la firme au hérisson bleu.

Mais revenons au jeu lui-même. Il s'agit d'une sorte de jeu d'exploration assez facile, à condition de jouer sérieusement et avec concentration. Or voilà, tout est fait pour détourner l'attention du joueur. Toe Jam et Earl sont deux extra-terrestres qui tombent en panne de vaisseau spatial et s'écrasent sur Terre. Leur vaisseau est fractionné en dix morceaux. L'aire de jeu se décompose en "étages" superposés, reliés entre eux par un ascenseur. Les deux héros ont pour objectif de remonter en prenant au passage les différents morceaux du vaisseau. Une fois tous les morceaux assemblés, nos deux compères peuvent retourner sur Funkotron, leur planète d'origine. À ce propos, rien que pour le retour (la fin du jeu donc), Toe Jam & Earl vaut le détour. Oui mais voilà, tout n'est pas si simple. La Terre, telle qu'elle est représentée, est peuplée d'« earthlings », à savoir nous, habitants de la terre (humains ou non). Et il faut reconnaître que le portrait brossé n'est guère reluisant pour notre espèce. Tout le monde en prend pour son grade, y compris les héros au design... spécial. Toe Jam est une sorte d'être très mince, rouge, avec des yeux semblables à ceux d'un escargot, affublé de 3 jambes... et une casquette. Earl est une sorte de Shrek bedonnant seulement habillé d'un bermuda. Il faut aller chercher Q*Bert, Xunk ou Pugsy pour trouver des anti-héros de ce niveau.

Les deux spécimens évoluent dans un environnement difficile à qualifier. Disons que la représentation la plus proche serait de la 3D isométrique. Face à eux, on retrouve des ennemis plus ou moins retors. Au début, beaucoup d'ennemis se contenteront de gêner la progression. Par la suite, ils s'avèreront particulièrement rapides et mortels. Une des particularités de Toe Jam & Earl est de proposer des adversaires très originaux et variés. On peut citer la vahiné qui oblige le héros à danser au même rythme qu'elle. Quand elle est seule, pas de problème. Mais quand un ennemi, agressif lui, est dans les parages, les soucis commencent. On peut également citer le « boogey man » qui est invisible lorsqu'il se déplace et fait mourir (littéralement) de peur en surgissant par derrière à l'improviste en criant « BOOGEY BOOGEY BOOGEY ! », le dentiste psychopathe qui souhaite tester sa fraise sur vous, le beauf en marcel qui vous poursuit avec sa tondeuse ou encore la taupe qui vole les cadeaux si elle entre en contact avec l'un des deux aliens.

Justement, les cadeaux, parlons-en. La planète Terre est parsemée de paquets cadeaux. À l'instar des différents étages, les cadeaux (comprendre leur apparence et leur contenu) sont définis aléatoirement à chaque partie. De ce fait, impossible (ou presque) de savoir ce qu'un cadeau contient avant de l'avoir ouvert. Une fois un paquet ouvert une première fois, ses semblables sont identifiés et on peut les ouvrir sans crainte. Car si la plupart des paquets sont bénéfiques, certains peuvent être handicapants voire carrément mortels. C'est l'une des nombreuses joies que procure le jeu : la surprise. À chaque paquet ouvert, on se demande sur quoi on va tomber. Parfois, dans des situations critiques, on en ouvre un au hasard en espérant qu'il va nous sauver la mise. Mais il arrive bien évidemment que cela aggrave encore plus la situation. Certains cadeaux améliorent le mouvement, d'autres procurent une arme (comme un lance-tomates), d'autres redonnent des points de vie. Les effets sont si nombreux qu'il est impossible d'en faire la liste en quelques lignes. Cependant, les cadeaux, tout comme la présence des earthlings ont pour premier objectif de faire rire.

Certes, c'est un humour ciblant principalement les adolescents, et il faut reconnaître que les avis sont partagés sur le ton du jeu. Mais l'adolescent américain moyen en a pour son argent. Ainsi peut-il passer son temps à boire de la bière et à roter (ce qui en terme de jeu redonne de l'énergie). L'ambiance rap/funk se traduit par les musiques (qui, sans être de grande qualité, contribuent bien à l'atmosphère si particulière) et par le vocabulaire des quelques dialogues du jeu. Le gameplay est relativement basique. Avec la croix, on déplace le personnage et généralement, ce sont les seules commandes utilisées. On accède aux cadeaux et à la carte avec les boutons B et C. Ce sont en fait les cadeaux qui déterminent généralement les possibilités d'action et de mouvement des héros, qui à la base sont assez lents et limités.

Le rythme est lent également. Ici, pas besoin de réflexes. Tout repose sur une bonne connaissance des comportements des monstres et sur une gestion judicieuse des cadeaux. Si l'on est prudent, le jeu est très simple. Mais la tentation est si grande... Qu'y a-t-il donc dans cette jolie boite verte avec un nœud qui n'attend qu'une chose : être ouverte ? Le jeu est très varié, même si ses décors, bien qu'aléatoires, ont tendance à se répéter. On trouve différents environnements (pelouses, lacs, déserts, routes...) qui représentent soit la sécurité soit le danger. Les situations sont nombreuses, à l'instar des obstacles.

Notons enfin un aspect important : le jeu peut (et doit !) se jouer à deux. C'est là qu'il prend toute son ampleur. Si en théorie Toe Jam & Earl se veut coopératif, sur le terrain il faut reconnaître que les choses sont bien différentes. Lorsque les deux héros sont proches l'un de l'autre, l'écran est unique. Quand ils s'éloignent, l'écran se divise horizontalement et chacun peut aller où il veut. Dans le premier cas, lorsqu'un cadeau est ouvert, les deux héros bénéficient ou subissent l'effet de celui-ci. Quelle joie d'utiliser un rocket skate (qui rend le personnage ultra-rapide, inarrêtable et difficile à contrôler) alors que son compagnon est en train de voler au-dessus du vide ! Celui-ci tombe alors d'un ou de plusieurs niveaux et n'aura de cesse, par la suite, de vous le faire payer en vous faisant le même genre de sale coup. Parfois, les parties ressemblent à du Spy vs Spy. De ce fait, on s'amuse presque autant avec ce « méta-game » qu'avec le jeu lui-même et les affrontements à coups de tomates sont fréquents.

Pour parler un peu de technique, graphiquement, le jeu est très simpliste. Mais le design rattrape le tout, à condition d'aimer le style loufoque de l'ensemble, bien sûr. Rien à dire sur l'animation car le jeu ne repose pas sur un affichage complexe. Toe Jam & Earl est un jeu unique. Difficile d'accès peut-être, à cause d'un concept assez déconcertant, il révèle toute sa valeur après quelques niveaux et surtout à deux joueurs. Un jeu qui ne laisse pas indifférent mais qui a le mérite d'être drôle, original et d'avoir réussi le pari de devenir un titre culte auprès d'une certaine catégorie de joueurs, notamment grâce à certains passages mémorables.

Xuenilom
(21 septembre 2002)
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