Solonce
Vaisseau spatial
Ben quoi, cest
juste un crayon ça ? quest ce quy mveut ctoiseau-là
à vouloir me montrer la télé en poussant des exclamations
aussi puériles quénervantes ? et pis, cest lheure
de mon dessin-animé là, ok ? alors tarrêtes de vouloir
écrire sur un écran de télé !... cest maman
qui va aimer, tiens
Tout à
coup, mon père aperçoit mon air dubitatif. Il sourit et me tend
le stylet.
Bon sang de bois,
quest ce quy faut pas faire pour être tranquille ! Ok ! je le
prends ton stylo
Oui, je le pointe sur lécran
si ça
peut te faire plaisir
pff, les vieux, ils sont tartes quand même
Un incroyable
tour de magie survient alors sous mes yeux : un trait apparaît sur lécran.
Jai enfoncé le stylet, je lai bougé et lécran
a réagi ! Difficile à exprimer comme sensation, mais un nouveau
monde apparaît soudain, une Terra Incognitae qui ne demande quà
être découvert. Cest grisant. Frénétiquement,
je fais tournoyer mon stylo tel un artiste dans sa tenue dAdam en pleine
montée de LSD aux premières lueurs de laube. Jinspire
et les formes apparaissent avec leurs gros pixels chatoyants, jexpire et
le pointillisme se mêle en un épique combat contre lécran.
La lutte sintensifie, qui va vaincre ? lhomme ou la machine ?
Mon père.
Il reprend mon arme. Il avait sans doute peur de me voir sombrer dans la folie,
possédé par mon insondable génie. Exténué mais
fier, je regarde mon uvre.
Bof !
Ouais
bof quoi ! Sur papier, jai fait mieux
Mr le démon
du vidéoludique, il va falloir faire mieux pour mimpressionner. Et
puis, quelle vulgarité, ce monochronisme !... Ah, mon pauv monsieur,
quelle triste époque
jai 4 ans et je découvre linteractivité
de la télé via TO7. Cette télé, si gentille, si fidèle
à ma génération, la voilà pervertie par ce mutant
venue don-ne-sait-où. Qui sait ? peut-être les extra-terrestres
Pendant ma profonde
réflexion, lécran laisse apparaître un nouvel arrière-plan.
Le décor bouge tout seul, on reconnaît des arbres, des bâtiments,
puis sur la gauche, on voit
un truc. Mon père me tend un petit boîtier
avec une petite barre verticale qui bouge au-dessus. Je le regarde inquiet pour
son état mental, mais il me dit de faire bouger la tige. Il parait quil
ne faut pas vexer les faibles desprit, alors je mexécute.
Patatras ! Le
machin ! le truc quoi ! Il bouge ! En haut ! en bas ! à droite ! à
gauche !
Ah, il explose aussi
Cest quoi ce programme télé où
les héros meurent ! Bon allez, je recommence, cette fois, je vais plus
loin, foi de génie !
Toute la soirée
durant, jexplorais ce monde étrange, abandonnant lâchement
mon dessin animé pour cette belle amante sans lendemain. Bien des années
plus tard, sur son lit de pré-retraité, mon père mapprit
une vérité que je me promis de ne jamais oublier : cétait
un putain de vaisseau spatiale !
Je vous disais
bien que les extra-terrestres étaient derrière tout ça
Performer
Le jeu vidéo,
cest comme tout, cest une histoire de frime.
Jai eu de
la chance : un pc faisait parti de ma famille. Yavait mon père, ma
mère, ma sur, mon chien, et mon 386 SX 25 Mh. Dailleurs mon
passe-temps favori, cétait de dire « 386 SX 25 Mh » le
plus vite possible. Déjà, cest plus classe à dire que
Pepette (le chien) et pis, je sentais bien que, derrière son
apparent flegme, mon auditeur se disait en lui-même : « Putain, mais
quest ce quil a dit là !? lenfoiré !... ».
Hé hé, je suis machiavélique
De la même
façon, lorsque toute la famille se pointait à la maison, je ne manquais
pas de faire découvrir à mes incultes préférés
les joies du pad, ni surtout datomiser mes petits cousins à Bomberman,
les voyant repartir en pleurant. Ce qui me faisait bien rire, cest quils
étaient toujours pressés de revenir se faire ridiculiser.
Par contre, lorsquon
se retrouve face à dautres gamers, la stratégie change entièrement
: il sagit de se la jouer modeste. Vous savez ce que cest, tout le
monde la fait une fois, non ? Il faut faire semblant de pas savoir jouer
à un jeu de baston, puis lorsque le premier round survient, mmmhhh
quelle plaisir ! Des heures dentraînement pour apercevoir, un intense
mais fugitif instant, la face de lautre, complètement décomposée.
Ca énerve de se faire éclater de cette façon, hein ?
Jeu vidéo,
frime, performance, donc quantité. Je ne parle pas de sexe, pas encore.
Là, je parle de collectionnite. Curieusement, on ne naît pas collectionneur,
on le devient par un concours de circonstance. En ce qui me concerne, je dois
ce travers ingérable de ma vie à mon père : il est prof de
techno. Ouais et alors ? me direz-vous, ou pas. Et bien, il animait
durant de nombreuses années un atelier jeu vidéo à son collège.
Ainsi, tous les vendredi soir, jattendais son retour avec Pepette, puis
lui sautais dessus et léchais ses oreilles, afin de pouvoir lui faire cracher
les disquettes que lui ont confiés ses élèves à mon
attention.
Des dizaines de
copains, des centaines de jeux, des milliers de souvenirs
Je renonce à
en énumérer ne serait-ce quune infime partie. Nous avons à
peu près les mêmes : simples et idéalisés.
Bon allez, juste
un seul pour la route : je revois cette sensation, la même que sur le TO7
six-sept ans auparavant : cest avec Zak Mc Kraken. Curieusement, ce jeu
est lun des seuls achetés de ma poche comme quoi, on nest
pas totalement machiavélique. Le jeu se lance, lintro, le rêve.
Je contrôle Zak, cest ma première expérience avec un
point and click (jappelais ça un jeu de verbe à lépoque).
Je sors de ma chambre, je fouille, jouvre le robinet, jéteins
la télé. Je sors de lappartement, jarrive dans la rue.
Je marche sur le trottoir, je me ballade, je tourne à langle, je
vois le bus, je continue
Ces 15-20 premières minutes mont vraiment
impressionnées. A lépoque, je nimaginais pas cela possible
: se balader dans une ville qui ressemble à la mienne !... Cétait
un tour de magie bien sûr, je percevais cette illusion de liberté,
mais je men accommodais largement.
1993
Le printemps,
quelle belle saison. La petite brise, le bruissement des feuilles, les sourires,
la douce chaleur, les courtes pluies, les narc-en-ciels, les fleurs, instant idéal
pour pouvoir samuser dans les parcs, les bois, faire des cabanes, exploser
des insectes avec des pétards, jeter des bombes à eau sur des passants,
visiter des propriétés abandonnées
Bon ben nous,
on matait des films érotiques, des films dhorreurs ou on jouait aux
jeux vidéo toute la journée. La grande classe quoi !
Pour la plupart
dentre nous, la 4ème se passe assez tranquillement : on a réussi
à faire virer un prof de maths du collège, on mange des speculoos
en cours de grec, et ma roue de vélo, malgré son énorme trou
à force de faire des dérapages, na pas encore explosé.
Pourtant un vent nouveau excite depuis peu notre curiosité, la Super Nintendo
est sortie depuis peu.
Que despoirs
sur cette machine et ses nouveaux jeux venus dailleurs. Cest Laurent,
le riche de la bande, qui saccapare lattention de tous en premier.
Il a acheté le précieux objet. Cest décidé,
le prochain samedi sera un grand jour : pizza pour tout le monde, projection de
Démon sur son grand écran et Street Fighter II en dessert.
Parfois, je me
demandais ce quun génie tel que moi pouvait faire avec ces étranges
otakus, cette bande de ratés. Alors, je me suis regardé dans le
miroir de la salle de bain de Laurent. Bercé par la douce mélopée
de 2Unlimited, japerçus mon teint blême tendance bleuâtre,
sans doute dû au dangereux mélange hamburger + film dhorreur
+ jv épileptique. Je sentis la nausée massaillir. Cest
donc au printemps 1993, sur le bord dune cuvette de WC, que je me rendis
compte dune terrible vérité : je ne suis pas un génie
! je ne suis quun nerd moi aussi, ce que notre société appelle
aussi looser, sans ambition, sans motivation professionnelle, une merde quoi !
Cool ! me dis-je
finalement. Le cur léger, lesprit serein et lestomac
enfin vide, je rejoignis mes paires : « Oli ! passe moi ce putain de pad
que je téclate avec Dhalsim ! » Ahh, le jeu vidéo, une
école de la vie
Plus tard, lun
dentre nous, abonné à Player One, sest pointé
au bahut avec des réductions pour le premier SuperGame Show au CNIT. «
On y va tous ! » et la bande sy invitât à son tour. Le
jour venu, une surprise nous attendait : quel monde à lentrée
! Cette file dattente impressionnante alors que les portes ne sont
pas encore ouvertes- nous permit de découvrir la communauté disparate
mais importante des jeunes gamers de France. « Unissez-vous ! », quil
disait, unissez-vous
pff
Le SG Show, cétait
le Disneyland du joueur, les stands Séga et Nintendo saffrontaient
à coup de bornes tous les 2 mètres. Une effervescence, une excitation
de tout instant, de toute une génération. Cest sûr que,
pour des puceaux comme nous, on en a pris plein les mirettes, exténués
à force de jouer des coudes pour découvrir une exclu, mais gonflés
à bloc par cette constante saturation de couleur, de pubs, de bips et du
doux parfum de merguez.
Ouais, 1993, cétait
sympa. Un samedi par mois, la randonnée Nation-Gare du Nord aller-retour
pour lécher les vitrines des boutiques de jeux vidéo et de mangas
nous épuisait. Notre fanzine mort né sappelait Maniac Consoles,
je moccupais de la rubrique PC, me contentant dun simple double test
Dune 1 vs Dune 2. Et puis, on samusait avec rien. Dans la cours du collège,
nos combats simulés saccompagnaient des reproductions sonores à
lidentique des héros de SF2 ou DBZ. Les filles nous regardaient dédaigneusement.
On sen foutait.
Mais plus pour
longtemps
Libido
« Les jeux
vidéo ? pff, connais pas, moi ! cest un truc de mioche, ça
!... » Et voilà comment ma libido ma fait quitter les joies
du pad pour les tourments des jupes légères. Les petits clins dil,
les regards pleins de sous-entendus, comment résister à de tels
appels ?!... à moins que ce soit juste le fruit de mon imagination
Bref jai
trahi le corps des gamers de 1995 à 1998. Lavènement de la
3D, de la Playstation et la N64 me sont totalement passés à côté.
Jétais dans un autre monde ; celui des boutons, de la fragilité
et des nuits humides mais solitaires. Je côtoyais un autre jeu, bien plus
dangereux. Dommage quil y en ait si peu dans lindustrie vidéoludique,
les filles font dexcellentes game designer : créer les règles,
gérer le risque et les récompenses du joueur deviennent un art entre
leurs mains expertes. Cela donne parfois limpression que le game designer
samuse avec le joueur. Se joue de lui.
De temps en temps,
pendant un jeu vidéo, il marrive un truc bizarre : alors que je suis
sur le point de gagner la partie, il ne me reste plus quà passer
à lattaque, une formalité quoi !, jai peur et jéteins.
La peur de gagner, la lâcheté, je suppose. Ce schéma se reproduit
quelque fois dans la réalité. Pour cette raison, jai refusé
dentrer complètement dans cette distraction féminine : je
me suis contenté du rôle de spectateur, passif. Car, à lavance,
je sais que je suis perdant. Pourquoi ? Principalement parce que la nature ne
ma pas particulièrement avantagé. Dans le cas contraire, je
naurais pas été un gamer, mais un fucking polish lover ou
un truc dans le genre. Etrangement, je nai pas profité de ma solitude
amoureuse pour me plonger dans le confort des jv. Pourquoi ? Tout bêtement
parce que jai trouvé un autre monde à découvrir : la
musique, avec laquelle jai autant de nostalgie que le jeu vidéo.
Curieusement, jaurais pu tirer un trait sur mes activités clandestines
vidéoludiques et cracher sur mon passé de gamer, mais je ne lai
pas fait. Pourquoi ? Parce quun jour, jai rencontré quelquun.
Une fille bien,
simple et souriante. Elle se moquait de lavis des autres : « les jeux,
cest un truc de gamin ? Ben oui, évidemment, mais qui a dit quon
était des adultes ?! ». Et je suis tombé amoureux. Jai
eu de la chance, cétait réciproque.
Elle aime les
jeux de plates-formes pour le bruit produit lorsque lavatar prend les pièces/anneaux
; elle aime sauter sur les champignons et tuer les « gros balourds »
; elle aime les RPG japonais pour leur ambiance et parce quon peut avancer
à son rythme. Faut dire aussi quelle joue comme une bille. Finalement,
à la fin du 20è siècle : moi, génie infini, jai
replongé dans le jeu vidéo grâce à une fille ! Sans
nul doute, une grande époque pour lhumanité !
Fort heureusement,
les copains ont connu la même trajectoire vidéoludique que moi. Donc,
comme plusieurs années auparavant, le schéma squatteur-squatté
sest recréé : je suis le squatteur, profitant judicieusement
de la naïveté de mes soi-disant amis. « Euh Xav, tu me prêtes
ta N64 ? Ah non non non, cest pas pour moi ! Voyons ! Pour qui me prends-tu
?!... cest pour
euh, ma mie ! elle veut jouer à Zelda
[tousse en silence]». Ainsi, nous nous sommes remis au travail ensemble
: quelques soirées de cours de rattrapage nous ont permis dapprécier
la curieuse course à la technologie du jeu vidéo, mais les séquelles
de notre vacance sont restées ouvertes : nous sommes devenus des casual
gamers. La honte !
Casual gaming
Je ne sais pas
pour vous, mais moi, dès que je joue plusieurs heures aux jeux vidéo,
je commence à me dire que je perds mon temps
Je ne joue pas seulement
pour méclater ou pour savourer ma maîtrise graduelle du système
ludique, mais aussi et surtout pour boucher les trous. Parce que je nai
rien dautre à foutre
Parce que je suis trop une feignasse pour
aller dans une bibliothèque, emprunter des disques ou prendre des photos
dans la rue. Et voilà, jai ma culpabilité qui me reprend :
le jv, cest du pipi de chat. Pourtant, ça na rien à
voir avec linfluence du grand public conservateur, je les *$@%*!# : très
objectivement, je considère le jeu vidéo comme une perte de temps.
Jai beau me persuader du contraire, il faut être fier dêtre
gamer, et blablabla, ben non, ça ne marche pas.
Alors, je cherche
la méthode de combat idéale dans les T-RPG, joublie les quêtes
annexes dans les Zelda, je peste devant les temps de chargement, je passe les
cinématiques, jabandonne lorsque le jeu devient trop difficile pour
moi, etc. Ciel ! je prie pour que ce ne soit pas là les démons de
la rentabilité qui me hantent. Je ne suis tout de même pas devenu
aussi adulte. Je suis trop jeune pour être con, bon sang !
En parallèle,
le vieux con sest penché sérieusement sur ce média
qui bouscule tout sur son passage (mais en oubliant la patience). Jai profité
de mon accès au net début 2003 pour avoir de multiples points de
vue sur la massification du jeu vidéo et prendre du recul sur son industrie.
Jai adoré poser mes fantasmes game-design sur papier. Nallez
donc pas croire que je naime pas jouer, mais la catharsis nest simplement
plus aussi facile. Comme tout le monde ici-bas, on grandit, on saperçoit
quil y a dautres manières de samuser, on a des responsabilités
et il faut du temps pour les assumer, on rentre dans le moule psychologique des
adultes. Et on regrette notre enfance. Normal quoi
Mais finalement,
fin janvier 2005, après plus de 20 ans de vidéoludisme derrière
moi, jai acheté ma première console. Avec près de 2h30
de transport en commun par jour, je me suis permis un petit plaisir : une Game
Boy SP. Jour après jour, je la vois se salir, prendre un peu de poussière,
je la trouve belle. Je naime pas le neuf. Ma copine lui a confectionnée
une petite pochette-chaussette à lintérieur de laquelle elle
reste bien protégée des chocs. Parfois, dans une rame bondée,
je mamuse à la sortir à grands gestes de ma sacoche et lexhiber
devant le regard indifférent des métro-parisiens. Ils ont leurs
vulgaires et bruyants portables, moi, jai ma fifille, ma mienne. Cest
agréable de frimer, quand même !
Un Tour de France
embrumé
Cest lEté.
Je dors, jentends un drôle de truc dans mon rêve, comme un son
dhélico. Ya des voix qui parlent de
danseuse
de
3è catégorie
le nez dans le guidon
Jouvre un il,
la tv est allumée, le soleil aussi, il est 15h. Cest bon, je peux
encore dormir.
Depuis deux nuits,
nous sommes sur Flash back. Entassés à 7 dans une minuscule chambre,
nous nous partageons les efforts pour mieux percer les secrets de ce monde fantastique.
Cest Oli qui manuvre, mais tout le monde est dastreinte pour
conseiller, donner des idées, participer, bref jouer. Hier, cétait
le bal des pompiers dans notre commune. Vous vous doutez à quel point nous
avons regretter de sacrifier cette fête enchanteresse, où saffichent
humblement les jeunes filles au jupe-ras-le-minou et garçons-au-torse-fier
du quartier sous des airs mélodiques et rythmés, pour vaquer durement
à notre tâche. Nous nous sommes juste permis une pause pour laussi
court que piteux feu dartifice de notre bonne vieille ville de banlieue
parisienne.
Un rayon de soleil
me réveille. Je regarde lécran de tv et voit le podium de
létape. Pff, cest encore Indurain qui va gagner cette année.
Quelle guigne ! Il arrivera jamais à 5, cest pas possible
Mes
parents et ma sur sont en vacances, jai la maison pour ma pomme. Quel
pied ! Bon allez, encore dodo.
Je rentre avec
les pizzas dans la chambre, ou plutôt la salle de jeu. Au moins avec elles,
ça sentira un peu moins le fauve. Heureusement, on est pas chez moi. Alors
cest quoi le nouveau petit boulot ? chasseur de prime ? cool ! Et vous en
êtes à quel étage du jeu real-tv ? Ca yest ! on a réussi
! le présentateur nous accueille ! Vite ! dépêche toi de courir
! tout sécroule autour de nous ! Mais je vais par où ?!!!
Monte dans le vaisseau spatial ! Nous sommes sauvés ! on a fini le jeu
!
Il est 10h du
mat. La tension est retombée dun coup, les visages sont fermés,
les traits tirés, les paupières lourdes. Mais nous avons sauvé
la Terre, alors nous sommes heureux. Je prends mon vélo dans la cave du
copain, on se dit à demain, à peu près à la même
heure. On se fera des jeux de bastons pour changer un peu. Fais chier, jaime
pas ça, les jeux de bastons. Menfin, je serais avec les copains,
le reste, cest du flan.
Je me rends lentement
à mon domicile, il fait beau et bon. Je rentre le vélo dans le garage,
je monte dans ma chambre, jouvre la fenêtre, jallume la tv,
je rentre dans ma couette. Je ferme les yeux. Jentends des oiseaux piailler
comme des hystériques. Jentends les bips de Motus à la tv.
Je laisse vaquer mon esprit, la fatigue venant.
Tout à
coup, je repense au vieux vaisseau spatial sur le TO7. Je souris intérieurement,
je soupire. Et je mendors.