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Les Sherlock Holmes de Frogwares
Le célèbre détective a très souvent été le héros de jeux vidéo et ce studio ukrainien, plus que tout autre, s'en est fait une spécialité avec la série des Adventures of Sherlock Holmes que cet article passe en revue. Un tour d'horizon des innombrables adaptations de Holmes autres que littéraires est aussi au programme.

Le Testament de Sherlock Holmes (2012, PC - PS3 - XBox 360)

Après la sortie de Sherlock Holmes contre Jack L’éventreur, la société Focus qui édite et distribue les jeux de Frogwares fait un constat inquiétant : le genre point & click, qui avait connu un regain d’intérêt sur PC depuis le jeu Runaway semble de nouveau en perte de vitesse. Si le studio veut continuer sur cette voie, il doit élargir son public, ce qui veut dire cibler les consoles. C’est donc dans la perspective d'une sortie en 2011 sur Playstation 3 et Xbox 360 que l’équipe de Frogwares développe son prochain titre, Le Testament de Sherlock Holmes. L’idée est très séduisante. Après tout, les jeux d’enquête sont très peu présents sur les supports de salon et les amateurs du genre en manque pourraient constituer une base intéressante.

Mais un évènement vient faire capoter le plan... Après plusieurs années de blackout sur son développement, RockStar Studio annonce fièrement le retour de LA. Noire, son projet pharaonique de jeu d'enquête en open world à la GTA. Sortie prévue : 2011. Se sachant incapables de concurrencer un géant de la communication tel que RockStar, Focus et Frogwares décident de temporiser. C’est donc en 2012 que sort Le Testament de Sherlock Holmes sur PS3, Xbox 360 et PC.

Bien que ce ne soit pas si fréquent, sur Grospixels on n’hésite pas à le dire lorsqu'on estime qu'une autre source s'est trompée sur un jeu, ou sur l'intention de ses auteurs. Ainsi, dans son test de Batman sur NES, Jika écrivait que la plupart des sites s'étaient plantés en annonçant que Batman Arkham Azylum était le premier jeu réussi avec Batman. Dans le même ordre d’idée, Simbabbad dans son article sur Earth Defense Force 2017 remettait en cause les propos du site Gamekult sur Deadly Premonition, notamment le fait d'écrire que ce jeu "est tellement mauvais qu’il en devient bon." alors qu'il faudrait plutôt expliquer que les bons éléments prennent le pas sur les mauvais.

Si je parle de cela, c’est que je ne peux aborder Le Testament... sans évoquer sa critique par la chaîne de TV NoLife (NdL : aujourd'hui défunte mais ce n'était pas le cas quand cet article a été rédigé), qui à l'époque m'inquiéta beaucoup. Le testeur n’y allait pas par quatre chemins : le gameplay ? Inexploitable, aucune façon de jouer n’est satisfaisante. Le scénario ? Ridicule et absurde, en fait c’est une comédie. Graphismes ? Moches, les enfants sont horribles. Avant de conclure : "Avec cet épisode, on touche le fond."

Moche ? On touche le fond ? Pourtant rien qu'en images on sent un réel bond au niveau graphique.

Ayant adoré Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, je pris tout de même le risque de l’acheter et d’y jouer. Et au bout d’une heure, avec tout le respect que j’ai pour cette chaîne, le constat était sans appel : le testeur de NoLife est passé à côté de son sujet. Car le Testament de Sherlock Holmes se montre loin, très loin d’être une déception. Mais n’allons pas de suite à la conclusion.

C'est reparti pour des énigmes.

L’histoire commence avec des enfants mal modélisés (c’est bien le seul point que j’accorde à la critique précédente), jouant dans un grenier. Ils découvrent alors, caché, un document écrit par Watson. Une histoire qu’il a gardée secrète jusqu’à aujourd’hui. Nous voici propulsés en 1898, et après une enquête pour le moins singulière, Watson découvre avec stupeur qu’un journal accuse Holmes d’être un imposteur et, pire, un escroc ayant monté une arnaque lors de sa dernière affaire. Holmes ne laisse pas le temps à Watson de s'énerver et nos deux associés entament leurs investigations. Cela dit, bien que refusant croire les journaux, Watson a l’impression que son ami change. Il se montre plus secret, plus distant et flirte avec les limites de la loi.

Le jeu est plus cru que son prédécesseur.

S’il n’en a pas l’air via ce résumé, le scénario du Testament de Sherlock Holmes est assez sombre, parfois même plus que Jack l’éventreur. On a ici affaire à un Holmes moins sociable que d’habitude (si, c’est possible). Le jeu est à ce titre bien écrit et on ressent vite l'envie de connaître le fin mot de l’histoire car, sans spoiler, on peut dire que c'est le scénario le plus ambitieux de la série, pas pour ses rebondissements (même s’ils sont au rendez-vous) mais par sa manière de proposer une forme de conclusion, non pas uniquement à la saga de jeu que traite cet article, mais aux aventures de Sherlock Holmes, ni plus ni moins.

Cette conclusion plaira ou non aux fans (personnellement j’ai aimé) mais il convient de saluer cette prise de risque de la part de Frogwares. Au-delà de ça, on note une petite nouveauté : après la première affaire (hors tutoriel), il est possible de choisir sur quel lieu enquêter. Cela ne change rien à la trame principale, mais ça coupe de la linéarité des épisodes précédents.

Les endroit visités sont assez variés.

Si l’histoire se montre donc à la hauteur des attentes, voyons ce que vaut le reste : concernant le gameplay, si les précédents épisodes optaient pour un choix entre vue point & click et à la première personne, cet épisode offre en bonus une vue de dos, ajoutée pour les versions consoles mais aussi présente sur PC, de même que le jeu au gamepad.

Là, par exemple, on est en vue de dos, beaucoup plus tendance sur console depuis Gears of War et Uncharted.

Pour ce qui est du reste, on est en terrain connu avec une alternance de recherche et d'énigmes. Si le tableau de déduction est toujours présent, les séquences de reconstitution apparues dans Jack L’éventreur ont disparu. Mais ne craignez rien, il y a toujours les phases d’analyse et d’examens de corps. Il est toujours possible de faire apparaître les éléments intéressants du décor, mais cette fois il faudra attendre un peu avant de pouvoir utiliser cette option. Notons aussi quelques nouveautés comme la possibilité de faire pression lors d’un interrogatoire, ou encore un passage où l’on maniera Toby, le chien de Holmes. Des ajouts qui au final n’apportent pas grand-chose.

Le tableau de déduction est de retour (désolé pour la langue, c'est la seule image que j'ai trouvée qui ne spoilait rien)

Si le gameplay ne bouleverse en rien une base déjà solide, techniquement c’est une autre histoire. Frogwares s’est retroussé les manches et a enfin mis une croix sur le moteur graphique désuet des précédents titres. Le jeu est donc à la hauteur et si certaines animations paraissent rigides, on apprécie l'utilisation du motion capture pour les personnages. Un mot sur le doublage : la mauvaise nouvelle est que nous n’avons plus droit au duo Benoit Allemane / Bruno Magne, qui officiaient respectivement en tant que Holmes et Watson depuis La nuit des sacrifiés. La bonne, c’est que malgré la surprise de se trouver avec de nouvelle voix, le doublage français tient la route.

Les diverses analyses sont toujours là.

Côté défauts, je retiendrai principalement que tout bon qu’il soit, le scénario m’a laissé le sentiment d’avoir manqué un passage... Rien de grave, gênant ou qui gâche réellement l’histoire, juste ce sentiment d’une ellipse quelque part, de quelque chose qui aurait pu être complété. De même, le jeu étant une conclusion, il contient logiquement des références aux épisodes précédents (les plus réussis, heureusement), ce qui peut renforcer cette incompréhension si on n'y a pas joué. Ajoutons à cela, pour les défatus, que la séquence avec le chien n'est guère palpitante...

La phase avec Tobi : une bonne idée, mais la réalisation ne lui rend pas justice.

Bien qu'à mes yeux un poil inférieur à Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur sur le plan des enquêtes, Le testament de Sherlock Holmes est un des meilleurs épisodes de la série. Il offre une conclusion chronologique satisfaisante à la saga de Frogware. Chronologique, oui, car ce ne sera en fait pas le dernier jeu du studio avec le détective. Et après cette réussite dans un registre classique, Frogwares s'apprête à bousculer les habitudes...

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