

C'est
la grande époque de l'aventure en full motion video : un an plus tôt, Gabriel
Knight II avait conquis des milliers de joueurs avec ses séquences entièrement
filmées mettant en scène des acteurs professionnels. C'est aussi la grande époque
du Quake-like (ou Duke-like si
l'on veut), avec une avalanche de titres du genre sortant chaque mois sans la
moindre pitié pour nos portefeuilles. C'est enfin la grande mode du "survival
horror", héritée du cinéma, lancée sur PC avec Alone
in the Dark, et qui semble ne jamais s'être éteinte depuis.

Realms of the Haunting est un OVNI atterri sur PC pour Noël 1996. Les développeurs
de Gremlin ont décidé de ne pas se lancer dans un genre prédéfini
mais d'en intégrer plusieurs dans un cocktail comme on n'en avait encore jamais
vu. Pour résumer ce mélange de genres, Realms of the Haunting (RotH) est un jeu
d'aventure en 3D ponctué de phases de shoot et de séquences video. Grosses craintes
de la part des mags de jeux à l'époque : face aux derniers quake-like en date,
les screens de RotH ne semblent pas faire le poids (rappelons que c'était un jeu
DOS !); d'un autre côté, on peut difficilement le considérer comme un jeu d'aventure
en raison de l'intégration de ces phases de shoot. Aussi sort-il dans une relative
indifférence. Et pourtant...
In the beginning...
Le joueur incarne Adam Randall, un jeune homme troublé par ses cauchemars depuis
la mort de son père. Ce dernier lui ayant légué sa demeure, une série de lettres
et un mystérieux paquet, il décide de se lancer sur ses traces afin de mettre
un terme à ces visions qui le hantent (d'où le titre du soft).

Le jeu démarre au moment-même où, ayant pénétré dans le manoir hérité de son père,
la double-porte d'entrée se referme derrière Adam. Le cliché propre aux films
d'épouvante en fera sourire certains mais force est de constater que pour peu
qu'on y joue tard le soir et lumières éteintes, RotH réussit son pari et fiche
royalement les pétoches - j'y reviendrai !
L'environnement est en 3D mappée temps réel et le jeu se déroule à la première
personne à l'instar d'un Doom 2 ou d'un Duke
Nukem 3D. En mode SVGA les graphismes sont très fins, avec des textures franchement
réussies (il faut voir la qualité des tapisseries et des tableaux accrochés aux
murs). Votre personnage progresse librement dans cet environnement, muni d'un
pistolet automatique et d'un sac dans lequel il est possible de ranger à peu près
tout ce qu'il trouve durant l'aventure. Il est d'ailleurs intéressant de préciser
que le jeu comporte des niveaux de difficulté différents : choisissez le niveau
le plus difficile et il vous faudra sélectionner l'objet adéquat de votre inventaire
pour interagir avec l'environnement; choisissez le niveau le plus facile et l'objet
adapté se retrouvera automatiquement placé dans votre main. Une excellente idée
!
Premières rencontres...
Rapidement vous rencontrerez une jeune fille aux talents de médium, Rebecca, incapable
de vous fournir une explication logique à sa présence dans le manoir. C'est
l'occasion d'une des premières et nombreuses séquences video du jeu, en plein
écran (vive le DOS !) et dont la qualité était assez inédite à l'époque.
Il est également surprenant de constater à quel point la cohésion entre les décors
de ces scènes vidéo et les environnements 3D du jeu a été préservée. Les décorateurs
des unes et les graphistes du autres ont travaillé en étroite collaboration, et
cela se voit ! Rebecca vous accompagnera ensuite durant une grande partie de l'aventure
: elle ne sera pas visible dans l'environnement 3D, mais ses interventions sonores
ponctueront votre progression, parfois amusantes, parfois effrayantes (lorsqu'elle
vous prévient d'une présence hostile), parfois agaçantes il faut bien le dire
! A noter que les voix ont été doublées en français d'une façon tout à fait correcte.

Vous
ne tarderez pas non plus à effectuer dans le manoir vos premières mauvaises rencontres,
et ce sera l'occasion de sortir votre arme pour les fameuses phases de shoot,
qui sont un peu décevantes. Certes la variété des armes est excellente (les armes
classiques telles que les différents couteaux, révolvers et fusils à pompe seront
vite remplacées par des armes moins conventionnelles, propres à éliminer les créatures
démoniaques). Mais ce sont les ennemis qui pêchent. Leur modélisation en full-motion
capture est assez inégale (certains créatures ne ressemblent à rien alors que
d'autres sont très réussies), et leur comportement fait défaut : très difficiles
à abattre à la base (d'autant que les munitions ne sont pas légion), ils se retrouvent
parfois bloqués par des obstacles du décor, comme le coin d'un mur ou un coffre
placé entre eux et vous, ce qui vous rend la tâche parfois trop difficile, parfois
trop facile.
Par contre, les phases de shoot ne nuisent pas au plaisir de l'aventure elle-même
: toujours intégrées logiquement, elles ne dépareillent pas et permettrent de
maintenir un rythme soutenu et le trouillomètre à zéro. Exemple : quel sursaut
lorsque, contemplant mon personnage dans un miroir j'y ai vu la porte derrière
moi s'ouvrir pour laisser apparaître deux créatures inconnues !
La porte vers d'autres mondes...
RotH est une aventure de longue haleine ! C'est simple : hormis Daggerfall
(dont certaines zones avaient été construites aléatoirement et paraissaient parfois
un peu vides et répétitives), jamais je n'ai vu d'univers aussi étendu
dans un jeu en 3D. On pense d'abord que la progression va se résumer à une exploration
du manoir, mais il va vite s'avérer n'être qu'une porte vers d'autres univers
parallèles (certains magnifiques, d'autres terriblement effrayants) que vous devrez
explorer.


Le scénario est bon, voire très bon : basique au début, il se complexifie très
vite avec l'arrivée d'une confrérie de templiers, et vos rencontres avec des démons
élémentaires (Belzébuth, Bélial...) incarnés par des acteurs au physique intéressant
(mention spéciale pour Bélial !). L'apparition du "type au chapeau"
est à chaque fois un intense moment de frayeur.
Mais je vous l'ai déjà dit : ce jeu file vite les chocottes ! Non seulement parce
qu'il est hautement immersif (les graphismes renforcent la sensation d'oppression
et l'ambiance sonore est excellente), mais aussi parce que les développeurs de
Gremlin ont effectué un véritable tour de force en modélisant le manoir comme
un tout dont on peut apercevoir les extérieurs par les différentes fenêtres et
baies vitrées (parc arboré sous la pluie et la tempête - question horreur on ne
se refait pas !). Un petit exemple : dans l'aile nord du manoir, il y a une pièce
du rez-de-chaussée dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte, mais je savais
qu'il s'agissait de la cuisine parce que je pouvais la distinguer depuis la fenêtre
du bureau situé au premier étage. Hors, à un moment où je fouillais le bureau,
quelle ne fut pas ma surprise de voir par la fenêtre que la cuisine s'était allumée
! Je vous laisse imaginer la frayeur que j'ai eue lorsque quelques secondes plus
tard, des pas se faisaient entendre dans l'escalier qui monte au bureau...


Ce
n'est qu'une anecdote, et nombreuses sont les sensations procurées par RotH. L'alchimie
est parfaite et on fait rapidement abstraction des phases de shoot assez moyennes
pour s'immerger complètement dans l'aventure.
Et pourtant...
Ce qui est triste, c'est que Realms of the Haunting n'ait pas connu un gros succès.
Ceux qui y ont joué à l'époque l'ont beaucoup apprécié, mais peu ont eu le "courage"
de se le procurer. Si de nombreux joueurs firent l'impasse, cela tient à mon avis
à ce que d'un côté les fans de FPS ont estimé qu'il n'égalait pas les dernières
productions en date, et de l'autre les aficionados de l'aventure pure et dure
n'ont pas apprécié les phases de shoot. On en restera donc sur un succès d'estime
et puisse ce test le faire connaître et tenter de nombreux joueurs de rattraper
le temps perdu !
- pixelpirate -
PS : on trouve sur le net pas mal de joueurs fans de realms of the Haunting, voici
donc un fansite :
http://www.realmsofthehaunting.com
C'est de là que viennent les quelques screens qui émaillent cet article,
l'anim gif du monstre ainsi que la piste sonore suivante, qui vous donne une idée
de la musique d'intro :
http ://www.realmsofthehaunting.com/sounds/intro_movie.mp3