
Rick Dangerous 1 / Rick Dangerous 2
Rick Dangerous
Rick Dangerous représente en quelque sorte
le summum dans un style de jeu vidéo qui ne se fait plus, tout en étant diablement en avance
sur son époque. Derrière l’idée originale de
ce jeu, on trouve certainement les aventures d’Indiana Jones au cinéma, et plus particulièrement
la séquence d’ouverture du premier volet, montrant Indy échapper à une avalanche
de pièges mortels disséminés dans une caverne. Bien entendu, sans l’humour et le
talent dont ont fait preuve les gens de Core Design, dont c’est le tout premier gros hit, ce jeu ne figurerait
pas en bonne place dans la liste des classiques 16-bits.

Rick Dangerous est un archéologue spécialisé
dans les anciennes civilisations d’Amérique du sud, qui a l’habitude de mener ses recherches sur
le terrain, vêtu d’une sorte de tenue de cow-boy et d’un chapeau indéboulonnable. Evidemment,
si sa description s’arrêtait là, on crierait au plagiat, mais il faut ajouter que Rick a
un physique plutôt ingrat. Sa tête est aussi volumineuse que tout le reste de son corps, il
a de petites jambes qui le font courir d’une façon ridicule, et lorsqu’il meurt, il pousse un cri
absolument grotesque qui semble parodier le célèbre "Wilhelm's scream" entendu
dans tout film d'aventure qui se réspecte. Cet apparence peu flatteuse ne l’empêche pas d’arborer
en permanence un sourire plutôt satisfait.
Alors qu’il pilotait un petit avion au dessus de la forêt Amazonienne,
à la recherche de la tribu Goolu aux mœurs cannibales supposées, Rick a été
victime d’une panne moteur et s’est crashé. Equipé d’un petit bâton, d’un pistolet
et d’un peu de dynamite, le voilà parti pour explorer des cavernes immenses, infestées d’indigènes
très dangereux et de pièges bien vicieux bricolés avec des bambous, des lianes et
beaucoup de cruauté. Par la suite, il visitera des tombes égyptiennes, un château,
et partira à l’assaut d’un camp nazi (l’action se passe pendant la seconde guerre mondiale) pour
déjouer une tentative de lancement de missiles sur Londres. Les ennemis rencontrés changent
à chaque fois (amazones, égyptiens et soldats SS)

Le premier mouvement du joueur, au début du premier niveau,
déclenche un piège mortel hérité d'Indiana Jones
Rick Dangerous est un jeu de plate-forme qui
préfigure une vague gigantesque de titres similaires sortis au début des années 90
(la majeure partie sur SuperNES), mais procure des sensations de jeu très différentes, qui
renvoient aux origines même des jeux vidéo. Tout est là : échelles, plate-formes,
dynamite qui met quelques secondes à exploser, pistolet, maniabilité parfaite, graphismes
BD, et progression savamment dosée. Ce qui fait la différence avec des titres ultérieurs
comme Earthworm Jim ou Mickey’s Magical Quest, c’est la difficulté phénoménale
du jeu et la nécessité pour progresser de mémoriser parfaitement des séquences
de mouvements difficiles qui ne se réussissent pas forcément à tous les coups même
si on les a anticipées.

L'avantage d'avoir affaire à des développeurs anglais : le texte d'intro est savoureusement
écrit.
La héros se manipule à l’ancienne,
à savoir avec un seul bouton et en faisant "haut" pour sauter. Pour utiliser la dynamite,
il faut actionner le joystick en bas en appuyant sur le bouton. Pour tirer au pistolet, c’est bouton +
haut. Le reste du temps, le bouton permet de frapper avec le bâton. Ce maniement déroutera
le joueur d’aujourd’hui, mais ne constitue jamais une gêne. Les ennemis n’ont aucune intelligence
artificielle et se contentent de faire des aller-retours. Lorsqu’on utilise la dynamite pour les tuer,
il faut jongler avec le délai d’explosion, la distance d’éloignement de Rick pour ne pas
être tué par l’explosion, et la distance de l’ennemi, qui doit être assez proche au
moment de l’explosion.
Bien entendu, les munitions sont limitées, et Rick trouve des réserves
de dynamite et de cartouches pour le pistolet au cours de l’aventure. Par ailleurs, il est amené
à collecter des masques en or défendus par les indigènes. Le point sur lequel le
jeu est le plus vicieux est l’usage qui est fait du scrolling. Celui-ci n’est pas continu, le décor
avançant par blocs. L’entrée dans chaque bloc de décor se solde par un piège
qui nécessite une action instantanée pour ne pas que Rick meure. C’est une véritable
enfer ! Arrivé en sortie de chaque bloc de décor, il faut se rappeler du piège qui
attend Rick de l’autre côté et en anticiper l’évitement. La mort provoquant un retour
en arrière de plusieurs blocs, il faudra refaire un parcours difficile pour revenir à l’endroit
ou l’on à échoué. La plupart des pièges sont suffisamment difficiles pour
nécessiter une concentration parfaite même si on les a déjà franchis des dizaines
de fois.

Des niveaux plus avancés
Rick Dangerous réclame donc une rigueur
totale, une concentration de tous les instants, une grande pratique de ce type de jeu et une patience
infinie. Etre une véritable machine à jouer, en fait. Pour ajouter à un tableau déjà
chargé, le joueur ne dispose que de 8 vies, et l’option continue est aux abonnés absents.
On se demande comment, dans ces conditions, ce
jeu a pu être à ce point être adulé à sa sortie. La raison est qu’il
est pratiquement impossible de s’arrêter d’y jouer. Malgré la multiplication de morts injustes,
de coups bas et l’énervement qu’il réserve au joueur, Rick Dangerous est un jeu incroyablement
accrocheur. La simplicité extrême de l’action, l’humour des graphismes, la bande son simple
mais efficace qui laisse entendre des millions de fois ce fameux cri accompagnant la mort de Rick, tout
est totalement réussi et cohérent. La difficulté, bien que très élevée,
n’est tout de même pas insurmontable et la progression est lente mais constante. Les 4 niveaux sont
très longs et proposent des graphismes assez répétitifs, mais la durée du
jeu ne repose pas uniquement sur cette difficulté, il s’agit d’un produit totalement fini, élitiste
mais pesé jusque dans le moindre détail.
Par la suite les concepteurs de jeux de plate-forme
ont adopté une approche totalement différente, plus grand public, notamment sur consoles,
en s’arrangeant pour éviter que le joueur ne recommence trop de fois les mêmes passages et
ne reparte jamais du début. C’est même devenu un point très important dans l’appréciation
du jeu. Rick Dangerous, en poussant à l’extrême une vision inverse, possède une charme
particulier et nous renvoie aux meilleures heures du jeu vidéo sur micros 8-bits, bien qu'il ait
surtout brillé sur ST et Amiga.
Ce hall of fame révèle l'origine de la copie !
Il faut toutefois reconnaître que malgré
une conception remarquable, Rick Dangerous procurait plus de plaisir dans sa version piratée, où
Rick disposait de vies infinies. Le jeu prenait alors une autre dimension, trouvait la stature d’un hit
universel, difficile mais pas trop, et d’une longueur rare pour l’époque grâce à l'étendue
des niveaux. L’option aurait donc pu être incluse dans le jeu original.
Rick Dangerous 2
Si le premier était un hit, le second
est carrément incontournable. Cette fois, Rick n’apparaît
plus en ersatz d’Indiana Jones, mais en super-héros ! Avec un costume à la Superman, et
de nouvelles armes, comme le pistolet laser ou les détonateurs électroniques, il affronte
des ennemis beaucoup plus variés que dans le premier épisode : robots, vikings, aventuriers
des bois et autres, dans des décors qui changent toujours à chaque niveau (intérieur
du vaisseau E.T., planète de glace, jungle…)

L’histoire, située en 1945, nous raconte
que Rick, après avoir sauvé la capitale anglaise du complot nazi visant à la détruire,
s’apprête à rentrer chez lui quand il aperçoit un vaisseau extra-terrestre. Il va
affronter ces ennemis venus d’une autre planète, encore pires que ceux qu’il avait vaincus dans
le premier épisode.


Cette fois le scénario est plus élaboré : il nécessite
4 écrans !
La formule est éprouvée, et on
sent que les auteurs du jeu en ont conservé les éléments déterminants, tout
en prenant des libertés avec le reste. On pourrait reprocher à ce deuxième volet
son manque de cohérence visuelle, mais le jeu est si réussi et passionnant qu’au contraire
on conseillera aux non-initiés de commencer par celui-là, dans la mesure où il est
moins répétitif et plus long (et un peu plus difficile aussi).
Il y a toujours 4 niveaux, plus un 5e secret,
mais ils sont très, très longs, et l’action réserve beaucoup de surprises. Bien sûr,
le principe est le même, à savoir qu’il faut recommencer encore et toujours les niveaux pour
progresser, mais cette fois la variété dans les situations éviter toute lassitude.
De plus, on peut choisir par quel niveau on commence.
Cette suite a eu un succès encore plus
énorme que le premier volet, et a largement contribué à faire de Core Design un studio
de développement très côté, qui s’est lancé dans des productions plus
ambitieuses (Heimdall 1&2, Chuck Rock) avec un talent égal, avant d’exploser sur PC et consoles
32-bits avec la série des Tombraider, dans lesquels un oeil exercé
pourra identifier quelques éléments issus des deux Rick Dangerous, la dérision en
moins.
Emulation
Plutôt que de vous coltiner les immondes
versions PC avec leurs graphismes en EGA boueux et leurs configurations de touches impossibles à
modifier, mieux vaut, une fois de plus, utiliser les versions ST ou Amiga
de ces jeux. Plus colorées et dotées de vrais sons, elles fonctionnent parfaitement en émulation.
Laurent