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Rayman Redemption
Année : 2020
Système : PC
Développeur : Ryemanni Team
Éditeur : n/a
Genre : Plate-forme / Action
[voir détails]
Par MTF (15 juillet 2020)

Comme on l'a vu avec l'article sur Rayman, cet épisode original proposait dès certaines de ses rééditions, dans les versions Gold ou Forever par exemple, des éditeurs de niveaux permettant à tous les joueurs et toutes les joueuses de faire vivre leurs idées et de les partager au monde entier, du moins, dans les limites permises des débuts de l'internet. Depuis, la chose s'est largement démocratisée, que ce soit par l'intermédiaire de jeux tels Little Big Planet ou Super Mario Maker, qui concentrent leur économie autour de l'échange de créations originales, ou par les initiatives amatrices tels les Kaizo Hacks ou les Pokémon: Crystal Clear.
Rayman Redemption, que je vous présente ici et que vous pourrez trouver (lien externe), emprunte un peu de l'un, un peu de l'autre : il s'agit effectivement d'un jeu complet, élaboré par une équipe de fanatiques et qui propose tant de nouveautés qu'il appartient sans doute aucun à cette seconde famille ; mais il a l'apparence des productions offertes par les outils officiels de l'équipe de Michel Ancel, lui donnant cette saveur inimitable de la « nostalgie nouvelle », sensation toute particulière qui ferait penser à la découverte d'une histoire perdue de Tintin ou d'un album oublié des Beatles.

La carte et les niveaux ont beau ressembler à l'original, l'œil averti y verra deux différences... ou trois !

Rayman Redemption se propose comme une relecture du jeu original, dont il reprend les grandes lignes, la progression et le concept général. Il s'agit toujours de traverser plusieurs grands mondes composés de divers niveaux, et notamment de trouver six cages dissimulées dans chacun de ceux-ci. Quiconque a joué au jeu premier retrouvera rapidement ses marques ; mais les nouveautés n'en restent pas moins innombrables.
Les meilleures améliorations viennent sans doute du gameplay. Alors que le jeu original exige de débloquer progressivement plusieurs capacités de Rayman, et non des moindres !, comme la course, l'hélicoptère, l'attaque au poing ou la possibilité de se suspendre aux corniches, ce qui rend le début de l'aventure particulièrement lambin, Rayman Redemption vous offre tout cela dès le premier niveau. Il est donc bien plus agréable de commencer l'aventure, et le jeu y gagne en nervosité.

Les développeurs ont personnalisé les plates-formes temporaires pour coller au thème du niveau, et ont aussi ajouté quelques nouveaux ennemis.

Il y a toujours des choses à débloquer, mais moins que des pouvoirs, il s'agit davantage d'éléments modifiant l'environnement : on fera notamment apparaître les anneaux violets qui permettent de se suspendre dans le vide, des ressorts et des lianes permettant d'atteindre les hauteurs. Ces éléments sont cependant à la marge, et il y a donc peu de backtracking dans le jeu au regard de l'original, la majorité des cages pouvant être théoriquement trouvées lors de notre premier passage dans le niveau.
Cela ne sera néanmoins pas une mince affaire, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, quasiment tous les niveaux ont été intégralement refaits. Un œil habitué reconnaîtra telle ou telle section, mais nous sommes clairement ici davantage dans la logique du remake que du simple remaster. En réalité, tous les bonus, et toutes les cages notamment, ont été déplacées : cela risque de surprendre les premières fois !

Parmi les nouveautés notables, ces ressorts bondissants et ces anneaux dorés, propulsant Rayman très loin et très vite.

Ensuite, la difficulté a été globalement augmentée, quand bien même ce sentiment serait toujours difficile à décrire objectivement. On rappellera que le jeu original est particulièrement ardu, et que le finir n'a jamais été une mince affaire ; Redemption ne trahit pas cette tradition, même s'il y met davantage les formes.
En effet, le jeu ménage très bien sa progression, mieux même que l'original : alors que ce dernier augmentait brutalement sa difficulté au commencement du second monde, Redemption illustre une montée plus intelligente, corrigeant même ce que nous pouvons considérer comme des erreurs dans le jeu premier. L'exemple le plus flagrant, c'est « l'énigme de la corde », quand il faut se servir des cheveux de Rayman, en mode « super-hélicoptère », pour découper une corde dans l'arrière-plan et libérer un passage. Initialement, ce segment est dans une phase chronométrée, et le seul indice est trouvé dans la notice du jeu ; ce sera aussi la seule fois de l'aventure où l'on nous demandera de faire cela... Dans Redemption, le concept est progressivement introduit, dans une zone tranquille, avant d'exiger un peu plus d'application. La comparaison est même tellement en sa défaveur, que l'on se demande bien comment cette séquence maladroite a pu exister dans l'original !

Ce piège de la corde est ici exploité au mieux, et les boutiques permettent de faciliter la progression.

Cependant, et bien que le jeu fasse mieux en termes de rythme et de progression, il fait à mon sens pire en termes de combat de boss. L'équipe de ce hack a effectivement modifié largement ces rencontres, créant de nouveaux boss, offrant de nouvelles attaques aux existants, amplifiant leur menace. Bien que l'intention soit louable, Rayman, le jeu s'entend, son gameplay et son moteur de jeu, ne me semble pas approprié pour cela.
En effet, les boss, et cela était déjà vrai dans l'original, ont de longues phases d'invincibilité entre chaque coup reçu, ce qui transforme chaque rencontre en un duel de plusieurs minutes. Cela est cependant plus douloureux ici, puisque le nombre de points de vie des boss a souvent doublé ; et un patron qui demandait déjà jadis deux à trois minutes pour être vaincu en demande à présent cinq ou six.

Cette plante, qui n'apparaissait qu'une seule fois, a été promue au rang de boss  et mini-moskito vous fait voler dans chaque monde à présent.

L'autre grand désavantage de ces combats, c'est que la hitbox de Rayman (le personnage, cette fois !) est peu claire, très grande et aux contours mal déterminés. Cela rend les combats contre les boss, se déroulant dans des arènes étroites, particulièrement éprouvants, les erreurs finissant par être inévitables sur d'aussi longues durées. Il n'y a rien de plus frustrant que d'échouer à la toute fin d'un long combat de boss, et de devoir recommencer six minutes d'esquives quasi-scriptées, les boss étant, pour la plupart, réguliers comme du papier à musique.
Il est donc particulièrement difficile d'arriver à la fin de Rayman Redemption « à la régulière », les derniers combats contre Mr. Dark étant à la frontière de l'impossible. Même avec l'augmentation des points de vie, qui va avec la découverte des cages d'Electoons, je n'ai su qu'entrer un cheat code (que le jeu gère nativement via un menu dédié) pour accéder à la fin du jeu.

Parmi les ultimes récompenses, on trouve de nouvelles tenues pour Rayman, évoquant parfois d'autres aventures (comme Rayman 3 pour le costume Vortex).

Il me faut également parler d'un autre aspect qui, malgré ses intentions louables, souffle le chaud et le froid. Le jeu ne fait effectivement pas que reprendre et modifier les éléments de l'original : il exploite également des sprites et éléments de décors que l'on ne trouvait, jadis, que dans l'éditeur de niveaux (et notamment pour le monde des gâteaux, expédié dans l'original), mais ajoute également un certain nombre de créations inédites, de nouveaux ennemis, quelques nouveaux objets et même un monde jamais vu auparavant, sur le thème du jeu. On a également de nouvelles musiques et de nouveaux bruitages, pour accompagner tout cela intelligemment.
Si certaines de ces créations sont bluffantes de qualité, notamment pour l'environnement sonore qui fait hommage aux travaux des compositeurs originaux (Rémi Gazel, Didier Lord et Stéphane Bellanger), les sprites créés pour l'occasion sont tantôt assez jolis (je pense notamment à l'araignée géante des cavernes ou aux nouveaux ennemis du premier monde), tantôt plutôt plans (la majorité des ennemis du monde des jouets, et ses décors). Toutes choses considérées, le bilan est plus que positif ; mais les belles réussites rendent ces imprécisions d'autant plus criantes. On peut néanmoins espérer des mises à jour ultérieures, adoucissant les arrêtes les plus aiguës.

Le monde des jouets a quelques clins d'œil sympas aux jeux Rayman éducatifs, mais graphiquement, le décalage dénote lourdement.

Il serait cependant dommage de bouder son plaisir, car au-delà de toutes les améliorations notables du jeu premier et malgré ses maladresses, le jeu offre beaucoup, beaucoup, et même davantage que tout cela. Il ajoute, dans chaque monde, un niveau à dos de moustique, à l'aune du petit bonus que l'on trouvait jadis, un mini-jeu de shoot'em up sympathique, à défaut d'être révolutionnaire ; deux échoppes, permettant d'acheter de nouvelles tenues pour le héros ainsi que des objets facilitant le repérage des cages ; des challenges et minis-jeux offrant un véritable « late game » qui manquait sans doute à l'épisode inaugural.
Rayman Redemption témoigne, surtout, d'un véritable amour et d'une véritable intelligence du jeu original, qui me semble progressivement oublié malgré ses rééditions, écrasé par la postérité qui des épisodes en trois dimensions (The Great Escape & Hoodlum Havoc), qui du dyptique Origins/Legends, fort différents en esprit de ce chef d'œuvre primodial. Parfaitement gratuit, mais réservé à l'heure où j'écris ces lignes aux systèmes Windows, le jeu mérite largement votre attention tant tout ce qu'il fait transpire la beauté.

Le château des délices est, en revanche, le grand vainqueur de la refonte. On y retrouve les challenges originaux, et bien plus...
MTF
(15 juillet 2020)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Vous pouvez télécharger le jeu sur cette page. Il se présente sous la forme d'un fichier zippé, à extraire. L'exécutable .exe se lance sans nécessiter d'installations particulières.
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