


La
société Rare est de nos jours un des studios de développement
de jeux vidéo les plus connus au monde. Leurs derniers titres en date,
sortis tous deux en Europe le 2 décembre 2005 en tant que launch
titles de la toute fraîche Xbox 360, ont beaucoup fait parler d'eux.
Bref, en 2006, Rare cest ca :


A gauche, Kameo : Elements of Power. A droite, Perfect
Dark Zero. Demandez donc à Phyl ce quil pense de ce dernier
Ca,
tout le monde connaît. Par contre, si on samuse à remonter
lhistoire du développeur anglais, on risque de perdre pas mal de
monde. Alors, revenons si vous le voulez bien aux origines de Rare, à lépoque
où celui-ci sappelait encore Ultimate Play the Game (historiquement,
le tout premier nom de la société est Ashby Computer Graphics, ou
ACG, mais ce nom na pas perduré et la société est vite
devenue Ultimate). Nous voici donc en 1983, date de sortie des premiers jeux engendrés
par la compagnie qui deviendra plus tard Rare. Cette année-là, Le
Retour du Jedi cartonne au cinéma, Michael Jackson enflamme la piste
de danse avec Billie Jean et Louis de Funès nous quitte. En 1983,
donc, Rare/Ultimate, cest ca :


En 1983, la jeune société Ultimate sort ses
4 premiers jeux, à savoir Atic Atac


... Le célébrissime JetPac
(ne manquez pas le très bon papier de JCV à son sujet) ...


le plus méconnu Tranz Am, et enfin le jeu
qui nous intéresse, à savoir PSST.
1983.
Durant la première année dexistence du studio, le ZX Spectrum
de Sinclair voit apparaître dans sa ludothèque
un jeu au titre plutôt curieux : PSSST. Derrière ce soft se
cachent Chris et Tim Stamper, les deux frères cofondateurs du studio Ultimate.
On ne présente plus ces deux hommes aujourdhui, étant donné
que nous avons tous joué à au moins un de leurs jeux. Effectivement,
lénumération (même non-exhaustive) de leurs créations
donne le tournis : citons pêle-mêle JetPac, Alien 8, Nightshade,
Knight Lore, Snake Rattlen Roll, Battletoads,
Donkey Kong Country, Killer
Instinct, GoldenEye 64, Banjo-Kazooie,
Perfect Dark, Conkers Bad Fur Day ou encore Grabbed
by the Ghoulies
Rare/Ultimate fait partie de ces studios capables de
faire germer les softs dexception à la chaîne, et ce depuis
plus de vingt ans. Si vous êtes en train de lire un article sur Grospixels,
cest que vous vous intéressez un tant soit peu au jeu vidéo.
Et si votre culture vidéoludique sétend au-delà dun
plombier moustachu ou dun hérisson bleu, vous avez forcément
joué à lun des titres issus du studio des frangins Stamper.


Chris et Tim Stamper lors du rachat de Rare par Microsoft
en 2002.

PSSST, le jeu officiel du Baygon vert.
Véritable
machine à rêves, le jeu vidéo vous a déjà permis
dincarner de multiples personnages plus valeureux et téméraires
les uns que les autres. Oui, vous êtes déjà entré à
plusieurs reprises dans la peau dun soldat fier et courageux, dun
preux chevalier ou dun aventurier bravant milles dangers. PSSST pousse encore
plus loin les limites de lhéroïsme et vous propose dendosser
le rôle de votre vie : celui de Robbie le robot.

Robbie le robot, dans toute sa splendeur mécanique.
La
tâche qui incombe à ce brave Robbie est noble mais délicate :
le petit robot a pour mission de repousser les assauts de vilains insectes affamés
voulant dévorer une plante. Celle-ci ne demande par ailleurs quà
se développer, jusquà éclore et donner une fleur resplendissante.
Vous, dont les connaissances en botanique nont dégal que votre
compréhension parfaite de lAraméen, avez reconnu sans peine
cette plante verte : le précieux végétal est une fleur
de concours appartenant à la variété appelée Thyrgodian
Megga Chrisanthodil. Lorsque la partie débute, votre plante est réduite
à létat de jeune pousse. Cette dernière a alors besoin
de temps afin de grandir, développer quelques feuilles et enfin se métamorphoser
en une fleur fuschia du plus bel effet.

Voici lécran de jeu. La plante que vous devez
protéger est au centre

Cest à vous, Robbie, de défendre cette plante afin que celle-ci
ait le temps de grandir, jusquà ce quelle puisse souvrir,
événement synonyme de la fin du niveau en cours.
Néanmoins,
ce ne sera pas chose aisée. En effet, le jardin dans lequel pousse votre
Thyrgodian Megga Chrisanthodil est plutôt mal famé, une sorte
de San Andreas du potager. Dignobles insectes tenteront de sagglutiner
à votre précieux végétal, afin de le dévorer
lentement mais sûrement. En mordant goulûment dans votre plante, les
insectes feront diminuer la taille de cette dernière, repoussant ainsi
l'achèvement du niveau (qui intervient lors de lépanouissement
de la fleur, rappelez-vous). Bien sûr, si votre plante est déjà
affaiblie et toute petite, un game over peut survenir si les insectes continuent
leur festin.

Visiblement, cest lheure du 4 heures
chez des insectes qui sen donnent à cur joie.
Des gueules de morts de faim.
Dans
PSSST, vous serez amené à tenir la dragée haute à
trois types dinsectes :
Des
limaces (ou Interstellar Space Slugs en VO). Animal le plus basique
possible et également le plus lent. La limace se contente davancer
droit devant elle, espérant tant bien que mal trouver la plante quelle
cherche afin de passer à table.


Des sangsues (ou Scuttling Leeches). Cet animal est le plus rapide
de tous mais ses déplacements sont un peu chaotiques. Les sangsues sont
néanmoins difficiles à manuvrer dans le jeu, la faute à
des mouvements nerveux principalement en diagonale.


Des
moucherons (ou Menacing Midges). De loin le plus fourbe de tout cet
horrible bestiaire, le moucheron se déplace de manière difficilement
prévisible et semble être plus calculateur et moins désordonné
que les autres insectes. Une véritable plaie.


Toutes
griffes dehors (enfin, cest une expression, ne cherchez pas non plus des
griffes sur un ver ou sur un moucheron
), ce petit monde tentera de venir
déguster votre appétissante plante verte. De plus, si vous percutez
un des ces insectes au cours de la partie, vous perdrez une de vos vies. Et quand
on sait quelles sont très limitées, vous comprendrez quil
vaut mieux éviter de se frotter de trop près à ces charmantes
petites bêtes. Néanmoins, Robbie nest pas du genre à
être pris au dépourvu : pour contrecarrer les plans de cette
ménagerie, le robot que vous incarnez a prévu de sortir lartillerie
lourde. Vous aurez donc à votre disposition trois sprays vaporisateurs
(doù le titre du jeu, PSSST, sensé représenter lonomatopée
associée au son quune bombe dinsecticide peut émettre),
chacun de ces trois sprays étant associés à une couleur différente :
-
Le spray bleu permet de détruire les vers et immobilise durant une courte
période les moucherons. Néanmoins, il est inefficace contre les
sangsues.

-
Le spray rouge, quant à lui, trouve son utilité contre les sangsues
quil élimine ou contre les vers quil paralyse. Il est toutefois
inefficace contre les moucherons.

-
Enfin, le spray jaune détruit sans pitié les moucherons et bloque
pour un court laps de temps les sangsues. Les vers sont totalement immunisés
contre cet insecticide-là.

La
difficulté de PSST vient du fait que Robbie a de toutes petites mains :
il nest hélas capable que de tenir une seule bombe à la fois.
Quand il voudra changer de spray (pour contrecarrer un ennemi différent
et donc sensible à un autre insecticide par exemple), il devra reposer
celui quil tenait. Sur les côtés de la zone de jeu, Robbie
pourra trouver dix emplacements répartis le long de deux murs de briques.
Il pourra déposer un spray dans un emplacement du mur qui était
préalablement vide, ou au contraire venir chercher une bombe dinsecticide
dans une des alvéoles sil ne tenait rien entre ses pinces. Il va
donc falloir jongler entre les trois aérosols dont dispose le joueur tout
en faisant des allers-retours entre les différents emplacements sur les
parois, afin de pouvoir poser ou reprendre la bombe dinsecticide adéquate.

Là, Robbie va devoir déposer son spray jaune
dans une cavité libre dun des murs afin de prendre la bombe rouge,
seule arme efficace contre ces maudites sangsues.
Contre les insectes qui font Bzz-Bzz ou Crr-Crr, il y a PSSST.
PSSST
est un jeu à tableaux, dans la plus grande tradition du genre : on
enchaîne les levels, ces derniers se ressemblant tous les uns les autres,
et seuls quelques détails changent dun niveau sur lautre, histoire
daugmenter la difficulté du soft. Et comme toujours dans ce type
de jeu, lobjectif prioritaire est le high-score. PSSST est un jeu difficile,
basé sur un système de score assez exigeant, ce dernier récompensant
les manuvres les plus périlleuses. Par exemple, pour faire gonfler
rapidement son score, le joueur devra se démunir de tous ses insecticides
pour aller chercher des bonus qui apparaissent aléatoirement dans les alvéoles
des murs latéraux. Ces bonus arrivent dans la zone de jeu en prenant la
forme dun objet ayant un rapport plus ou moins direct avec le jardinage
(un arrosoir, de lengrais, une tapette, etc.) : en allant les chercher,
le joueur doit délaisser quelques instants sa précieuse plante tout
en déposant les armes quil peut avoir à sa disposition, ce
qui le rend extrêmement vulnérable pendant un court laps de temps.

Lobjet violet en haut à droite de lécran
est un bonus de points : si vous visez le high-score, ruez-vous dessus !
23
ans
PSSST a 23 ans
Pour un jeu vidéo, un tel âge est
souvent synonyme de décrépitude ludique totale. Ici, le même
miracle que celui qui a préservé JetPac se produit : même
de nos jours, PSSST est encore amusant à jouer. Certes, il appartient à
une époque complètement révolue et comporte plusieurs détails
rappelant impitoyablement quil est trop daté pour encore passionner
tout le monde. Labsence quasi-totale de musique, la redondance du gameplay
tout au long de lexpérience de jeu ou encore la technique à
la traîne avec ses sprites aux couleurs baveuses et ses bouillies de pixels
lorsque deux objets se superposent (ZX Spectrum rules) nous rappellent que de
PSSST à Kameo, il y a un monde. Malgré cela, avec lappât
du high-score et ce concept simple et accrocheur, la magie perdure et on se surprend
à enchaîner les parties pour aller toujours plus loin et pour faire
toujours plus de points.

Un cliché dune rare violence : lexplosion
dun ver en direct. Poignant.
PSSST
appartient à cette génération de softs qui se moquaient davoir
un scénario ou de faire vivre une aventure. PSSST est un jeu,
au sens le plus évident du terme : il na pas dautres ambitions
que de distraire celui qui y joue, et ses mécaniques de jeu basées
principalement sur la quête du high-score font penser aux jeux de café
dantan. PSSST ne rencontrera pas un succès retentissant lors de sa
sortie, probablement éclipsé par JetPac qui, lui, connaîtra
les honneurs de deux suites. Aujourdhui, tout le monde connaît un
grand nombre de jeux du studio Ultimate/Rare, mais certains softs moins célèbres
ne jouissent pas de la même gloire que celle dont profitent des titres comme
Perfect Dark ou Conkers Bad Fur Day. Afin de pouvoir briller en société
par la suite, je vous invite à jeter un il à PSSST si vous
lavez raté jusquà aujourdhui. Le jeu est suffisamment
bon pour mériter le coup dil, même de nos jours. Entre
la quête dun guerrier élémentaire de Kameo et une joyeuse
session de frags frénétiques sur Perfect Dark Zero en réseau,
lancez donc un émulateur ZX Spectrum : chasser des insectes pour protéger
une fleur de concours nest pas le genre dexploits que lon réalise
tous les jours
Jika, Episode III : La revanche des
PSSST.
PS
: Pour votre culture personnelle, sachez que PSSST est sorti uniquement sur ZX
Spectrum mais que le soft a connu deux sorties différentes. En effet, il
a été édité sous deux formats distincts : en
version cassette, comme les autres jeux ZX, mais aussi en version cartouche (format
ROM), compatible avec lInterface 2 de Spectrum. Cette interface disposait
de deux ports manettes et d'un lecteur de cartouches spéciales dédiées
à la machine de Lord Sinclair. Plus dinformations à cette
adresse :
http://en.wikipedia.org/wiki/ZX_Interface_2


LInterface 2 pour le ZX Spectrum, sortie en septembre
83.
Il
est amusant de constater que seulement 10 jeux sont sortis en version cartouche
ROM sur ZX Spectrum, étant donné que ce format coûtait
beaucoup plus cher que les cassettes que les autres jeux utilisaient. Ces titres
sont : JetPac, PSSST, Cookie, Tranz Am, Chess, Backgammon, Hungry Horace,
Horace and the Spiders, Planetoids et Space Raiders. Notez que 4 de ces 10 jeux
sont des productions Ultimate Play the Game.
PPS : Pour finir, signalons que dans Starfox Adventure (2002), sur Game Cube,
jeu développé par Rare, l'une des nombreuses épreuves traversées
par Fox Mc Cloud, et qui sont autant de mini-jeux, est un hommage assez évident
à PSSST. Il s'agit de protéger les oeufs d'une maman dinosaure,
placés au centre de l'écran, de serpents qui arrivent par des entrées
situées aux 4 coins de l'écran. La gestion des priorités
est similaire à celle de PSSST, bien que simplifiée.



PSSST sous ses deux formes : à gauche la version
cassette, au centre et à droite la version cartouche ROM.