2/ Les spin-off
Délaissons
un peu ces... monstruosités que sont les Pokémon
Stadium et parlons un peu plus des trois autres jeux que
j'ai annoncés. Je vais tout d'abord passer rapidement sur Pokémon
Snap (1999), jeu très moyen y compris au plan de sa
réalisation qui consiste à capturer les pokémons...
sur pellicule au cours d'un safari photo. Le personnage bouge tout
seul sur un parcours prédéfini, et il doit photographier
le plus possible de créatures, des points bonus lui étant
alloués en fonction de la pertinence du cliché. Plus
il obtient de points, plus il pourra obtenir d'objets lui permettant
de faire apparaître d'autres bestioles et de faire de meilleurs
clichés : appâts pour faire sortir les loups du
bois, flûte pour les faire danser, etc. etc. Il était
possible aux États-Unis et au Japon d'amener sa cartouche dans
un magasin de jeux vidéo afin d'imprimer ses clichés
et en tapisser sa chambre.
Durée de vie médiocre, rejouabilité nulle, réalisation lamentable, Pokémon Snap est un jeu de sinistre mémoire, premier titre pouvant rentrer sans sourciller dans la catégorie « pompe à fric ». Hop, déjà oublié.
Même la boîte du jeu est moche...
Plus intéressant, du moins dans son concept, Hey, you, Pikachu!, sorti uniquement au Japon (1998) et aux États-Unis (2000) utilise un accessoire assez insolite, le Voice Recognition Unit ou VRU qui ressemble peu ou prou à un micro. Seuls deux jeux sur N64 utilisent cet accessoire : celui-ci et un titre exclusif à l'archipel, Densha de Go! 64, une simulation de conduite de train.
L'on ne peut pas sincèrement dire qu'il y a un quelconque « but » dans ce jeu. Il ne s'agit là que de discuter avec Pikachu, la plus célèbre des mascottes, qui pouvait reconnaître des mots simples (« Hello », « Goodbye » etc.) et agir en conséquence. Il s'agissait de jouer avec le pokémon, de lui faire faire des tours pour progresser, gagner des « Pika points » pour acheter des jouets pour Pikachu, etc. etc. Si le jeu est intéressant au-delà de ce micro, c'est que d'une part c'est lui qui initia la création de la Nintendo 64 « Pikachu » qui arriva en France quant à elle ; d'autre part, la technologie que développa Nintendo pour ce jeu servit plus tard pour des consoles comme la Nintendo DS ou encore la Game Cube (avec le micro fourni pour Mario Party 6). Si l'on peut alors trouver à ce jeu un défaut, au-delà de son intérêt, disons, « limité » est le fait qu'il fonctionne très mal, du moins en version américaine : plusieurs sites de jeux vidéo anglo-saxons consignent cette tare, alors qu'apparemment le système fonctionnait de façon honnête au Japon. Une curiosité à n'en point douter.
Mais arrivons maintenant au cœur du sujet. Car malgré ce que l'on pourrait penser, Pokémon Puzzle League ou PPL pour les intimes est un ovni au sein de cette liste. C'est un jeu qui n'arriva qu'aux États-Unis et en Europe en 2000 et 2001 respectivement, le Japon n'ayant eu droit, quant à lui, qu'à la version Game Boy Color du jeu, sous le nom de Pokémon Puzzle Challenge (version qui fut disponible mondialement du reste). Si ce jeu est un ovni, ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un puzzle game, mais parce que ce jeu est, aussi étrange que cela puisse paraître, assez réputé dans le milieu des joueurs. Tout comme Super Mario Kart est encore joué aujourd'hui en tournoi, tout comme Street Fighter II est encore joué en tournoi, Pokémon Puzzle League est non seulement joué en tournoi, mais il est réputé comme étant l'un des puzzle games les plus difficiles de la création, comme si la « malédiction Stadium » l'avait lui aussi touché. Cependant, s'il est un domaine où la difficulté est toujours surmonté, c'est bien ce genre-ci : et ce qui pouvait être une tare pour les Stadium est une curieuse bénédiction pour PPL.
Ça paye pas de mine, hein ?
Dans la « grande famille des puzzle games », l'on distingue, bon an mal an, trois grands « Dieux » : il y a la famille Tetris, représenté notamment par la série des Tetris Grand Master, il y a la famille Puyo Puyo et il y a la famille Panel de Pon, mieux connu par chez nous sous le nom Tetris Attack.
La famille Panel de Pon ne se conçoit qu'en mode « bataille », comme ses confrères du reste quand il s'agit de tournoi. L'objectif global est rigoureusement le même, il s'agit de faire en sorte de surcharger l'écran de jeu de l'adversaire en lui envoyant des « blocs déchets » par le biais d'attaques et de combinaisons, ce qui provoque ainsi sa défaite. Ce qui distingue en réalité ces trois familles, c'est le modus operandi : dans Tetris, on fait disparaître des lignes, dans Puyo Puyo on crée des associations de couleurs, dans Panel de Pon, il s'agit toujours de jouer avec des associations de couleurs ou de figures, mais avec quelques petites subtilités en plus. Puisque Grospixels ne possède pas d'articles sur ce style de puzzle game (c'est un comble, ça, madame !), je vais ici en résumer les grandes lignes bien qu'il faille garder à l'esprit que, comme toujours dans ces genres de jeu, il existe de multiples subtilités et autres petits détails, mais je suis loin de maîtriser ce sujet aussi bien que je peux le faire pour Tetris.
Voici
comme sont les choses : le joueur contrôle un curseur composé
de deux carrés au sein de son espace de jeu, qu'il peut faire
permuter uniquement sur l'axe horizontal. Ce faisant, il peut alors
inter-changer deux blocs de couleur pour les faire permuter, celui
de droite allant à gauche et vice-versa. Il est possible d'opérer
un échange entre deux blocs, mais également entre un
bloc et du vide, afin notamment de faire tomber ce premier dans un
interstice, les blocs étant soumis, contrairement à
Tetris, à la gravité. Le but est alors
de juxtaposer trois blocs (ou plus) de la même couleur afin
de les faire disparaître : ils laissent alors un espace
vacant dans lequel les blocs supérieurs viennent tomber, ce
qui peut alors provoquer une réaction de chaîne, clé
pour envoyer des blocs déchets à l'adversaire. L'autre
subtilité du jeu vient de la façon dont les nouveaux
blocs apparaissent : plutôt que de tomber du haut de l'écran
comme dans Tetris ou Puyo Puyo,
c'est le joueur qui, d'une pression sur les boutons L et R fait apparaître
de nouvelles lignes à partir du bas de son écran, gardant
ainsi la main mise sur son jeu.
Toute la difficulté vient, précisément, de ce fait-ci : s'il est tentant de laisser son écran de jeu le plus bas possible pour ne pas arriver en haut de l'écran, ce qui signerait sa perte, il faut savoir que pour éliminer les blocs déchets de l'adversaire, il faut faire des combinaisons qui « touchent » lesdits blocs. Et si son stock de blocs « exploitables » n'est pas assez conséquent, impossible de s'en débarrasser... Mais avoir un stock trop haut augmente le risque de toucher le haut de l'écran. Un savant mélange qui promet, comme vous vous en doutez, de grandes parties.
Panel de Pon et son adaptation Tetris Attack qui utilise en réalité l'univers de Yoshi's Island.
Si
le premier Panel de Pon/Tetris Attack
a eu un beau succès, Pokémon Puzzle League
pousse la perversité plus loin encore en augmentant de façon
très sensible la difficulté : il faut toujours
affronter son rival, les chefs de ligue et Mewtwo - le « scénario »
du jeu étant une fusion de l'histoire de la première
génération, du dessin animé et du premier film
Pokémon - mais dès le mode « facile »,
finir le jeu est loin d'être sinécure. Comptez en plus
qu'il existe au-dessus de ça un mode « Normal »,
« Difficile », « Très Difficile »
(T-Dur) et « Super Difficile » (S-Dur).
Cette itération est la plus difficile des versions de Tetris
Attack qui fut créée. Ajoutez à cela
des voix françaises hilarantes et des séquences de dessin
animé créées spécialement pour le jeu,
et vous avez un titre étrangement addictif tant seul qu'à
deux, un classique sous-estimé de la N64 que l'on
peut encore trouver à un prix très abordable (moins
de dix euros en occasion, moins de trente en neuf). Si vous tombez
dessus, et quand bien même vous serez un réfractaire
absolu au monde de Pokémon, laissez-vous tenter.
C'est un jeu qui vous occupera autant que Tetris
Battle Gaiden ou Puzzle Fighter. À
noter qu'il est disponible sur Virtual Console, si jamais
vous êtes intéressé.
À droite, Pokémon Puzzle Challenge sur Game Boy Color. La version est médiocre principalement à cause de l'absence de flippers sur la console qui empêchent de moduler son jeu comme on le désire.