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Pest Patrol

Date de Sortie : 1982
Système : Apple II
Développeur : Mark Allen
Editeur : Sierra on-line
Support : Disquette 5.25

 

Space Invaders fait partie de tous ces jeux mythiques aux concepts génialement simples qui leur garantissent un succès ravageur. On pourrait au même titre citer des jeux comme Pacman ou encore Tetris. Tous ces jeux ont eu quantités de clones, généralement de simples copies bénéficiant d'une amélioration graphique ou d'une retranscription dans l'univers d'un héros connu. Mais régulièrement, certains concepteurs essayent d'aller un peu plus loin, de reprendre l'idée de base mais de la traiter différemment. On peut par exemple voir en Puyo Puyo l'un des descendants les plus fabuleux de Tetris (Puyo Puyo aura tellement bien réussi à renouveler le genre qu'il sera lui-même plagié à outrance, ce qui est une façon de boucler la boucle).

S'il n'a pas été une révolution du genre, le jeu que nous allons découvrir aujourd'hui est sorti sur Apple II en 1982 et s'inspire du légendaire Space Invaders tout en y apportant des éléments intéressants. A la base, le gameplay est identique. Pour ceux qui auraient hiberné ces 30 dernières années, un petit rappel : le joueur contrôle un vaisseau situé en bas de l'écran et pouvant se déplacer sur un axe horizontal. Des extraterrestres arrivent par le haut de l'écran et se déplacent eux aussi de gauche à droite tout en descendant de plus en plus vite. Le but est simple : tirer sur ces envahisseurs et les détruire tous avant qu'ils n'atteignent le sol, tout en évitant de se faire toucher... Le principe de Pest Patrol est donc identique, à ceci près qu'il est beaucoup plus dynamique. J'entends par là que les différentes sortes d'ennemis ne sont pas uniquement là pour rapporter plus ou moins de points, mais qu'ils ont des attitudes différentes les uns des autres :

L'araignée, relativement coriace puisqu'il faut plusieurs tirs pour en venir à bout, se contente de descendre doucement à la verticale. Une fois qu'elle a atteint le sol -si elle n'a pas été détruite avant- elle saute à droite et à gauche dans le but de vous écraser et il devient alors très difficile de l'atteindre (il faut passer en dessous d'elle lorsqu'elle saute, ce qui se joue quasiment au pixel près). L'escargot n'est pas dangereux. Il est lent se contente de traverser l'écran en ligne droite, de haut en bas ou de droite à gauche suivant les niveaux. Il est particulièrement difficile à détruire, mais heureusement son extermination n'est pas nécessaire pour passer au niveau suivant, car il finit toujours par s'en aller. En revanche, sa grande robustesse permet aux autres adversaires de l'utiliser comme bouclier.


Si un ennemi atteint le sol et vous fonce dessus, il n'y a aucun moyen de lui échapper

Les autres protagonistes ont des comportements bien plus variés, selon les niveaux. Ils peuvent par exemple tomber à la verticale les uns après les autres et rebondir comme de simples balles, de moins en moins haut, jusqu'à devenir immobiles au sol et vous foncer directement dessus (mort assurée). Ils peuvent aussi suivre une route dans le ciel à la queue leu leu, ou encore rebondir comme des balles de flipper dans tout l'écran. Par moments, certains vous tireront dessus, où encore lanceront des petites mines. Lorsque ces dernières atteignent le sol, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre qu'elles explosent, ce qui peut en attendant vous cloîtrer dans une partie de l'écran alors que la situation évolue à votre désavantage de l'autre côté. Certains projectiles ont aussi tendance à s'orienter vers vous avant de se fixer (ou d'exploser) au sol. Bref, il faut être rapide et précis pour ne pas être dépassé par les évènements.

Pest Patrol est une succession de tableaux dans lesquelles la situation devient de plus en plus difficile à maîtriser : si dans chaque niveau, les pestes suivent une route toute tracée, le niveau de difficulté va aller croissant. Plus nombreuses, plus rapides, il deviendra de plus en plus délicat d'atteindre le niveau suivant. L'autre problème vient du fait que lorsque vous perdez une vie (vous en avez 5 au départ), vous redescendez aussi au tableau inférieur. Il est donc tout à fait possible d'atteindre le 20ème tableau -par exemple- et de vous retrouver au 15ème si vous enchaînez les défaites. Cela dit la difficulté, quoique très élevée, est assez bien répartie et même s'il y aura toujours régulièrement LE tableau que l'on n'aime pas pour telle ou telle raison, il y aura aussi des tableaux que l'on passera de plus en plus facilement à force de les connaître.


Suivant un chemin tout tracé ou bien rebondissant partout, les pestes restent dangereuses

La motivation principale de ce jeu est, comme énormément de jeux 'Arcade', le score et l'envie de passer le plus de tableaux possible, le tout de la meilleure manière qui soit (en l'occurrence sans perdre une vie, ou en tirant dans le mille à chaque fois, performance qui va rapidement devenir obligatoire pour espérer survivre). C'est ce qui fait que l'on peut sans problème jouer ou rejouer à ce jeu qui ne paye pas de mine. A noter aussi la présence d'un mode ralenti qui réduit la vitesse du jeu, permettant ainsi de mieux juger la situation (un mode "bullet time" continu, quoi). Il existe aussi un mode practice, beaucoup plus facile dans la mesure où vous commencerez avec 76 vies ! Doit-on y voir une allusion au fait que le jeu comporterait 76 niveaux ? Je dois bien avouer n'être jamais arrivé aussi loin dans le jeu pour vérifier ou infirmer cette hypothèse... D'ailleurs si quelqu'un a réussi cet exploit avec 5 petites vies, qu'il n'hésite pas à se manifester !

Mis à part le fait qu'il n'y a encore aucun scrolling et que vous ne pouvez vous déplacer que sur un seul axe, Pest Patrol est un jeu assez représentatif de l'étape transitoire entre deux styles de shoot'em up. Une sorte d'hybride entre la première génération (Space Invaders) et le shoot'em up 2D tel qu'on le connaîtra ensuite (c'est-à-dire des jeux dans lesquels on se débarrasse des ennemis qui arrivent par vagues successives -je schématise, bien sûr-) à travers des jeux comme les célèbres Gradius, R-type, ou pour rester dans le shoot vertical le très abouti Galaga. D'ailleurs, si j'aime comparer Pest Patrol à Space Invaders en partie à cause de l'âge de l'Apple, c'est plutôt à ce monument incontournable du shoot qu'est Galaga (sorti peu de temps avant en arcade) que le jeu de Sierra fait penser. Disons une variante moins ambitieuse. En fait, il est important de souligner que le développeur de Pest Patrol, Mark Allen, n'en est pas à son coup d'essai en ce qui concerne l'évolution du genre; Il est déjà auteur d'un clone de Space Invaders pour Apple II nommé Apple Stellar Invaders, et surtout d'un autre jeu qui modifie le challenge de façon conséquente en proposant au joueur un canon orientable mais immobile, Sabotage (1981). Pour reprendre ce que j'avais évoqué au début concernant les clones, c'est comme ça que l'on peut voir tous ces jeux, dont Pest Patrol : sans prétention, qui reprennent de manière efficace différents éléments de gameplay déjà connus, et qui ne font que confirmer le potentiel ludique de leurs grands frères (et par extention de leurs descendants). Les tous derniers éléments d'une génération de "jeu de tirs", démontrant que le genre était mature et prêt pour une nouvelle étape dans l'évolution du Shoot them up.


Jean-christian Verdez

Votre avis nous intéresse

11/05/2003 - Laurent

L'article rejoint une théorie que j'aime bien : pendant que le marché du jeu vidéo se cassait prétendument la gueule en raison des déboires d'Atari, Coleco et Mattel, il se passait des choses passionnantes sur micro. C'était un véritable laboratoire d'essais, une sorte de gigantesque béta-test en vue d'une reconquête du public.

Franchement, j'envie les fortunés qui pouvaient s'offrir un Apple II en 1982, ils ont assisté à des choses incroyables. Le C64 et le Spectrum ont bien pris la suite, mais c'est là que sont nés bien des concepts qui nous éclatent encore aujourd'hui. Je revois encore les publicités qui nous montraient des jeux incroyables avec de vrais personnages qui ressemblaient à quelque chose, pendant qu'on se contentait encore de déplacer de petits carrés noirs sur l'écran avec nos ZX-81. Quelle époque ! On bavait en écoutant les légendes qui disaient que sur la face interieure du capot de l'Apple II, il y avait les signatures de Jobs et Wozniak gravées dans le plastique. Je me demande si c'était vrai, d'ailleurs.

Jamais Apple n'a été aussi en avance sur ses concurrents qu'à l'époque.

11/05/2003 - Atari Frog

Je suis en grande partie d'accord avec toi, Laurent. Si on a souvent imputé le "crash" du marché des consoles de jeu à la baisse de qualité des productions sur Atari VCS (PAC-MAN, E.T, les innombrables compagnies se lançant sur le marché...), il ne faut pas oublier que les micro-ordinateurs, certes plus chers, ont petit à petit su gagner les foyers par leur polyvalence, les baisses de prix et leur faculté à proposer autre chose dans le domaine ludique à partir de 1981-1982. Si les jeux sur les micros de l'époque étaient réservés à une élite avant une certaine période (Apple ][ omniprésent mais vendu très cher, TRS-80 populaire mais pas du tout adapté aux jeux d'arcade, Atari 8-bits se vendant moyennement à cause de la... VCS), les choses évoluent petit à petit à partir de 1981...

La baisse du prix de la mémoire et les performances de plus en plus intéressantes des micro-ordinateurs permettent de toucher un public plus large. Et l'innovation est là car les consoles utilisent uniquement le support cartouche, limitant les possibilités ludiques et obligeant les compagnies à vendre assez cher ces produits. Avant que le C64 s'impose à partir de 1983-1984, on peut dire que le trio Apple ][ / VIC-20 / Atari 8-bits a vraiment proposé de plus en plus...

L'Apple ][ a vu naître les premières simulations, les premiers jeux d'aventure, les premiers wargames, des jeux d'arcade plus complexes. Le VIC-20 a commencé à démocratiser la micro (prix abordable de la machine, nombreux jeux sur cassette bons et peu chers). Les Atari 8-bits ont innové à leur manière grâce à leurs performances époustouflantes : premier véritable FPS avec STAR RAIDERS en 1979, premier wargame avec scrolling avec EASTERN FRONT en 1981, les jeux LUCASFILM, MINER 2049ER, BOULDER DASH, FORT APOCALYPSE, MULE... En 1983, l'avènement du C64 enterre définitivement les consoles.