Space Invaders
fait partie de tous ces jeux mythiques aux concepts génialement simples qui leur garantissent un succès ravageur.
On pourrait au même titre citer des jeux comme Pacman ou encore Tetris.
Tous ces jeux ont eu quantités de clones, généralement de simples copies bénéficiant d'une
amélioration graphique ou d'une retranscription dans l'univers d'un héros connu. Mais régulièrement,
certains concepteurs essayent d'aller un peu plus loin, de reprendre l'idée de base mais de la traiter différemment.
On peut par exemple voir en Puyo Puyo l'un des descendants les plus fabuleux de Tetris (Puyo Puyo aura tellement bien
réussi à renouveler le genre qu'il sera lui-même plagié à outrance, ce qui est une façon
de boucler la boucle).
S'il n'a pas été une
révolution du genre, le jeu que nous allons découvrir aujourd'hui est sorti sur Apple II en 1982 et s'inspire
du légendaire Space Invaders tout en y apportant des éléments intéressants. A la base, le gameplay
est identique. Pour ceux qui auraient hiberné ces 30 dernières années, un petit rappel : le joueur contrôle
un vaisseau situé en bas de l'écran et pouvant se déplacer sur un axe horizontal. Des extraterrestres
arrivent par le haut de l'écran et se déplacent eux aussi de gauche à droite tout en descendant de plus
en plus vite. Le but est simple : tirer sur ces envahisseurs et les détruire tous avant qu'ils n'atteignent le sol,
tout en évitant de se faire toucher... Le principe de Pest Patrol est donc identique, à ceci près qu'il
est beaucoup plus dynamique. J'entends par là que les différentes sortes d'ennemis ne sont pas uniquement là
pour rapporter plus ou moins de points, mais qu'ils ont des attitudes différentes les uns des autres :
L'araignée, relativement
coriace puisqu'il faut plusieurs tirs pour en venir à bout, se contente de descendre doucement à la verticale.
Une fois qu'elle a atteint le sol -si elle n'a pas été détruite avant- elle saute à droite et
à gauche dans le but de vous écraser et il devient alors très difficile de l'atteindre (il faut passer
en dessous d'elle lorsqu'elle saute, ce qui se joue quasiment au pixel près). L'escargot n'est pas dangereux.
Il est lent se contente de traverser l'écran en ligne droite, de haut en bas ou de droite à gauche suivant les
niveaux. Il est particulièrement difficile à détruire, mais heureusement son extermination n'est pas
nécessaire pour passer au niveau suivant, car il finit toujours par s'en aller. En revanche, sa grande robustesse permet
aux autres adversaires de l'utiliser comme bouclier.


Si un ennemi atteint le sol et vous fonce dessus, il n'y
a aucun moyen de lui échapper
Les autres protagonistes ont des comportements
bien plus variés, selon les niveaux. Ils peuvent par exemple tomber à la verticale les uns après les
autres et rebondir comme de simples balles, de moins en moins haut, jusqu'à devenir immobiles au sol et vous foncer
directement dessus (mort assurée). Ils peuvent aussi suivre une route dans le ciel à la queue leu leu, ou encore
rebondir comme des balles de flipper dans tout l'écran. Par moments, certains vous tireront dessus, où encore
lanceront des petites mines. Lorsque ces dernières atteignent le sol, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre
qu'elles explosent, ce qui peut en attendant vous cloîtrer dans une partie de l'écran alors que la situation
évolue à votre désavantage de l'autre côté. Certains projectiles ont aussi tendance à
s'orienter vers vous avant de se fixer (ou d'exploser) au sol. Bref, il faut être rapide et précis pour ne pas
être dépassé par les évènements.
Pest Patrol est une succession de tableaux
dans lesquelles la situation devient de plus en plus difficile à maîtriser : si dans chaque niveau, les pestes
suivent une route toute tracée, le niveau de difficulté va aller croissant. Plus nombreuses, plus rapides, il
deviendra de plus en plus délicat d'atteindre le niveau suivant. L'autre problème vient du fait que lorsque
vous perdez une vie (vous en avez 5 au départ), vous redescendez aussi au tableau inférieur. Il est donc tout
à fait possible d'atteindre le 20ème tableau -par exemple- et de vous retrouver au 15ème si vous enchaînez
les défaites. Cela dit la difficulté, quoique très élevée, est assez bien répartie
et même s'il y aura toujours régulièrement LE tableau que l'on n'aime pas pour telle ou telle raison,
il y aura aussi des tableaux que l'on passera de plus en plus facilement à force de les connaître.


Suivant un chemin tout tracé ou bien rebondissant
partout, les pestes restent dangereuses
La motivation principale de ce jeu
est, comme énormément de jeux 'Arcade', le score et l'envie de passer le plus de tableaux possible, le tout
de la meilleure manière qui soit (en l'occurrence sans perdre une vie, ou en tirant dans le mille à chaque fois,
performance qui va rapidement devenir obligatoire pour espérer survivre). C'est ce qui fait que l'on peut sans problème
jouer ou rejouer à ce jeu qui ne paye pas de mine. A noter aussi la présence d'un mode ralenti qui réduit
la vitesse du jeu, permettant ainsi de mieux juger la situation (un mode "bullet time" continu, quoi). Il existe
aussi un mode practice, beaucoup plus facile dans la mesure où vous commencerez avec 76 vies ! Doit-on y voir une allusion
au fait que le jeu comporterait 76 niveaux ? Je dois bien avouer n'être jamais arrivé aussi loin dans le jeu
pour vérifier ou infirmer cette hypothèse... D'ailleurs si quelqu'un a réussi cet exploit avec 5 petites
vies, qu'il n'hésite pas à se manifester !
Mis à part le fait qu'il n'y
a encore aucun scrolling et que vous ne pouvez vous déplacer que sur un seul axe, Pest Patrol est un jeu assez représentatif
de l'étape transitoire entre deux styles de shoot'em up. Une sorte d'hybride entre la première génération
(Space Invaders) et le shoot'em up 2D tel qu'on le connaîtra ensuite (c'est-à-dire des jeux dans lesquels on
se débarrasse des ennemis qui arrivent par vagues successives -je schématise, bien sûr-) à travers
des jeux comme les célèbres Gradius, R-type, ou
pour rester dans le shoot vertical le très abouti Galaga. D'ailleurs, si j'aime comparer
Pest Patrol à Space Invaders en partie à cause de l'âge de l'Apple, c'est plutôt à ce monument
incontournable du shoot qu'est Galaga (sorti peu de temps avant en arcade) que le jeu de Sierra fait penser. Disons une variante
moins ambitieuse. En fait, il est important de souligner que le développeur de Pest Patrol, Mark Allen,
n'en est pas à son coup d'essai en ce qui concerne l'évolution du genre; Il est déjà auteur d'un
clone de Space Invaders pour Apple II nommé Apple Stellar Invaders, et surtout d'un autre jeu qui modifie le
challenge de façon conséquente en proposant au joueur un canon orientable mais immobile, Sabotage
(1981). Pour reprendre ce que j'avais évoqué au début concernant les clones, c'est comme ça que
l'on peut voir tous ces jeux, dont Pest Patrol : sans prétention, qui reprennent de manière efficace différents
éléments de gameplay déjà connus, et qui ne font que confirmer le potentiel ludique de leurs grands
frères (et par extention de leurs descendants). Les tous derniers éléments d'une génération
de "jeu de tirs", démontrant que le genre était mature et prêt pour une nouvelle étape
dans l'évolution du Shoot them up.
Jean-christian Verdez