

Comme beaucoup d'adolescents à la fin des années 90-début
des années 2000, j'ai découvert l'univers des samuraï via le
manga de Nobuhiro Watsuki, Rurouni Kenshin (Kenshin
le Vagabond en français). Édité
chez Glénat, ce manga de 28 volumes conte l'histoire de Kenshin, un samuraï
vagabond errant de village en village, au début de l'ère Meiji,
en portant sur lui le fardeau d'un passé d'assassin au service du gouvernement,
et ayant le meurtre de sa propre femme sur la conscience.
Quel
est le rapport avec le jeu que je chronique ? J'y viens. Arriva un moment
où, avec un ami, nous avons voulu trouver des œuvres présentant
la culture et la mythologie asiatique de manière moins conventionnelle
(il faut dire que Watsuki est un poil trop fan de Marvel à mon goût...),
d'accéder à quelque chose qui nous ferait dire « là,
j'ai entre les mains quelque chose de réellement spécial ».
Ce quelque chose de spécial, nous le découvrîmes au détour
d'un rayon jeux vidéo d'une grande surface, a pour nom Otogi,
un titre sorti en 2003 de From Software, ce qui pourrait sembler étrange
puisque l'on connait surtout la firme pour la série Armored Core,
un jeu de Mechs bien éloigné du style médiéval.
On peut aussi deviner que, puisque c'est Sega qui édite, le jeu va se planter
commercialement, et va être adoré par une minorité de joueurs,
et on aura raison. Il faut dire qu'une fois de plus, Sega a misé sur un
titre franchement hors normes.

Le
jeu nous met dans la peau de Raikoh, membre d'un clan d'exécuteurs à
la solde du gouvernement. Habitué aux sales besognes, on va cependant lui
donner un ordre auquel il ne pourra jamais obéir : tuer son propre
père. Raikoh décide donc de fuir Kyoto en emportant avec lui l'épée
ancestale de son clan... sans se rendre compte que son départ va signer
la fin de la capitale. Le sceau qui délimitait la frontière entre
le monde des humains et celui des démons n'est en effet plus assez puissant,
ce que va exploiter un mystérieux conspirateur en le brisant en morceaux.
La frontière est ainsi ouverte, laissant des hordes de monstres déferler
sur la région. Raikoh, décidément trop naïf, sera également
tué par une vague de magie noire dévastant tout sur son passage.
Mais
tout n'est pas encore terminé : une princesse mystérieuse,
bannie dans l'au-delà, va donner une seconde chance à notre héros
en le laissant dans un état entre la vie et la mort. Elle lui propose de
se repentir de ses péchés commis en tant qu'assassin en sauvant
le monde des humains des démons qui le ravagent, en rétablissant
le sceau et en éliminant le conspirateur à l'origine de l'avènement
des ténèbres.
Dès
l'écran titre, le jeu donne le ton. Des motifs de toile traditionnelle,
avec des sons d'instruments traditionnels japonais pour rythmer le curseur qui
s'agite dans les menus. Des fleurs de cerisiers volent dans les écrans
de chargement, l'histoire et les ennemis sont présentés dans des
parchemins et des dessins qui ne sont pas sans rappeler ces estampes si particulières.
Point de hard-rock, point de police d'écriture agressive ou de voix rauques
de vétérans de la Guerre du Golfe, on sent dès le départ
qu'on a affaire à un jeu qui ne parlera pas à tout le monde, loin
de là.


Comme ce combat au clair de lune au-dessus d'un lac,
Otogi distille de nombreux moments de grâce.
Les
contrôles sont loin d'être compliqués : A pour sauter,
B pour la magie, X pour les attaques légères et Y pour les attaques
lourdes. La gâchette gauche servira de lock, la droite pour dasher. Si les
combats ne sont pas sans rappeler certains classiques du beat 3D comme Devil
May Cry ou même Onimusha (plus
à propos car les deux jeux partagent le même thème),
le maniement de Raikoh est assez proche d'un
autre jeu de Sega, un certain Gun Valkyrie,
sorti aussi sur Xbox d'ailleurs, mais en plus fluide, plus... magique. La combinaison
du saut et du dash va montrer en effet dès le départ qu'on est dans
un contexte onirique puisqu'au prix d'un peu de magie il est possible d'utiliser
le dash pour rester en l'air très, très longtemps, au point qu'il
est techniquement possible de traverser un niveau en ne touchant jamais le sol !
Particulièrement
grisant... On en a même tendance à oublier que Raikoh ne foule pas
de nouveau le monde des humains gratuitement, et l'état de « demi-vie »
se fera rapidement sentir.
Le premier niveau nous plonge dans le bain, à savoir une bambouseraie éclairée
par la lune et hantée par des démons de forme étrange. Enchanté
par la puissance des coups de Raikoh qui envoient les ennemis s'éclater
dans les falaises alentour et sa mobilité de félin porté
par des ailes, le joueur ne réalisera que lors du deuxième niveau
qu'il est déjà en train de mourir, et ce dès que l'action
commence ! En effet, le fait de rester dans le monde des humains n'est pas
sans dommages et lui coûte de la magie, et ce en continu.
Une fois sa jauge de magie vide il ne pourra plus dasher, utiliser de magie élémentaire,
ni même avoir accès à la régénération
partielle (si une de vos orbes de vie est entamée, il suffit de ne pas
se faire frapper pendant quelques secondes pour qu'elle se remplisse). Le moindre
coup, et je dis bien un seul coup suffira pour avoir raison de Raikoh dans cet
état. Il va donc falloir la jouer fine, et récupérer des
orbes de magie pour rester un peu plus longtemps dans le plan, et même pour
lancer des sorts.


Faufilez-vous dans son dos pour battre ce géant.
Ce niveau volcanique a pour
particularité une gravité lunaire. Et un boss bien accompagné
de surcroît.
Le
dosage de l'utilisation de la jauge de magie est primordial dans ce jeu, puisque
vous ne pourrez pas battre des hordes de démons vindicatifs sans avoir
recours à la puissance élémentale de Soryu, Byakko, Genbu
et Suzaku, les quatre divinités cardinales, dont il faudra s'approprier
le pouvoir. Otogi
vous fera très clairement comprendre que, loin d'être un parcours
de santé, Raikoh subit une torture permanente, lente et sournoise, et que
sa surpuissance est à la hauteur de la décréptitude dans
laquelle le plonge son état de mort-vivant.

Un exemple typique de boss d'Otogi. Vous devez le
frapper à la tête juste au moment où il tente de vous croquer.
En cas d'erreur, vous allez prendre un sacré coup de jus !
L'autre
mission de l'ex-assassin est aussi de délivrer les esprits prisonniers.
Enfermés dans des éléments du décor, il va falloir
les libérer si vous voulez avoir assez d'argent pour le magasin de la Princesse,
et aussi pour obtenir l'arme ultime du jeu. Ils exigent d'exploser tout ce qui
peut être explosé dans un niveau, ce qui demande du temps (n'oubliez
pas la jauge de Magie !), de la recherche, et votre arme risque de ne pas aimer,
car celle-ci s'abimera, perdant peu à peu de sa puissance, nécessitant
un entretien constant entre les niveaux.
Outre
les esprits et les sorts, il est également possible de récupérer
des orbes de vie supplémentaires. Cette chasse n'est pas obligatoire, mais
faire tout le jeu avec les trois ou quatre orbes de départ va vite devenir
mission impossible, tant le jeu vous plongera dans des situations exigeant un
comportement à la limite du kamikaze ! Certains niveaux sont hantés
par des esprits dévoreurs de magie, qui mangeront votre jauge à
une vitesse démentielle, à moins que vous n'atteigniez à
temps les arches, signe de repos malheureusement très bref. En effet, l'autre
force d'Otogiest
de réussir à varier les objectifs de mission : parfois c'est
du massacre, parfois de l'escorte, parfois il suffit d'arriver vivant jusqu'au
boss.

Un boss particulier : Raikoh doit clouer ses
mains pour le sceller de nouveau.
Mais méfiance : il faut se mettre régulièrement à
l'abri, pour éviter son sort de foudre qui nous tue sur-le-champ.
Qu'on
ne s'y trompe pas : le jeu n'est pas d'une difficulté excessive mais
imposera au joueur une grande concentration, de l'habileté, et avouons-le,
une certaine patience envers le système de lock inutile et le réglage
manuel de la caméra un poil trop mou. Ces défauts, que certains
ont trouvé rédhibitoires, ne m'ont pourtant pas empêché
de prendre un pied monstrueux sur les aventures de Raikoh. Le jeu peut être
exigeant, agaçant, mais beaucoup trop charmeur pour mes sens pour que l'envie
de laisser tomber pointe. Otogi
est un de mes jeux culte sur Xbox, que je recommande chaudement à ceux
qui sont réceptifs aux combats contre des démons sur fond de musique
traditionnelle, et aux jeux disposant d'une véritable personnalité.
À noter que l'histoire est, très librement, il est vrai, des exploits militaires
d'un homme nommé Minamoto, du clan Yorimitsu. Je laisse le lien Wiki pour
les plus curieux d'entre vous : http://fr.wikipedia.org/wiki/Minamoto_no_Yorimitsu.
Tama