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Lankhor
Un studio de développement cher à tous les joueurs Français vient de fermer ses portes. Cet article a été écrit fin 2001 suite à l'annonce de la fin de Lankhor. Il est autant l'occasion d'une rétrospective que d'un hommage.

Benjamin Liénard – Interview

Benjamin Liénard fait partie des programmeurs de l’écurie Lankhor depuis la reprise d’activité de 1999. Il a accepté de nous accorder une petite interview.

Présentation

  • Quand et dans quelles circonstances es-tu entré chez Lankhor ?
  • En Juin 1999, je terminais mon stage de DUT et je cherchais désespérément un poste de programmeur de jeux vidéo. Je suis tombé sur le site de l’INA (excellent site en passant pour trouver un job dans le jeu vidéo) et une offre de Lankhor correspondait pile poil à mes compétences. J’ai téléphoné et ca s’est très bien passé. J’ai eu mon DUT d’info le 21, j’ai commencé chez Lankhor le 22 ;).
  • Quelles fonctions occupes tu chez Lankhor et quels sont les jeux sur lesquels tu as travaillé ?
  • Je suis programmeur. En général je m’occupe de la programmation des interfaces et des outils, mais j’ai également touché un peu à tout le reste : son, réseau, vidéos, modes de jeu, etc. J’ai bossé sur F1 World Grand Prix et Warm Up ! sur PC et PSX. Je suis à l’origine de Ski Park Manager pour lequel j’ai aussi surtout programmé.
  • Peux tu nous résumer ton cursus, tes débuts, tes études ?
  • BAC Scientifique, DUT d’informatique option génie informatique. Je n’avais quasiment aucune base de programmation avant de commencer mon DUT.
    J’ai également fait quelques incursions dans le monde des démomakers avec le groupe PoPsY TeAm.
  • Avant d’en faire partie, quels sont les jeux Lankhor que tu as pratiqués, et de façon générale, quels styles de jeux apprécies-tu ?
  • J’ai beaucoup joué à Vroom. Pas trop à Mortevielle et Maupiti car j’aimais bien les jeux d’aventure, mais je n’étais à l’époque pas très fan d’enquêtes policières. Néanmoins je me suis pris une bonne claque lorsque j’ai entendu l’Amiga de mon pote débiter des phrases qui sont à jamais restées gravées dans ma mémoire. Du côté des jeux que j’affectionne, tout dépend de la période, de la plate-forme et du contexte. De manière générale il y a peu de type de jeu que j’ai laissé de côté. Jeux de plate-forme, arcade et baston sur console, aventure et simulations de combats sur Atari et Amiga, stratégie, gestion, courses, et quake-likes sur PC.
  • Quels micros et consoles as tu possédés ?
  • Dans l’ordre : la bonne vieille console Pong en noir et blanc, une NES, un CPC 6128, une super NES puis une quantité innombrables de PCs.
    J’ai eu la chance d’avoir des amis qui avaient chacun des machines différentes, ce qui m’a permis de toucher à peu près à toutes les plates-formes de jeux depuis ma naissance ( Atari, Amiga, Vertrex, Sega, Playstation, ...  ).
  • As tu un modèle, une idole, dans ton travail ?
  • J’admire la façon dont Peter Molyneux travaille et je l’envie. Il a pu se faire suffisamment d’argent avec ses premiers jeux, puis quitter Bullfrog quand cela commençait à trop virer au commercial. Maintenant il a les moyens de faire les jeux qu’il veut avec le temps qu’il faut pour les faire, et cela se ressent. J’aimerais suivre cette voie, mais pour cela il faut trouver l’autonomie financière nécessaire à un développement libre. A part ça, j’apprécie beaucoup les gens avec qui je travaille ... de manière générale, on essaye tous de se tirer vers le haut.
  • Quels sont tes centres d’intérêt en dehors des jeux vidéo ?
  • Le roller, le karting, le ciné, les ballades... Bon bon, fini de parler de moi là ;)

Lankhor : présent et avenir

  • Quels sont tes projets ?
  • Continuer dans le jeu vidéo si c’est possible, peut-être monter un nouvelle société, rien n’est décidé pour le moment. Pour l’instant nous nous attachons à finir correctement Ski Park Manager. J’aurais ensuite tout le temps de penser à cela lorsque je serai au chômage.
  • Sukiya a-t-il une chance de sortir un jour ?
  • Si un éditeur veut enfin qu’il voit le jour, oui. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Peut-être faudrait-t-il l’appeler "Coca Cola Pokemon Sukiya" pour qu’ils mordent ;)
  • Si nos lecteurs ont du goût, ils vont foncer acheter Ski Park Manager, le dernier jeu développé par Lankhor. Pourquoi ne vont-ils pas regretter de l’avoir fait, d’après toi ?
  • Tout simplement parce qu’il s’agit d’un jeu de gestion avec des bases classiques comme pour un Roller Coaster Tycoon, mais avec un environnement nouveau et des fonctionnalités avancées par rapport à ce qui se fait dans ce genre de jeu. Il n’y a pas de fioritures cosmétiques.... Que du jeu, du jeu et du jeu.
    Ceux qui achèteront ce jeu seront principalement des fans du genre ( ils sont très nombreux ) et ils ne seront pas déçus. Ce jeu à été écrit par un fan pour les fans.

Lankhor : le passé

  • Une question sur Vroom, un classique de Lankhor : Guillaume Genty et Stephane Polard en sont les auteurs, d’après nos sources, mais on peut lire le nom de Dan McRae quand le jeu démarre, crédité en tant que programmeur. Qui est Dan McRae ?
  • Daniel Macré, de son vrai nom, est tout simplement un des patrons actuels de Lankhor et l’auteur de Vroom. Il a rejoint Lankhor, après avoir terminé Vroom sur QL, afin que le studio adapte le jeu sur ST. Depuis c’est principalement lui qui s’est occupé de la gestion des projets de F1. Quand à Guillaume et Stéphane, ils ont juste réalisé l’adaptation PC.
  • Certains jeux Lankhor ont longtemps été retardés avant leur sortie, comme Maupiti Island ou Vroom. Etait-ce par perfectionnisme ?
  • On était pas nombreux à l’époque. Chaque jeu était d’avantage le résultat du travail d’un programmeur et d’un graphiste le plus souvent. Il fallait également s’occuper de la partie édition du jeu. Néanmoins, il est vrai que c’est surtout le besoin de perfectionner les jeux en question qui prenait beaucoup de temps.
  • Bien que différents graphistes y aient participé, les jeux Lankhor ont un style visuel facilement reconnaissable. A quoi cela est-il du ?
  • Les premiers jeux Lankhor étaient le fruit d’un seul graphiste. Ensuite je pense qu’il s’agissait d’avantage d’un style de l’époque plutôt que d’un style Lankhor. Il n’y a qu’a voir la différence graphique qui existe entre Morteville et Maupiti.

Le jeu vidéo à la Française

  • Comment se situe, selon toi, la production Française sur le marché des jeux vidéo ?
  • Sans être chauvin, je pense que l’on se situe dans le haut de la pyramide si l’on regarde l’histoire du jeu vidéo ... Ubi, Cryo (anciennement Ere surtout), Infogrames, Microids, Titus, Delphine, puis tous ces petits studios Lyonnais et Parisiens qui ont su faire des jeux de qualité. Je regrette néanmoins la tournure trop commerciale que prennent les jeux en général. Dans ce domaine, les Français ont malheureusement suivi la vague et cela se ressent sur la qualité de production. Heureusement, il y a quelques exceptions.
  • Quelles sont les relations entre les différents éditeurs Français de jeux vidéo ?
  • Entre les éditeurs, franchement, je n’en sais rien. Entre développeurs français et même étrangers, l’entente et plutôt bonne, pour preuve les mails de soutien que l’on a reçus ces derniers jours de la part de sociétés Françaises mais aussi Anglaises et Allemandes.
    J’ai également la chance d’avoir de nombreux amis qui travaillent dans d’autres studios et les relations avec eux sont très bonnes.
  • Un sujet qui nous touche beaucoup : que penses-tu du rachat d’Atari par Infogrames ?
  • C’est du marketing purement et simplement. De toutes façon, Atari est mort, c’était une époque, pas une marque. Dans l’ensemble ça m’agace pas mal que les mecs s’imaginent que parce qu’un jeu est estampillé Atari, ils vont retrouver les sensations qu’ils avaient à l’époque sur cette machine. Si c’est cela qu’ils cherchent, qu’ils s’installent un émulateur ... là il retrouveront les vrais jeux Atari.

Sur le site www.lankhor.net figure une autre interview de Benjamin, dans laquelle il donne des éclaircissements sur la cessation d’activité de Lankhor, et d’autres détails sur Ski Park Manager.

Emulation

La plupart des jeux Lankhor trouvent tout leur attrait dans leur version Atari ST et Amstrad CPC, deux ordinateurs qui disposent d’une multitude de bons émulateurs sur PC. Lankhor autorise la diffusion gratuite d’une large partie de son catalogue en images-disque. Vous les trouverez sur le site www.lankhor.net.

Ne passez pas à côté des classiques Mortevielle, MaupitiIsland et Vroom, qui existent par ailleurs sur PC dans des versions faciles à trouver sur des sites d’abandonware.

Conclusion

Une phrase de Benjamin Liénard nous semble résumer parfaitement ce qu’a été Lankhor pendant 15 ans :  "Il n’y a pas de fioritures cosmétiques.... Que du jeu, du jeu et du jeu.". La préoccupation de Jean-Luc Langlois et son équipe à toujours été le jeu avant tout. Réalisés dans des conditions souvent artisanales, les jeux Lankhor se sont toujours passés d’un visuel flashy, tout en étant souvent très beaux. La seule façon de les connaître vraiment, de les apprécier pour ce qu’il sont, c’est d’y jouer. Vous découvrirez alors un univers ludique à part, une conception typiquement Française du jeu vidéo (ceci dit sans chauvinisme, puisque nous apprécions tout autant les savoir-faire Britanniques ou Japonais en la matière). Ce refus systématique du commercial a fait de Lankhor une entreprise à la fois fragile et unique en son genre, que les joueurs n’ont sans doute pas fini de regretter.

Laurent & Maze007
(23 décembre 2001)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- L’excellent site www.lankhor.net et son webmestre Fredo, source d’information pour cet article.
- Benjamin Liénard.
- Denis Roussel (a.k.a KuiKui).
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