JPB
Au commencement, tout au début, il y eut une petite étincelle
Presque rien. Eut-elle un impact sur la suite des évènements ? Je
ne suis pas capable de laffirmer. Ce fut une partie à Space Invaders,
vers lâge de 8-9 ans, dans un bistrot près de la gare de Lille,
un soir ; je me rappelle que mon père était là, il me semble
que ma mère aussi
Mais cest flou. Tout ce dont je me rappelle
avec certitude cest que jy ai joué, que jai vite perdu,
mais que javais trouvé ça génial
Et mon père
sétait amusé à me voir jouer à cette borne deux
fois plus haute que moi. Alors, étincelle déjà liée
à cette passion des jeux vidéo ou événement totalement
indépendant ? Vu quil ne sest rien passé pendant au
moins les deux années suivantes
Je vous laisse juges.
La découverte et la période arcade (1980 1984)
En août
1980, mes parents (et donc forcément moi) partîmes à Clermont-Ferrand,
capitale des Volcans. Pour que vous puissiez situer lâge du petit
gamin que je suis à lépoque, je naurai 10 ans que deux
mois plus tard.
Je découvris
dès la rentrée scolaire que, sur le chemin de lécole,
se trouvait un bar-tabac appelé « Le Jean Bart ». Il mest
impossible de me rappeler pourquoi jy suis rentré, ce qui est clair
cest que je devais être avec un copain de la résidence où
jhabitais, parce que je naurais pas osé y aller tout seul ;
en tout cas, dans le coin du bar se trouvait un flipper et un petit jeu «
cocktail » : Space Panic.
Je flashai littéralement sur ce jeu : un petit bonhomme qui creuse des
trous dans des murs pour se débarrasser de sales bêtes qui veulent
le bouffer. Au début, le samedi midi en sortant de lécole,
javais le droit daller y jouer une partie de mon argent de poche,
avec laccord de mes parents (à lépoque, la partie coûtait
2F, et pour 5F on avait trois parties) ; le problème cest que, les
semaines passant, je devins plutôt bon. Et si au début, je rentrais
à la maison avec un petit quart dheure de retard, vers la fin de
lannée scolaire il marrivait de perdre pratiquement une heure
La dernière chose dont je me souviens à ce propos, cest quune
fois mon père décida de venir me chercher pour mengueuler
et me ramener à la maison parce que jétais bien en retard,
mais quen arrivant au « Jean Bart » il se rendit compte que
son môme de 10 ans était en pleine partie acharnée, sous le
regard admiratif de quatre ou cinq mecs de 30 ans
Et quau final, impressionné
un peu malgré lui, il fut bien obligé dattendre que je finisse
ma partie ! Il mavoua plus tard quil avait trouvé le jeu marrant,
mais il neut pas ce déclic que javais ressenti. Dommage
Mais rien nest
immuable, et le jeu fut finalement changé par un autre, ce qui provoqua
un tollé et une pétition de la part de tous les joueurs pour quon
le remette (il y eut même un affiche marquée « Rendez-nous
notre Beeûûûte quotidienne », en rapport avec le bruit
des monstres quand ils tombent dans un trou !) ; mais Space Panic ne revint pas.
Avec le temps qui passait, et les jeux qui changeaient, le Monsieur qui venait
installer les bornes, Francis, shabitua à me voir traîner là
; on devint copains. Il me prévenait des jours où il amenait un
nouveau jeu, et je marrangeais pour être là ; alors il ouvrait
la trappe, actionnait le monnayeur plusieurs fois à la main, refermait
le panneau et me disait : « Vas-y champion, dis-moi comment tu trouves ce
jeu ! » Inutile de dire que je mexécutais immédiatement,
plein de parties gratuites cétait pas donné à tout
le monde ! Cest dans ce contexte de parties offertes par linstallateur
que je découvris entre autres Q*Bert, Buck Rogers, Defender,
Magical Spot, Carnival, le flipper Caveman avec son petit jeu vidéo intégré
Et cest dans ce bistrot que tout démarra réellement pour moi,
que je tombai pour de bon dans les jeux vidéo. Accessoirement, le film
« Tron » en 1982 ne fit rien pour arranger les choses, et à
la fin de cette année-là jétais définitivement
accro.
Pendant ces années
à Clermont-Ferrand, jusquen avril 1984, jécumai en parallèle
toutes les salles de jeu et la plupart des petits bistrots qui, tel « Le
Jean Bart », proposaient un jeu vidéo. Ainsi, javais mon adresse
pour jouer à Galaga, ou ailleurs à QiX ; des fois jy allais
avec des copains et on samusait ensemble. Je pense avoir connu pratiquement
tous les jeux darcade de lépoque, à quelques rares exceptions
près. Je ne sais pas combien de fric je claquai dans Pac-Man, Donkey Kong
ou un peu plus tard Mad Planets ou Moon Patrol, mais je me tenais au courant des
nouveautés, et je me débrouillais pas trop mal.
Lépoque CBS (1984 1986)
Des amis que je
me suis fait à lépoque, il men reste encore trois aujourdhui,
avec qui je suis toujours en contact malgré léloignement (vive
Internet !) : Éric, Thibault et Cyril. Cest Éric qui habitait
à lépoque près du « Jean Bart », il allait
au même collège que moi (et il était en CM2 dans ma classe,
cest là quon sétait connus). Chez lui, je découvris
une VCS Atari avec plein de jeux, comme Space Invaders, Joust, Keystone Kappers,
Battlezone
Je trouvai ça excellent de pouvoir jouer aux jeux de café
chez soi même si visuellement cétait moins beau que
dans les arcades. La vache, il men fallait une comme ça au plus vite
! Hé, papa, maman, vous savez quoi ? Manqué : mes parents ne furent
pas très chauds, cest le moins quon puisse dire. Résigné,
jabandonnai lidée dune console et jachetai petit
à petit quelques jeux électroniques : Tron, des Game&Watch comme
Popeye et Octopus, le Packri Monster (clone de Pac-Man)
Chez dautres
copains, je découvris les joies et les jeux de la Vectrex, du Ti-99/4A
; dans le magasin de jouets « Le Petit Navire » que je fréquentais
assidûment, ce fut la Vidéopac quon me laissait utiliser pendant
des heures le mercredi après-midi
Le temps passait, je jouais en
arcade, je jouais chez les copains, je jouais dans les magasins, javais
mes petits jeux électroniques chez moi
mais toujours pas de console
de jeux.
Jusquau
jour où jappris quon allait déménager. Je savais
que jallais me retrouver tout seul encore une fois pendant un bout de temps
(cétait pas la première fois quon déménageait,
mes parents et moi), et je relançai lidée davoir une
console de jeux à la maison. Mes parents capitulèrent pour le Noël
qui précédait le déménagement : ils payèrent
la moitié de la CBS ColecoVision (et moi je payai lautre moitié)
et je devins lheureux joueur de Donkey Kong, Venture et Zaxxon chez moi
! Mes parents acceptèrent que jutilise la petite télé
portable qui servait pour les vacances, et du coup je jouais dans ma chambre sans
monopoliser la télé du salon. Pendant des heures. Essayez dimaginer
ce que ça donne pour des gens qui ne jouent pas, dentendre toute
la journée le dandinement de Mario dans Donkey Kong ! Je les ai rendus
à moitié dingues avec ça. Mais bon, ils firent contre mauvaise
fortune bon cur, heureux de me voir méclater avec ma console.
Je nai cependant jamais réussi à les faire jouer à
quoi que ce soit
Dommage
En avril 1984
on déménagea donc jusquà Cannes. À partir de
cette époque, ce fut un peu un tournant pour moi : je ne jouais pratiquement
plus dans les arcades, mais jétais à fond dans la Coleco.
Jacquis ainsi sur une période de trois ans une vingtaine de cartouches
pour la console, des titres inspirés de jeux de café comme Space
Panic, Q*Bert, Burger Time
Jachetai pour mon anniversaire les Super
Controllers avec Rocky, quelle baffe ! Joysticks excellents, jeu génial,
vraiment la Coleco cétait une sacrée console. Ce fut à
Cannes que mes parents maidèrent pour acheter lAdam, lordinateur
qui se branchait sur la Coleco. On en a bavé pour en avoir un qui fonctionne
correctement, ce nest pas mon pauvre père avec qui je fais des allers-retours
Cannes - Nice le samedi matin, pour aller au magasin dinformatique en chercher
un nouveau, qui me contredira
Mais quelle machine ! Le traitement de textes
en français était réellement fantastique, jécrivais
sans arrêt, jimprimais un peu moins parce que limprimante à
marguerite faisait un boucan de tous les diables
Je me lançai dans
la programmation en Basic, mais je ne fis pas de grandes choses et je nosai
pas toucher aux sprites, peek et poke
Enfin, je mamusais bien quand
même ! Vous savez, jai toujours la Coleco qui fonctionne à
peu près, lAdam par contre je ne lai pas branché depuis
des années, je ne sais pas sil est encore en état de marche.
Je verrai bien un jour où joserai le sortir de son immense carton.
Le tournant Atari/Amiga (1986 1995)
En juillet 1985,
je me retrouvai à Marseille. Au départ, rien ne laissait présager
que je replongerais dans les jeux vidéo : je continuai avec la Coleco comme
avant... En fait, lannée suivante je machetai une mobylette
pour aller au lycée plus vite, mais bon : à Marseille cétait
vraiment la guerre entre les mobs et les autos, alors au bout de deux mois je
métais fait suffisamment de frayeurs (et mes parents avaient doucement
viré au vert trouille), alors je décidai de la revendre. Et du coup,
je récupérai des sous pour acheter un Atari ST à Noël
! Je suivis les conseils de Thibault, un autre copain de lépoque
de Clermont-Ferrand, qui avait déjà un ST et qui ladorait.
Du coup je fonçai à la FNAC et jachetai le seul Atari ST qui
restait, le modèle dexposition avec lecteur simple-face. Je rentrai
avec, fin fou, et le seul jeu que je moffris ce fut LE Flight Simulator
2, auquel javais déjà joué sur PC. Je commençai
à lépoque à découvrir les joies du piratage
de jeux : Airball, Sentinel, Goldrunner, Barbarian de Psygnosis, le Manoir de
Mortevielle, de grands noms auxquels je jouais comme un dingue, ravi de trouver
une telle qualité visuelle et sonore en comparaison de la Coleco ! Je découvris
petit à petit les joies du graphisme avec Degas Elite, de la musique avec
Music Studio
Bref je méclatais, pas dautre mot, et jétais
super content davoir le ST, même si javais quelques petits problèmes
techniques avec. Je me rendis compte plus tard que le lecteur simple-face mempêchait
davoir tous les jeux piratés en double-face, mais cétait
pas grave : des jeux comme Carrier Command, Dungeon Master, Starglider 2, étaient
tellement géniaux que je les achetai. Cest à cette époque
que je rencontrai un autre copain avec qui je suis toujours en contact également,
Christophe, et on se mit à la musique synthé ensemble.
En 1988 je débarquai
à Nancy, et aux grandes vacances de lannée suivante, mon BAC
en poche, jallai retrouver mes copains à Clermont. Chez Éric,
je découvris lAmiga 500 : ce fut la claque. Les jeux ressemblaient
pour la plupart à ceux du ST, mais les musiques étaient à
tomber par terre, en comparaison lAtari ST semblait ne produire que des
crachouillis ! Je craquai, je revendis mon ST à mon cousin et à
Noël 1989, cest un Amiga 500 flambant neuf que jétrennai.
Je connus alors la période informatique la plus productive de ma vie :
je jouais comme un fou, avec des jeux que javais parfois déjà
connus sur ST (je rachetai même des hits tels que Dungeon Master ou Carrier
Command) ou de nouveaux comme Blood Money, Turrican, Hybris, Shadow of the Beast,
Dune 2 (ahlala, mes pauvres parents qui entendirent « À vos ordres
/ Bien compris » pendant des semaines), jenregistrais les plus belles
musiques de jeux sur K7 pour les écouter
Je continuais à dessiner
avec Deluxe Paint et Sculpt 4D, je composais des trucs avec Noisetracker et BarsnPipes,
je retrouvais les joies du traitement de textes avec Excellence!, cétait
vraiment le top. Ensuite je passai à lAmiga 1200 en 1992. Petite
déception : lincompatibilité avec pas mal de jeux qui tournaient
sur Amiga 500, mais tant pis, il fallait avancer. Pour tout ce qui acceptait de
tourner sur cette machine, cétait encore mieux, plus rapide, plus
impressionnant, mais ça ne me suffisait pas et jachetai lannée
suivante un disque dur externe et une carte accélératrice 3D avec
de la mémoire en plus. Je vous prie de croire que ça dépotait,
et jen profitais un max. Oui, lAmiga cétait vraiment
lâge dor pour moi dans les jeux vidéo, celui où
je découvris le plus de choses et où je fus le plus impressionné.
La domination du PC (1995 - ?)
En 1995, je dus
suivre une remise à niveau pour pouvoir suivre une formation danalyste-programmeur.
Évidemment, pas dAmiga dans les salles de cours, mais des PC avec
Windows 3.1. Je connaissais un peu lunivers PC et DOS grâce au PC
de bureau de mon père, alors je ne fus pas complètement largué,
et je mattaquai tout seul dans mon coin à des trucs tels que Word,
Excel, Powerpoint
La remise à niveau sacheva en juillet mais
je restai bosser avec les profs quelques mois, sur un projet réalisé
avec Designer : cest là que je découvris les joies du dessin
vectoriel, ça changeait de Deluxe Paint 4. Et à la fin de lannée,
je dus me rendre à lévidence : pour pouvoir bosser convenablement
à la maison pendant ma formation, il me fallait un PC. De là découlèrent
deux choses : 1/ je navais pas assez de sous et 2/ je navais pas la
place. Je dus, à mon grand regret, me séparer de mon Amiga 1200.
Je revendis la carte accélératrice à quelquun, et lAmiga
avec toute sa panoplie de disquettes, joysticks, disque dur et docs à un
ancien copain de Terminale. Javais maintenant des sous, de la place, je
pouvais prendre mon premier PC : un Pentium 100 avec 8 Mo de mémoire et
1Go de disque dur
Le top de lépoque quoi !
On va maintenant
ralentir, si vous le voulez bien, je nai pas lenvie de vous décrire
par le menu toutes les évolutions de PC, simplement tout augmente. Ce quil
faut retenir, cest que je jouais toujours autant. Je découvris les
titres que tout joueur sur PC connaissait, jen achetai pas mal dailleurs
: Half-Life, Tomb Raider, les Star Wars, X-Files
Je dessinais beaucoup moins,
je ne faisais plus de musique, au profit de la bureautique. Et puis un jour je
tombai sur Mame. Quelle joie de retrouver non pas des conversions des jeux que
jadorais en arcade, mais les vrais jeux ! Arkanoïd, Pac-Man, Donkey
Kong
Tout ça chez moi, et les originaux !! Je nen revenais
pas. Jen profitai beaucoup, mais pas au détriment des jeux de lépoque
non plus ; disons que je mamusais principalement aux jeux PC et par moments
sur Mame. Un ou deux ans plus tard, ce fut la baffe WinUAE : un émulateur
Amiga qui fonctionnait lui aussi sur PC ! Incroyable !
Mais le malaise
était toujours là, le regret de ne plus avoir mon Amiga 1200. Je
me lançai fébrilement dans la recherche du gars à qui je
lavais vendu, jarrivai à le retrouver alors que je navais
plus le moindre contact depuis des années, et je le lui rachetai. Je retrouvai
ainsi en 2002 MON Amiga 1200, avec tout ce que je lui avais laissé, qui
en fin de compte avait dormi dans un carton pendant 8 ans
Plein de disquettes
sentaient le moisi, pas mal dentre elles déclarèrent forfait
quand je les essayai ; mais dans lensemble le taux de pertes fut très
faible, et imaginez : je retrouvai le contenu de mon disque dur exactement dans
létat où je lavais laissé ! Cest une nouvelle
qui me fit vraiment plaisir. De son côté, ma fiancée Sylvie
récupéra son ancienne console VCS Atari, avec quelques cartouches
comme Jungle Hunt, Kangaroo
On y joue de temps en temps, cest marrant,
ça nous rappelle plein de souvenirs dune époque où
on ne se connaissait pas, et chacun en fait profiter lautre.
Conclusion
Voilà,
actuellement, je vis heureux avec ma fiancée, ce qui fait que je nai
plus la vie dissolue « à fond dans les jeux » que je menais
avant. Au niveau matériel, jai une console VCS Atari, une ColecoVision,
un Adam, un Amiga 1200 et deux PC. Curieusement, je nai pas replongé
dans le monde des consoles : je nen ai eu aucune autre que la Coleco, donc
tout ce qui est NES, Megadrive, Dreamcast, Playstation, X-Box, etc
me laisse
plutôt indifférent, même si je suis les infos en gros. Pour
ce qui est du petit monde du PC, les moments où javais plaisir à
tout démonter, formater, réinstaller sont derrière moi :
maintenant je veux juste que ça fonctionne correctement, je nai plus
le courage ni lenvie de « mettre les mains dans le cambouis ».
Jen suis à un stade où je ne joue plus trop, quand cest
le cas je privilégie des jeux online gratuits (Half-Life & mods, Diablo
2, Battlefield 1942 & Desert Combat
) qui me permettent de retrouver
mes copains de Clermont-Ferrand et de méclater les soirs avec eux.
Par contre, jaime retrouver le plaisir des jeux darcade ou de lépoque
Amiga, un petit coup démulateur de temps en temps cest bien
agréable. Et puis en parler aussi, jessaie de partager mes coups
de cur avec vous en écrivant des articles sur GrosPixels, mais ça,
vous le saviez déjà