Avant que napparaissent les premières bornes darcade, les jeunes gens qui fréquentaient les bars pouvaient claquer sans retenue leur petite monnaie dans les flippers. Comme les amateurs de peinture prirent peur pour leur art favori lorsque apparut la photographie, les fans de la bille argentée et du plan incliné crurent que la montée en puissance du jeu vidéo, par lintermédiaire du jeu darcade, allait tuer lentement mais sûrement le flipper. Fort heureusement, comme la suite de lHistoire nous le montra, il nen fut rien : ce loisir de café poursuivit son petit bonhomme de chemin, en parallèle au développement du divertissement vidéoludique. Cest pour cela que le flipper et le jeu vidéo ne sont pas comme on pourrait le croire deux frères ennemis, se disputant becs et ongles le cur des joueurs dans les troquets du coin. Ces deux formes de loisir cohabitent fort amicalement et les tentatives de rapprochement allant dans ce sens sont même nombreuses : les jeux de flipper sont fort bien représentés dans lHistoire du jeu vidéo, histoire que Grospixels tente de conter aux joueurs daujourdhui pour éviter que ces perles ne sombrent dans loubli, tels les ménestrels dantan chantant les exploits de chevaliers glorieux du passé pour les faire revivre ainsi quelques instants durant.
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| Lécran titre. On se tait et on savoure la danse des alligators. Emouvant
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Commençons par rendre à César ce qui est à César : le site que vous consultez comporte dans ses entrailles profondes un dossier magnifique sur les jeux de flipper réalisé par le non moins magnifique Laurent (NdL : Euh, bon, cliquez ici pour lire le dossier et on n'en parle plus). Je vous conseille volontiers sa consultation qui procurera à coup sûr de grands moments de bonheur aux amateurs de la bille argentée
Dans le dossier dont nous parlons, vous pourrez lire un petit descriptif dun titre appelé Rollerball, édité par Hal Laboratories en 1985 : ce titre appartient à lélite des jeux de flipper sur borne darcade dans un premier temps, puis sur console par la suite, puisquil sera adapté sur MSX et sur la majestueuse NES par la suite.
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| Lancêtre de Revenge of the Gator |
Cette longue introduction me permet de faire apparaître ainsi le sujet de ce test. Le texte que vous parcourez à présent de vos vieux yeux de gamer devant léternel concerne le descendant plus ou moins direct de Rollerball : cest à dire Revenge of the Gator. Ce titre du même studio (Hal Laboratories) est lui aussi un flipper, mais plus farfelu que son ancêtre et moins proche des machines que nous croisons dans les bistrots que nous fréquentons tous en masse. Bref, je parle dun titre sorti en 1990 sur Game Boy, pur produit du studio qui donnera plus tard Adventures of Lolo, Kirby, Pokemon Stadium ou encore Super Smash Bros Melee. Revenge of the Gator est un flipper assez traditionnel dans sa structure mais plutôt original dans son look : en effet, comme son patronyme le suggère fortement, tous les éléments du jeu sont directement en relation avec le plus effrayant des reptiles que notre globe terrestre puisse porter : le crocodile. Ou alors lalligator, je ne sais plus. Enfin, vous me direz : cest caïman pareil
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| Voici un exemple de table de flipper envahie par des alligators
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Sur cette blague quasi exceptionnelle, poursuivons le présent test. La première chose quun joueur de Revenge of the Gator doit absolument voir lorsquil allume sa Game Boy, cest le pas de danse magnifique des trois petits alligators. Ce serait une faute grave que de passer la petite présentation du jeu : ces trois sauriens entament une petite chorégraphie assez amusante, avant de quitter lécran en se suivant de près, marchant comme le groupe Genesis dans le clip de "I cant dance". Les connaisseurs apprécieront. Bref, ce long discours a pour but de vous faire sentir le principal attrait du jeu : son ambiance inimitable. Revenge of the Gator a une âme, une sorte daura magique qui rend le jeu incroyablement agréable alors quil est en réalité assez quelconque dans son déroulement. En effet, le jeu est dun classicisme affligeant dans ces mécanismes (plusieurs écrans reliés par différents passages, deux flippers en bas de chaque écran, des rampes et des bumpers banals, etc.) et ressemble à tous les autres jeux de flipper dans son déroulement. Trois balles, et un seul objectif : le high score. Pour résumer plus efficacement cette idée, gardez en tête que Revenge of the Gator est un flipper classique qui ne déroutera aucun habitué du genre.
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| De magnifiques crocodiles qui dansent comme des dieux. |
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| Un visage magnifique, doté dun regard perturbant |
La classicité nest pas forcément un point négatif. Dans le cas du titre de Hal Laboratories, ce nest pas un défaut, bien au contraire. En effet, Revenge of the Gator sappuie sur un principe simple et archi-connu (les règles du flipper) et ne se distingue de la concurrence que par son ambiance déjantée. Hormis les crocodiles fans de Phil Collins que je dépeignais tout à lheure, on peut également parler du crocodile mangeant dun coup votre bille quand vous perdez, ainsi que le fabuleux visage de lalligator servant à boucher le trou entre vos fourchettes (un bonus) qui a un des regards les plus vides et inexpressifs de lHistoire du jeu Game Boy. Le genre danimal que lon ne peut pas fixer droit dans les yeux sans éclater de rire. Revenge of the Gator sappuie sur cette ambiance très cartoon pour plonger le joueur dans cet univers décalé et le pousser à rester accroché, avec en ligne de mire le high score, afin de frimer devant les rares amis quil a et qui jouent encore à des titres old-school comme celui-là.
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| Lintégralité de la table de jeu. On ne perçoit pas ici les trois niveaux bonus |
En dehors de ce côté amusant avec ses innombrables alligators, Revenge of the Gator sappuie aussi sur une physique assez solide. Comprenez par-là que les réactions de la balle paraissent vraisemblables et retranscrites avec brio. Comprenons-nous bien : il ne sagit pas de la simulation ultime, dans laquelle tous les mouvements de la balle seraient calculés avec précision en fonction dune multitude de facteurs physiques. Mais la gestion de la sphère argentée est suffisamment précise pour être crédible et pousser le joueur à se dire que le high score est envisageable, car le dernier échec du joueur en question était bel et bien dû à une erreur de sa part. La jouabilité est donc très instinctive et surtout assez aisée à maîtriser, comme cest le cas dans la plupart des flippers en jeu vidéo.
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| Là, cest perdu. Votre bille dacier finit en déjeuner pour un crocodile |
Dun
point de vue technique, on ne peut pas crier au génie. En effet, les graphismes,
bien que très drôles, sont fades et dénués de détails
(même pour un jeu Game Boy). Par contre, le constat est un peu plus positif
au niveau sonore, car laction est accompagnée dune petite musique
fort agréable, avec des solos de basse assez amusants. Cette musique atypique
colle bien avec lambiance délirante du soft. Bref, aussi bien au
niveau technique que dans son gameplay, on peut sentir aisément que Revenge
of the Gator est un titre sans prétention, très simple dans sa conception
et son déroulement, mais qui correspond donc parfaitement au support sur
lequel il fut conçu : la Game Boy.
Certes il s'agit d'un jeu modeste, mais globalement réussi. Un soft assez agréable à jouer, avec un système de jeu simple mais efficace et une jouabilité à l'ancienne ayant déjà fait ses preuves. Toutefois, ne nous leurrons pas. Il souffre dun handicap assez conséquent : son faible nombre de tables différentes. En effet, aussi aberrant que cela puisse paraître, il ny a quun seule et unique flipper dans le jeu. Ouch ! Oui, ça ressemble à un grand f... de gueule et cela en est un, à nen point douter. Il est vrai que cette table est composée de quatre sous écrans, et de trois petits écrans bonus, mais cest quand même bien maigre ! Alors peut-on passer outre ce défaut majeur ? Je pense que non. Même en 1990, date de sortie du jeu en France, sortir un titre de flipper avec une seule et unique table est assez plombant au niveau de la finition intrinsèque du soft. Cela nenlève rien à sa qualité même, mais il est important, voire primordial, de le souligner.
Terminons le passage en revue de ce jeu Game Boy, en signalant quil dispose dun mode deux joueurs sur une Game Boy (chacun son tour) qui est assez agréable, ainsi quun mode Link pour jouer sur deux portables. Hélas, faute de moyen (je nai quune seule cartouche), je ne pus lessayer. A vous de vous forger une opinion propre sur la qualité de ce mode de jeu. Je vous propose à présent de conclure en beauté, cest à dire en brossant un portrait rapide et concis de ce titre : "Revenge of the Gator est un titre classique, bien réalisé et bénéficiant dune ambiance forte qui lui est propre, mais qui est plombé par un cruel manque de profondeur du à un nombre de tables différentes plus que restreint". Ca, cest un vrai résumé de compétition !
Jika, éleveur de crocodiles dans le Bayou, et champion dEurope indoor de résumé à ses heures.