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Fire Pro Wrestling - La série
Année : 1989
Système : Arcade, Game Boy, Megadrive, PC Engine, Playstation, Saturn, SNES, Wonderswan
Développeur : Human
Éditeur : Human
Genre : Jeu de Combat (VS fighting) / Sport

Avant Human

L'histoire de l'éditeur japonais Human Entertainment est aussi passionnante et complexe que relativement peu connue. On aurait tort de la résumer uniquement à la série Fire Pro Wrestling et à quelques autres jeux de sport uniquement.
À l'origine se trouvent deux tout petit studios japonais de développement de jeux vidéo qui œuvrent au début des années 80 : Communicate et Try.
Le premier a sous-développé quelques jeux pour micro-ordinateurs japonais qui nous sont inconnus pour la plupart (les jeux comme les machines !). Le second a œuvré sur Famicom, principalement pour le compte de Nintendo. Parmi les jeux développés sur la célèbre 8-bits, on en trouve un qui s'appelle Puroresu et qui est l'oeuvre de Masato Masuda, le futur papa de la série Fire Pro Wrestling.

Les deux studios se rassemblent donc pour en former un troisième : c'est Sonata qui rassemble à peine une quinzaine de personnes et qui continue à développer ou à sous-traiter des jeux pour d'autres éditeurs japonais comme Nintendo, Bandai et Konami jusqu'à la fin des années 80.

Les programmeurs qui vont fonder Human s'illustrent d'abord sur NES/Famicom avec le hit Puroresu (Pro-Wrestling) pour Nintendo, et plusieurs titres de la série Family Trainer (nécessitant un tapis en plastique à poser au sol) pour le compte de Bandai.

C'est alors que les dirigeants de Sonata décident de changer d'orientation. Ils découvrent la PC Engine de NEC et Hudson et la société évolue alors de simple studio de développement en un véritable éditeur dans le but de soutenir principalement cette nouvelle machine. Sonata change alors de nom et devient Human Entertainment.

L'âge d'or de Human

Le premier jeu développé et édité par Human est bien entendu Fire Pro Wrestling Combination Tag. Sorti en 1989 sur la PC Engine, il obtient un grand succès au Japon (et pas ailleurs !), permettant à la société de s'agrandir et de se lancer dans de nombreux nouveaux projets, toujours dédiés en priorité à la console de NEC, même si certains softs dédiés aux consoles Nintendo (Famicom, Gameboy, puis Super Famicom) seront également rapidement produits (et parfois distribués par d'autres sociétés comme par exemple Hal Laboratory).

Parmi les grands succès de Human du début des années 90, on trouve les épisodes suivants de Fire Pro Wrestling, bien sûr, mais aussi d'autres jeux, surtout des jeux de sport, qui vont marquer leur génération. Aucun joueur japonais de cette époque ne peut passer à coté du jeu de foot Formation Soccer (adapté en tant que Super Formation Soccer/Super Soccer sur Super Nintendo), du jeu de tennis Final Match Tennis ou de la série de simulations de Formule 1 Human Grand Prix (ces derniers sont dédiés à la Super Famicom et sortent chez nous sous le nom de F1 Pole Position).

Final Match Tennis sur PC Engine et F1 Pole Position 2 sur Super Nintendo : deux des meilleurs jeux jamais produits par Human.

Suite à ces nouveaux succès, Human se diversifie au milieu des années 90 et s'éssaie à d'autres genres, tout en concentrant ses efforts sur les consoles Nintendo désormais. On leur doit ainsi un sympathique jeu d'action mettant en scène des pompiers sur Super Famicom : Firemen. Ou encore Taekwondo, une simulation poussée du sport de combat du même nom, mais aussi la très bonne série de jeux d'aventure horrifiques Clock Tower qui débute sur la 16-bits de Nintendo avant de poursuivre sa route sur la Playstation de Sony. Et puis un peu plus tard, il y a aussi la série des Conbini dont de nombreux épisodes sortent sur toutes les machines japonaises de la Saturn à la PS2 en passant par le PC et les téléphones portables, et qui consiste à construire/gérer un petit magasin de quartier.

Totalement inconnue hors du Japon, la série des « Conbini » est un des grands succès de Human avec de nombreux épisodes de cette simulation de gestion d'une supérette déclinés sur de nombreuses consoles.
Autre grand succès pour Human, la série d'aventure et d'épouvante Clock Tower.

Dans le même temps, Human crée deux studios de développement dédiés à la programmation de jeux pour deux éditeurs externes, à savoir BEC pour Bandai et Hunex pour NEC. Le premier a produit (et produit encore) une liste longue comme le bras de jeux adaptés des licences de Bandai (jeux Gundam, DBZ, Ultraman...), tandis que le second a développé pas mal de jeux « d'otakus » sur des consoles CD, principalement la PC-FX de NEC. Sur cette machine, on leur doit d'ailleurs un jeu de catch féminin disposant de la licence AJW : Queen of Queens.

Queens of Queens est un jeu particulier... Fonctionnant sur la PC-FX de NEC et bourré de vidéos plus ou moins interactives, il est réalisé par un studio de développement créé par Human mais travaillant pour le compte d'un autre éditeur.

Autre initiative intéressante : l'établissement d'une école de programmation de jeux vidéo, l'une des premières de son genre au Japon. Et si vous vous demandez quel était le niveau des diplômés de cette institution, sachez que le jeu Firemen déjà cité, ainsi que Septentrion (SOS en occident), un très original jeu d'action/aventure se déroulant pendant le naufrage d'un navire et édité chez Vic Tokai, sont tous deux des projets de fin d'année de l'école en question !

Firemen et Septentrion (SOS), deux jeux très originaux sortis sur Super Nintendo et issus de l'école de création de jeux vidéo mise en place par Human.

La chute de Human

Et puis... toutes les bonnes choses ont une fin. En effet, à la fin des années 90, les affaires de Human ne vont plus très bien. On ne connait pas exactement toutes les raisons qui ont mené au dépot de bilan à la fin de l'année 1999, mais certains signes ne trompent pas. Human n'a clairement pas réussi à négocier le virage technologique des consoles 32-bits et de la 3D. Sur Playstation, Saturn ou Nintendo 64, les jeux Human en 3D sont laids, il faut le reconnaitre. Pire, le gameplay si précis et minutieux qui faisait la gloire de certains titres 2D, ne se transpose pas avec succès quand on remplace les pixels par des polygones. Ainsi Fire Pro Wrestling Ironslam 96, Hyper Formation Soccer, Hyper Final Match Tennis et Human Grand Prix New Generation/F1 Pole Position 64, tous des suites en 3D de grands succès de Human de l'ère 16-bits, tous ces titres déçoivent les fans et sont très mal accueillis par la presse.

Hyper Formation Soccer sur Playstation et F1 Pole Position 64 sur Nintendo 64 : le premier est plutot correct, le second plutot nul, les deux font un flop.

Il y a bien quelques succès comme le tactical-RPG Epica Stella (Vanguard Bandits aux USA) et le techniquement superbe jeu de catch Oja no Tamashi, tous deux sur Playstation mais ils arrivent bien trop tard.

En plus de cela, Human a investi dans le marché de l'arcade sans succès avec des versions plus orientées « action » de ses simulations sportives phares. La licence Fire Pro accouche de Blazing Tornado tandis que Human Grand Prix se mue en Front Row et Formation Soccer en Grand Striker. Pourtant loin d'être mauvais (Grand Striker 2 est même très réussi), aucun de ces jeux ne parvient à s'imposer dans les salles japonaises.

Grand Striker 2 en arcade et Vanguard Bandits sur Playstation : deux bons jeux qui ne sauveront pas Human de la banqueroute.

Et puis Human perd aussi des points sur son terrain de prédilection : le puroresu (catch japonais) ! Et ce pour trois raisons...
D'abord des problèmes internes à la société qui voient plusieurs développeurs importants de l'équipe Fire Pro claquer la porte. Ces derniers en ont assez de la série vedette de l'éditeur et veulent faire du bon catch en 3D. Ils créent ainsi le studio de développement The Man Breeze et développent Virtual Puroresu sur Playstation pour le compte de Asmik. Le succès est immédiat et le studio, bientot renommé AKI, va enchainer les hits avec une série de jeux de catch sur Nintendo 64 qui sont aux yeux de certains bien meilleurs que n'importe quels épisodes de la série Fire Pro. La série de AKI inclue des titres comme WWF No Mercy, WCW vs NWO Revenge et Virtual Puroresu 2.
La deuxième raison, c'est l'apparition d'une concurrence féroce sur le secteur des jeux de catch avec en premier lieu la série Toukon Retsuden développée par Yukes et publiée par Tomy, qui dispose de la licence NJPW. Le moteur de jeu utilisé dans cette série sera d'ailleurs réutilisé pour réaliser les célèbres WWF Smackdown pour le compte de THQ.
Et enfin la troisième raison, c'est qu'à l'aube des années 2000, le puroresu n'est tout simplement plus aussi populaire qu'il l'était auparavant et qu'un jeu de catch ne peut plus espérer se vendre par millions d'exemplaires.

Toukon Retsuden 2 de Yukes / Tomy et Virtual Puroresu 2 de AKI / Asmik : la concurrence est rude pour Human, même sur leur terrain de prédilection.

Après Human

Human cesse donc d'exister en tant qu'éditeur et développeur de jeux en 1999. Les derniers jeux en fin de production à ce moment-là sont édités par d'autres sociétés comme par exemple Fire Pro Wrestling sur Wonderswan qui sort chez Naxat.
Pourtant, d'une certaine manière, Human survit toujours et se porte plutot bien. En effet, des cendres de Human vont naître d'une part la société de développement et d'édition Spike, qui va continuer à produire des jeux de la série Fire Pro, et d'autre part de nombreux studios de développement dont certains vont produire des jeux qui connaitront un succès planétaire.

En plus de Fire Pro donc, la société Spike va surtout se faire un nom en réalisant les Dragon Ball Z Tenkaichi pour le compte de Bandai. Les fans de Fire Pro quant à eux retiendront plutôt les excellents jeux de catch en 3D King of Colosseum. Du côté de l'édition, ils ont dans leur catalogue la série Way of the Samurai, et l'excellent jeu d'aventure DS nommé 999. Ils distribuent également au Japon certains grand jeux occidentaux comme récemment Tomb Raider Underworld ou Bioshock.

Avec des bons jeux comme King of Colosseum 2 et No More Heroes, on a l'impression que Human est toujours là !

Et parmi les nombreux studios de développement créés par des anciens de Human, citons principalement Nude Maker (Steel Bataillon en collaboration avec Capcom, Infinite Space en collaboration avec Platinium Games) et surtout Grasshopper Manufacture (Killer7, No More Heroes...). Il est d'ailleurs amusant de voir que le charismatique fondateur de Grasshopper, Goichi Suda, glisse souvent des références au puroresu dans ses productions, comme quoi il n'a pas oublié sa passion première, ni les années passées chez Human à travailler sur la série Fire Pro Wrestling !

Ceci est la dernière page de la première partie du dossier Fire Pro Wrestling de Grospixels.

Le dossier sera complété par une seconde partie, avec au menu :
- Les épisodes de Fire Pro Wrestling édités par Spike.
- La série King of Colosseum et sa préquelle Zen Nihon Pro Wrestling: Oja no Tamashi.
- Un guide de création de son catcheur.
- Une présentation des principales fédérations de catch japonaises présentes dans Fire Pro.
- Une présentation des divers jeux de catch concurrents de la série Fire Pro.

Sebinjapan
(15 janvier 2012)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- Quasiment toutes les photos proviennent de scans issus de ma collection personnelle de magazines et de livres dédiés au puroresu.
- Les sources suivantes ont été consultées afin de rassembler/vérifier des informations en rapport avec le puroresu : wikipedia, puroresufan.com, puroresu.com, les colonnes « Puroresu Pulse » de David Ditch, et les magazines japonais Puroresu Weekly et Gongs.
- Les sources suivantes ont été consultées afin de rassembler/vérifier des informations en rapport avec la série Fire Pro : wikipedia, gamefaqs.
- Les sources suivantes ont été consultées afin de rassembler/vérifier des informations en rapport avec Human Entertainment : wikipedia, moby games, et le numéro 5 de Pix'n love.
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