camite
ZELDA ET SES POTES
La fée
numérique se penche sur mon berceau le jour de ma naissance et souffle
à mon père dacheter une Atari 2600 pour célébrer
lévénement. A vrai dire, je ne sais plus dans quelle mesure
jai pu inventer cette anecdote bien flatteuse pour nimporte quel ego
de retro-gamer. Il nempêche. Avec la recherche dun peu de neige
pour luger avec ma maman, les boîtes grises de jeux 2600 derrière
une vitrine reviennent comme lun de mes plus anciens souvenirs. Mr Do !,
Miss Pac-Man (« le même sauf quelle a un nud dans les
cheveux »), Vanguard dont je ne connais pas encore la parenté SNK
Et pour le mioche, un Schtroumpfs avec des petits hommes verts (!) Le même
sur la Colecovision dun ami de mon père méveillera à
lévolutionnisme technologique, avec ses schtroumpfs BLEUS.
Pour autant, je
joue peu à la 2600, gros joujou de luxe que mon père installe vite
dans un placard. Parfois, je le regarde programmer en Basic de petits jeux pour
un ordinateur portant les marques Yeno et Sega. A lécole, mon CM2
nous offre des séances mensuelles dinitiation sur des MO5. Il faut
dessiner des figures géométriques sur lécran à
laide de commandes dictées par un geek venu arrondir ses fins de
mois. Et ceux qui terminent avant la fin peuvent lancer Le Jeu de la Vie. Lhistoire
dun voyageur de lespace à travers différents tableaux
genre shoot, labyrinthe, réflexes
Je nirai pas bien loin dans
laventure. A lépoque, lidée même de jeu
vidéo ne représente rien de très précis dans ma tête.
Encore trop occupé à jouer aux billes ou à la délivrance.
Sensiblement à
la même période, Konami lance son adaptation de la licence Tortues
Ninja sur la NES. A lapproche de Noël, un spot de pub passe en boucle.
« TRRRAAAVERSEZ LES EGOUTS !!! » Avec mon frère, tout ce qui
touche aux quatre tortues mutantes titille en nous la naissante fibre fanboy.
Mon père, du genre à demander une voiture téléguidée
pour les fêtes, voit dun bon il larrivée dune
nouvelle machine de jeux dans le foyer. Ma mère, nettement moins. Trois
contre un, désolé maman mais tu aurais dû assurer tes arrières
avec des jumelles. Mais passées ces considérations statistiques,
personne ny connaît grand-chose en consoles de jeux dans la famille.
Armés dun hors série Génération4, le premier
choix de mon père se porte sur
la GX4000. La vie tient à peu
de choses parfois.
Un vendeur Fnac
bienveillant plus tard, la NES arrive donc chez nous avec Teenage Mutant Hero
Turtles et Ice Hockey. Le premier me décourage au troisième niveau
et je me contente donc de regarder mon père se frayer un chemin jusquau
Technodrome. Mais le fameux dernier couloir a raison de lui à chaque fois.
Aujourdhui encore je ressors régulièrement le jeu pour le
venger mais le dernier couloir ne se laisse pas vaincre.
Pour les ringards
A partir de là,
la machine semballe. Mon frère et moi passons tout notre argent de
poche dans lacquisition de nouveaux jeux. Ma mère accepte de nous
abonner à Player One. Une bonne quinzaine de jeux senvolent avec
un cambriolage. Le remboursement de lassurance disparaît aussitôt
dans leurs remplaçants. Les deux Zelda, Megaman 2, Super Off Road, Faxanadu,
Super Spike VBall, Digger T.Rock, Day of Thunder, Batman, Bayou Billy...
chef-duvres trop durs pour moi ou séries B éclatantes,
jingère tout. Les adaptations de Double Dragon 2, Rygar ou le Super
Doki Doki Mario 2 défilent sous mes yeux sans que je nen comprenne
encore toute limportance historique. Avec le collège arrive le temps
des premiers échanges et des premiers jeux terminés à la
régulière : Captain Skyhawk, Kabuki Quantum Fighter, Bart VS. The
Space Mutants
Chez des amis plus bourgeois que moi, je découvre des
machines appelées 520 STE ou Amiga. Les musiques de Xenon 2, Lotus 2 ou
Dune 2 me laissent bien sur Le Cul 2, mais je me dis que des types qui ne toucheront
jamais un Zelda de leurs vies nont pas forcément grand-chose à
mapprendre en terme de jeux vidéo.
Le Noël suivant,
mon frère et moi franchissons une nouvelle étape dans notre addiction,
puisque nous acquérons chacun une console portable pour jouer en vacances.
Considérant comme des blaireaux que le monochrome cest pour les ringards,
nous snobons la GameBoy pour la GameGear et la Lynx. Jemprunte la Sega pour
terminer un Sonic, un Shinobi et le Monaco GP (et ses deux sprites affichables
à lécran). Sur lAtari, le seul jeu vraiment satisfaisant
au début sappelle Checkered Flag. Puis un échange avec un
ami me permet de découvrir Bill & Teds Excellent Adventure, clone
de Zelda déjanté que je considère toujours aujourdhui
comme un de mes jeux préférés.
Peu après,
la Super Nintendo débarque en Europe avec son pouvoir dattraction
énorme que na jamais exercé sur moi la Megadrive. Nous réunissons
avec mon frère et la participation de mes parents et grands-parents assez
dargent pour acheter la console avec Super Mario World. Jusque-là,
je nai jamais spécialement accroché aux Mario. Mais ce nouvel
épisode me fascine littéralement par lintelligence prodigieuse
de sa conception, avec chacun de ses éléments portés au summum
de son potentiel. Il sagit dun jeu que jai terminé entièrement
une bonne trentaine de fois, avec à chaque fois le même plaisir.
Je my replonge régulièrement comme on révise un classique.
Parallèlement, je découvre Super Soccer, à mon sens le meilleur
jeu de foot de tous les temps, ou F-Zero. Zelda 3 menchante, Street Fighter
2 me passionne un temps. Je dévore Super Metroid, Secret of Mana, Actraiser,
passe des heures en duel sur F1 Pole Position, attend la sortie maintes fois repoussée
de Sim City, menthousiasme comme un gamin sur des jeux « mineurs »
comme Lord of the Rings, Zombie, Tiny Toons ou Shadowrun
Je goûte
même au plaisir de limport et aux merveilles de Squaresoft, Chrono
Trigger et Final Fantasy 6 qui portent lintensité émotionnelle
et narrative à un niveau inouï.
Javais découvert
Squaresoft un peu plus tôt avec Mystic Quest sur la Game Boy achetée
entre-temps pour jouer à Zelda Links Awakening. Une grosse surprise
que ce Mystic Quest qui a réussi à mémouvoir, chose
que je ne pensais pas encore vraiment possible avec un jeu vidéo, malgré
lexcellence de certains titres en ce sens. Jai porté ce jeu
si haut dans mon cur que je me sentirai trahi, bien des années plus
tard, lorsque sortira son épouvantable remake, Sword of Mana, sur Game
Boy Advance. Revanche pour Link pour qui javais encore acheté une
machine, même si les Oracles puis Minish Cap ne me charmeront pas autant
que leurs prédécesseurs.
Avec méthode
Au collège,
je choisis deffectuer mon stage de trois jours en entreprise comme informaticien.
Inconsciemment, il sagissait de donner un prétexte à mes parents
pour acheter un PC. Jaccède alors à de nouveaux types de jeux.
Alone in the Dark me terrorise, Day of the Tentacle me tient en haleine en plus
de me faire rire, et je passe ma première nuit blanche devant Theme Park.
Je me lance dans des carrières dentraîneur de foot, dans la
flibuste hilarante de Monkey Island
Lémission Cyberculture
sur Canal+, consacrée à Commander Blood, me donne à elle
seule envie dacheter le jeu. Mais le must du jeu sur PC reste pour moi la
trilogie Gabriel Knight, belle comme des films, riche comme des romans et passionnante
comme
comme peu de jeux en fait.
Milieu des années
90. Le lycée, la crise dadolescence et la PlayStation. Sale époque.
Sega senfonce,
et Nintendo promet des merveilles pour plus tard. Sony rase tout mais je men
fous clairement, je veux jouer à Zelda. Mon frère, lui, ne résiste
pas. Ridge Racer, Toshinden, Tomb Raider, Pandemonium, Crash Bandicoot
je
me mets à haïr cette machine, ses jeux à deux balles et toute
la philosophie qui va avec. Pour le malheur de ma mauvaise foi, jarrive
pourtant à trouver des exceptions. Metal Gear Solid, Final Fantasy VII
ou les Resident Evil. Enervé par la tournure que prennent les choses, jécris
à Player One qui publie ma lettre au numéro suivant. Je me sens
alors bêtement investi dune mission de voyant parmi les aveugles,
et écris une dizaine de pages par mois au magazine pour persuader le monde
entier de lescroquerie PlayStation. Mon aversion ne diminue pas au moment
de parcourir Final Fantasy VIII. Lémotion et la créativité
sacrifiées sur lautel de limage de synthèse et de lesprit
djeuns. Nintendo, sauve-moi
Noël 98,
le voilà, posé au pied du sapin, avec la console qui va avec. Mon
père lavait réservé pour être sûr den
avoir un exemplaire. Des pubs lannonçaient sur les doubles pages
des magazines. « Il vous a manqué ? Zelda est de retour ».
Jintroduis Ocarina of Time dans la Nintendo64. Enfin, jentre dans
lâge de la 3D. A côté dun monument pareil, peu
de place pour la concurrence. GoldenEye, bien sûr. Un injustement méconnu
Mystical Ninja, un plaisant Lylat Wars, et le fabuleux Pilotwings quon explosera
dans tous les sens (mais néanmoins avec méthode) avec mon meilleur
ami pendant les vacances dété. Majoras Mask arrivera
plus tard, mais le destin na pas voulu que jaime ce jeu, entre problème
technique (expansion pack de sous-marque), hospitalisation et vie personnelle
chaotique.
Génération
128 bits, rebelote. Sega a fini de sombrer avec la Dreamcast, Sony engage David
Lynch pour ses pubs, provoque des émeutes dans les magasins et balade tous
les journalistes à grands coups dEmotion Engine. Mon frère
craque à nouveau sans se poser de question. Moi je men fous toujours
puisque je veux jouer à Zelda. Premier galop dessai sur PlayStation2
: Silent Hill 2. Incompréhension totale. Ça, la maturité
du jeu vidéo ? Voire plus simplement : ça, du jeu vidéo ?
Persévérons avec Ico. Déjà nettement mieux mais tout
de même, pas de quoi se mettre à genou. Sans trop y croire, je passe
à MGS2 Sons of Liberty. Ouch. Méchante claque. Un jeu vidéo
peut produire du sens, et ça se passe sur la Sony. Pas lair con moi
maintenant.
Mon antisonysme
primaire ne baisse pas les bras pour autant. GTA, ça me gonfle autant que
Kill Bill, c'est-à-dire prodigieusement. Prince of Persia, je me marre.
Final Fantasy X, impossible de tenir plus de deux heures devant ce flot de ridicule.
Je mentiche néanmoins de S.O.S Final Escape et rattrape le temps
perdu avec Code : Veronica et Rez. La Dreamcast, justement. Un ami me prête
la sienne pendant les grandes vacances. Me voilà parti pour Shenmue. Bien
quun poil déçu, je nai plus quune seule idée
en tête à la vue du générique de fin : jouer à
Shenmue 2. Pour patienter, je tâte un peu de Jet Set Radio, avant de tomber
sur le Graal dans une boutique doccasions. Quinze jours non stop commencent
alors dans le Hong Kong virtuel de Yu Suzuki.
Peut-être
rien à voir
Avec la perspective
dun nouveau Zelda, lachat dune GameCube simposait comme
inéluctable. Les premiers jeux ne suffiront pas à sortir le portefeuille
de ma poche plus tôt que prévu. Resident Evil sen chargera.
Javais adoré la série sur PlayStation, mais ce remake va réussir
à me rendre amoureux, au point de me procurer Resident Evil Gaiden sur
Game Boy Color, puis bien sûr Resident Evil 0. Suivent Mario Sunshine et
Metroid Prime, avec lesquels je prends conscience de mes « mutations ».
Du joystick 2600 à la manette GameCube, la technologie et linterface
ont évolué, mes doigts sy sont adaptés.
Peu avant la sortie
de The Wind Waker, jachète un téléviseur dappoint
à écran plat pour installer la machine dans ma chambre. Pas question
de lâcher le jeu pour laisser quelquun regarder quelque chose à
la télé, ou mon frère jouer avec sa machine du diable. Jen
profite pour méquiper en RVB afin de jouir du 60 hz. Et hop, encore
quinze jours de sacrifiés. Pas le temps de faiblir ensuite. Eternal Darkness,
Skies of Arcadia, P.N.03
Les parties enfiévrées avec les copains
sur Mario Kart ou Mario Party 4, sur lequel jenchaîne six victoires
consécutives au plus grand énervement de mes adversaires.
Au cours de lété
2004, je quitte ma vie de nerd pour entamer celle de geek. « Maqué,
sociable et cultivé » comme disait ChronicArt. En réalité,
une Julie qui naime pas les jeux vidéo ma convaincu un peu
malgré elle que certaines choses valent plus la peine que de passer des
heures devant un écran. Elle me quitte la veille de mon anniversaire et
deux jours plus tard arrive Animal Crossing en guise de consolation. Jexplique
le principe à Julie qui, intriguée, veut essayer. Dix jours passent
et nous revoilà ensembles. Ça na peut-être rien à
voir. Mais je joue toujours à Animal Crossing. Je refais les 96 niveaux
de Super Mario World quand jai le cafard. Je défie sporadiquement
(et échoue invariablement) le dernier couloir de Teenage Mutant Hero Turtles.
Jattends chaque nouveau Resident Evil comme le messie. Julie est toujours
dans le coin. Zelda et ses potes aussi.