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Bubble Bobble
Année : 1986
Système : Arcade
Développeur : Taito
Éditeur : Taito
Genre : Arcade

When dinosaurs ruled the world

Les deux dinosaures ont également droit à leurs améliorations. La chaussure, si on la ramasse, permet de doubler la vitesse de déplacement, ce qui s'avère très pratique pour aller chercher les bonus avant la fin du temps imparti ou avant son partenaire. Toutefois, il peut s'agir d'un bonus à double tranchant car il accélère également la vitesse de saut mais aussi et surtout, la vitesse de chute. La précision devient moindre et le slalom entre les ennemis ou les rebonds sur les bulles en deviennent bien plus délicats. Les bulles, quant à elles, peuvent être améliorées de trois façons grâce à des bonbons de couleurs différentes. Le bonbon jaune (probablement le plus pratique) augmente considérablement la cadence de tir des bulles, permettant de noyer les ennemis sous une avalanche de projectiles et de multiplier les fruits en fin de niveau. Le bonbon violet augmente la portée des bulles. Le bonbon bleu, quant à lui, augmente la vitesse de déplacement de la bulle.

Sans le bonbon jaune, avec le bonbon jaune. C'est le premier effet Kiss Cool.

Une fois tous ces boni acquis, Bub et Bob pourrait devenir les machines de guerre ultimes. Faux. Il y a encore mieux : les croix. Il existe 3 croix différentes. La première, la rouge (alias "great balls of fire"), remplace le temps d'un niveau, les bulles de celui qui a acquis le bonus par des boules de feu, comme quoi, nos héros ont bien des ascendances draconiques. Ces boules de feu tuent instantanément les ennemis (au lieu de simplement les emprisonner). Elles traversent les parois, avec leur portée illimitée elles peuvent toucher n'importe quoi en ligne et continuent leur trajectoire au travers des ennemis qu'elles transpercent jusqu'à sortir de l'écran. Si cela ne suffisait pas, elles transforment les ennemis en diamant. Quand un joueur obtient la croix rouge (qui n'a rien d'humanitaire pour le coup) conjointement avec le bonbon jaune, c'est la fête. A noter que les effets des bonbons et de la chaussure sont permanents, jusqu'à la mort du dinosaure, alors que la croix ne dure qu'un niveau. Inconvénient des boules de feu : il devient bien évidemment impossible de se servir de ses propres bulles pour sauter plus haut. A ma connaissance, ce bonus n'apparaît pas dans les niveaux ou sauter sur ses bulles est indispensable pour achever le niveau. Deux autres croix existent et sont plus radicales. La croix jaune (alias "nous vous devons plus que la lumière") fait jaillir des éclairs à travers l'écran et tue tous les ennemis, les transformant en diamants. Encore une fois, il s'agit d'un moyen efficace pour boucler un niveau délicat. Dans le même ordre d'idée, la croix bleue (alias "la chasse d'eau"), remplit l'écran avec de l'eau, ce qui tue tous les ennemis (diamants, fin du niveau, la routine quoi). Ces armes de destruction massive sont généralement une aubaine pour le joueur à la peine dans un tableau (surtout quand il est coincé dans un trou ou avec Von Blubba aux fesses). Parmi les autres boni disponibles, citons le très appréciable parapluie. Existant en trois versions, il permet de sauter instantanément et respectivement 3, 5 et 7 levels. Ces derniers défilent et c'est un bonheur de voir passer sous ses yeux un niveau particulièrement ardu en sachant qu'on n'aura pas à se le coltiner. Pour finir sur les boni, je citerai les bulles-lettres. Dans la plupart des niveaux, des bulles contenant une lettre apparaissent. A chaque fois qu'un joueur l'éclate, il s'approprie la lettre. Si le joueur parvient à former le mot "EXTEND", le niveau se termine (vous avez compris la logique à force, j'espère !) et le joueur gagne une vie supplémentaire. Notez qu'on gagne également une vie lorsqu'on atteint les 30.000 points, puis à 100.000.

A gauche : la boule de feu, le deuxième effet Kiss Cool. A droite : une vie supplémentaire en récoltant toutes les lettres d'EXTEND.

Comme vous pouvez le constater, le jeu est une véritable mine à boni. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la majorité d'entre eux n'apparaissent pas aléatoirement mais sont générés en fonction d'actions précises effectuées par les joueurs (à leur insu ou non), ce qui constitue une vaste de liste de secrets à découvrir.

Bub monte en bas, Bob descend en haut

Non, ce message n'est pas un communiqué des associations de lutte contre la drogue (Winners don't use drugs, tout ça). Il reflète simplement la logique de Bubble Bobble, qui propose un paradigme différent, venant enrichir le gameplay du jeu. Dans la plupart des niveaux, on retrouve deux trous en haut, deux trous en bas (quelques variantes existent). Si le joueur ou un ennemi se laisse tomber dans un de ses trous, il réapparaît par son équivalent en haut de l'écran, un peu comme dans les tunnels de bords de tableau dans Pac-Man. Dans certains cas, cela permet de s'enfuir, dans d'autres il s'agit de l'unique moyen d'accéder à une zone haut perchée. Cette astuce permet également aux programmeurs de servir de débarras pour certains effets comme le courant de la bulle d'eau qui part s'écouler et disparaître dans ce gouffre sans fond (car le courant ne revient pas par en haut). De même, il est possible, en rebondissant sur des bulles ascendantes de remonter le niveau et revenir par en bas (vous pouvez aller prendre de l'aspirine si ça peut vous aider à comprendre ce paragraphe). Cet élément farfelu apporte de grandes possibilités de gameplay, avec notamment certains niveaux qui se déroulent en (quasi) chute libre avec les monstres et dans lesquels il faut slalomer en l'air tout en évitant les ennemis et en crevant les bulles. Voici tout à fait un exemple de niveau dans lequel la chaussure devient un handicap.

A gauche : les Zen-Chan tombent dans un puit sans fond. A droite, les murs bloquent les bulles, il va falloir jouer serré.

La combinaison de ce facteur et des autres éléments de gameplay (alliés aux compétences de level design de etc.) permet des challenges et des puzzles sans cesse renouvelés durant les 100 niveaux qui aboutissent à un affrontement avec le seul boss du jeu, qui s'affronte à l'aide de bulles de foudre. Il faut savoir qu'il existe deux fins (un good ending et un bad ending), la vraie fin nécessitant un code permettant d'accéder à un mode Super plus difficile qu'il faut alors finir. D'ailleurs, le jeu fourmille d'autres astuces et codes. En fonction du nom saisi à l'écran du score, on obtient divers effets. De même, en fonction du nombre de fois que vous vous laissez tomber dans les trous de bas de niveau, d'autres boni feront leur apparition. Réussissez à ne perdre aucune vie jusqu'au niveau 20 (puis 30, 40, etc.) et vous ferez apparaître une porte argentée qui vous emmènera dans une salle secrète. Il serait trop long de tout énumérer ici. Je suggère de se référer aux sites dont je donne les URL en fin d'article.

A gauche, le seul et unique boss du jeu, à l'issue des 100 niveaux. A droite, en fin de partie, l'écran indique le record du jour.

Les plates-formes de Bubble Bobble

Le jeu a été décliné sur de nombreux supports à l'époque. Globalement, il n'est pas très gourmand graphiquement, avec ses décors dépouillés dont témoigne le fond noir. Il a pu ainsi être adapté facilement sur des machines 8-bits.

A gauche, la version Master System. A droite, la version NES.

Sur certaines versions, notamment NES, l'affichage de nombreuses bulles provoque des clignotements intempestifs, mais qui ne nuisent pas à la jouabilité.

A gauche, la version CPC. A droite, la version C64.

Dans la version NES, après les 100 niveaux, 10 niveaux bonus sont présents avant d'arriver au boss.

A gauche, la version ST. A droite, la version Amiga.

Les versions ST et Amiga sont très réussies et fidèles. Le studio anglais Software Creations (Solstice, Equinox) s'est occupé de la conversion, et Firebird édita le jeu. Bubble Bobble est également sorti sur Playstation en 1996 dans une compilation regroupant également Rainbow Island en version originale et relookée. La conversion est bien entendu identique à l'arcade. Signalons également la version MSX de Bubble Bobble, éditée par Taito en personne, dont l'animation saccadée et les sprites bichromes dans le meilleur des cas ne faisaient pas honneur à la machine (mais Taito n'a jamais particulièrement brillé sur MSX).

A gauche, la version Famicom Disk System. A droite, Bubble Bobble sur MSX, avec un niveau spécifique à cette version.

L'aventure continue...

Bubble Bobble, à l'instar d'autres séries japonaises, a connu des suites suivant une chronologie assez hasardeuse. Du point de vue du "scénario", la suite officielle de Bubble Bobble est Rainbow Islands(1987) qui s'intitule

The Story of Bubble Bobble 2
. De même, Parasol Stars (1991) équivaudrait au 3e épisode. Si ce dernier présente des similitudes de gameplay avec l'original (le système de tableaux), Rainbow Islands possède un principe déjà plus éloigné.

A gauche, Rainbow Islands. A droite, Parasol Stars.

Dans le principe, les vraies suites de Bubble Bobble sont sorties plus tard, en arcade. Il s'agit tout d'abord de Bubble Symphony (1994). Le jeu est en partie un remake du jeu original car il reprend un bon nombre de niveaux, refaits. Cependant, beaucoup d'ajouts ont été implémentés. Signalons la possibilité de choisir entre 4 personnages avec des caractéristiques différentes, de nouveaux monstres, plus de boss et la possibilité comme dans Arkanoïd de choisir le niveau suivant parmi plusieurs. Bien entendu, les graphismes ont été revus à la hausse. En 1995, est sorti un autre épisode intitulé Bubble Memories, qui reprend également les mêmes mécanismes avec une animation supérieure, des niveaux inédits et moult nouveaux boni. En revanche, exeunt les nouveautés apportées par Bubble Symphony. On notera les clins d'oeil faisant référence à Rainbow Islands.

A gauche, Bubble Symphony. A droite, Bubble Memories et ses arcs-en-ciel.

INSERT COIN ! TO JOIN !!

Bubble Bobble est un jeu marquant dans l'histoire car il est précurseur d'un genre (les cute-games) et d'un principe (les jeux de tableaux). Ce n'était pas forcément le tout premier jeu du genre mais à l'instar de Final Fight pour les beat them all, il a lancé une mode. En témoignent les nombreux jeux qui s'en sont inspirés tels Rod-Land (Jaleco, 1990) ou encore la série Snow Brothers (Toaplan, 1990), qui comptera 3 épisodes.

A gauche, Rod-Land. A droite, Snow Brothers.

Bubble Bobble est un jeu simple mais terriblement riche. Mi-plateformes, mi-puzzle, il oblige parfois à une grande agilité et un sacré timing (notamment pour sauter de bulles en bulles) mais aussi à analyser certains tableaux pour trouver la façon la plus simple de finir un niveau. Une sorte de croisement en Super Mario Bros et Solomon's Key. La jouabilité est parfaite et les boni d'amélioration viennent encore augmenter les possibilités de nos héros. Des trouvailles géniales (ou leur exploitation originale) viennent agrémenter le jeu, comme l'aspect multi-fonction des bulles ou les trous de bords de niveaux. La multiplicité des boni de points, avec notamment le système des combos, vient également enrichir le jeu. Bien que cet aspect puisse être éludé, la compétition au meilleur score avec son partenaire est un gros plus du jeu et les développeurs l'ont bien compris en distillant savamment les boni de manière à pousser le joueur à prendre des risques pour pouvoir s'en emparer avant son concurrent. Mais le principal mérite de Taito réside dans sa capacité à avoir su créer 100 niveaux qui exploitent si bien les possibilités du jeu. Certains sont très faciles et basiques mais permettent de se goinfrer de points, d'autres sont très complexes et difficiles, d'autres encore sont des clins d'oeil amusants jouant sur le dessin du décor. Le jeu est assez simple durant sa première moitié mais la seconde partie présente parfois des niveaux à s'arracher les cheveux et on prie pour obtenir un parapluie pour les éviter. Cependant, la difficulté est correctement dosée et rien n'est infranchissable. Plus important : le jeu est juste et propose toujours des portes de sortie. Un très grand jeu donc, qui a un mérite inestimable : il ne vieillit pas. Malgré ses presque 20 ans, on s'amuse toujours avec et on se surprend à chantonner sa mélodie si répétitive et entêtante. Bref, vous l'aurez compris, Bubble Bobble, c'est trop d'la bulle.

Xuenilom
(25 juillet 2005)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- Un site sur la série et sur Taito : http://taito.overclocked.org/
- Un site très complet qui montre l'immense richesse du jeu : http://www.mcboof.com/games/bb/index.html
- Un site sur l'actualité de la série : http://www.bubandbob.com/plain/
- Une interview exclusive du Baron Von Blubba : http://www.i-mockery.com/minimocks/blubba/default.php
- En page Gromix de Grospixels, une version du thème de Bubble Bobble est disponible.
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