Sorti en 1985, Balance of Power créé
par Chris Crawford est un jeu d’une très grande ambition : ni plus ni moins
qu’une simulation de la guerre froide (période Reagan : guerre des étoiles,
invasion de l’Afghanistan...). Malgré une réalisation des plus austères,
BOP a laissé un très bon souvenir dans la tête des joueurs
de son époque. Et pourtant aujourd’hui il apparaît comme un jeu moyen
et très frustrant : c’est que Sid Meier ou Peter
Molyneux sont depuis passés par là.
En 1985, c’est un des premiers jeux où l’on incarnait le maître du
monde (le président des États-Unis ou de l'URSS en l'occurence).
BOP présente une idéologie impérialiste
très marquée : il s’agit à travers diverses décisions
diplomatiques ou militaires d’agrandir sa zone d’influence au détriment
de l’URSS (ou des USA). On déploie des troupes dans les pays alliés,
on envoie sa flotte en manœuvre, on négocie des pactes, on alloue des aides
économiques ou militaires à certains pays, on décréte
des boycotts etc…
Chris Crawford
Bien entendu chaque décision
a des conséquences sur la cote de popularité du joueur/président
auprès de l’opinion américaine (et donc de sa réélection),
l’étendue de la zone d’influence et la réaction de la superpuissance
adverse. Le jeu simule toutes les interactions entre pays et chaque tour apporte
son lot de surprise (on peut par exemple payer des agitateurs pour créer
des manifestations nationales, préparer un coup d'état ou encore
assasiner un chef d'état). Mais une action a souvent de nombreuses conséquences
imprévues. Chaque décision, prise au tour par tour, doit alors prendre
en compte les différents paramètres après avoir examiné
les avis des conseillers, les cartes du monde et les statistiques militaro-économiques.
Le but du jeu est, petit à petit, d'isoler l'URSS (ou les USA) et de voir
son score d'influence augmenter. En cas de
protestation des Russes (ou des Américains) consécutives à
une décision (style "aide économique aux rebelles afghans"),
il faut à tout prix éviter le déclenchement d’un conflit
nucléaire synonyme de game-over.
Il faut être ferme jusqu’à que l’un des deux camps cède :
on appuie alors sur un bouton pour faire grimper la discussion d’un cran (jusqu’à
l’envoi de la bombe nucléaire) ou sur un autre pour s’écraser. Cette
partie du gameplay n’est pas très réussie et on se retrouve souvent
avec cette phrase fatidique sur l'écran : "You have ignited a nuclear war.
And no, there is no animated display or a mushroom cloud with parts of bodies
flying through the air. We do not reward failure." (traduction : "Vous avez
provoqué une guerre nucléaire, et non, vous ne verrez pas de séquence
animée montrant un champignon atomique et des débris humains projetés
en l'air. Nous ne récompensons pas l'échec.")

B.O.P. entend simuler
les relations diplomatiques pendant la période de guerre froide des années
80 et quelques temps après. Il apparaît que cette expérience
est très limitée en terme de gameplay. Désormais les amateurs
de ce type de jeu sont devenus beaucoup plus exigeants. Cependant B.O.P. à
donné à une génération de joueurs et de développeurs
des instincts mégalomanes, et c’est en ce sens qu’il est important.
En 1989 une nouvelle version intégrant
l'effondrement de l'URSS est sortie.
A noter que très
peu de jeux se sont inspiré de B.O.P., et sans grande réussite :
Crisis in the Kremlin (qui vous met à la tête de l’URSS au
moment de la perestroïka), Shadow President (même principe que
B.O.P.) ou encore Imperialism…
Jean-Baptiste
Lebelle